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Tome premier. A - B.
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V I E D E Mr. B A Y L E.

{:) Ce Sei-

jcmie, 5 clans avoireré niiiric,]<■ z deMars 1705.

f z) 11 fi*propaioictic lui con-fier l’efiiu-canon deso;i fils,ioïsqu’illeioit ende pro-filer de lesinstruc-tions.

Lettredn 9 delévrier

' ' ?-10Í5.

{ 4) Voyezj a ‘Ffï'oafeeux Qufs-uori < (CunProvìnaAÌ ,

Tom. 1-Cúap. l-

CO Lettreidu ît deFevrier1706, p.1067.

(fi) Lettredu i2 de"Fevrier

ï*68, 1069.

dans leur fort les caractères de la bonté idéale. Voici une peinture de la conduite qu’O-rigene attribue à Dieu. Un Prince destine à un Gentilhomme la place de Favori. II íëtrouve sujet à de grands défauts, il a des moiens infaillibles de l’en corriger, & ne s’en sertpoint. II fc contente d’employer les promesses Sc les menaces qu’il fait ne devoir produi-re aucun bon effet. Le jeune homme le laisse entraîner à ses mauvaises inclinations mal-gré les menaces Lc les promesses du Prince, il est chassé, il est châtié très-rudement,maisenfin on lc rappelle à la Cour, Lc tout le reste de fa vie il jouît du poste de Favori. Untel Prince pourroit-il passer pour un Héros en bonté? Si on aime quelcun, si on a de labonté pour lui, on lui épargne autant qu’on peut le malheur de faire des fautes, Sc furtout lorsqu’elles doivent être suivies de châtiment} Lc il n’y a qu’un seul moien de justi-fier les gens qui exposent leurs amis à quelque chagrin, ou à quelque punition, c’est lors-qu’ils ne peuvent autrement les corriger de quelque vice. Nous ne sommes point ici dansce cas-là puisque nous supposons un Roi qui a des moiens efficaces de corriger les défautsdu Gentilhomme, Lc qui au lieu de s’en servir recourt à des voies qu’il connoit fort inu-tiles.

9. Les bornes que l’on donne à la durée des peines de l’autre vie, les degrez Lc les va-rietez qu’on suppose qu’il y aura, tout cela est très-propre à prouver que les marques de labonté dc Dieu éclatent infiniment plus dans le fort des hommes que les marques de fa hai-ne } Lc qu’ils ont fans comparaison plus de sujet de se louer de la bcneficence de leur Créa-teur, que de se plaindre de fa sévérité. Mais enfin la bonté infinie, qui doit être pure Lcfans nul mélange de la qualité contraire, la bonté idéale, en un mot, ne paroit pointdans rOrigenifme : elle nous échape lors même que nous y trouvons tous ces adoucisse-• nens. Un pere qui aimeroit médiocrement ses enfans, voudroit-il que de grands éta-blissemcns qu’il leur destineroit, sussent précedez de la permission de Faire des fautes, Lc•Ju châtiment de ces fautes pendant quelques jours ? Le voudroit-il, s’il pouvoit les ren-dre également heureux fans ce préliminaire? Peu de gens voudroient acheter la faveurd’un Prince, à condition de souffrir la question trois fois la semaine pendant six mois. IIne faut pas s’imaginer que les tourmens de Penser soient peu de chose, fous prétexté qu’ilsne durent peut-être que cinquante ou soixante ans. Ce terme, il est vrai, n’est rien encomparaison de l’éternité. Mais il est d’une longueur affreuse, par rapport à la sensibilitéhumaine. Qui diroit à un gouteux, ,, les douleurs horribles que vous souffrez, ne dure-,, ront que cinquante jours de fuite, après quoi vous ferez sain pendant cinquante ans”,le mettroit au désespoir.

10. Ce que l’Origeniste a répliqué, ne peut pas Rappliquer également au mal moral Lcau mal physique. Nos idées ne trouvent point d’égalité entre ces deux fortes de maux:elles trouvent incomparablement plus condamnable un pere qui n’empêche point ses fils,quand il le peut, de commettre un crime, qu’un pere qui leur permet de manger ce quinuit à leur santé.

Quelques Seigneurs Anglois avoient fait tous leurs efforts pour tirer Mr. Bayle de íàsolitude, Lc le faire venir en Angleterre. Ils souhaitoient de l’avoir chez eux comme ami,aiin de pouvoir profiter de ses raomens de récréation. Je ne nommerai que le Comte deHuntington, qui joignoit à beaucoup dc savoir toutes les qualitez d’un honnête homme(1). II lui offrit une rente viagère de deux cens Livres sterling, avec toute la liberté Sctous les agrémens qu’il pouvoit souhaiter. On voulut aussi l’attirer à la Haye. Le Comted’Albcmarle fouhaitoit paffionément qu’il vînt demeurer avec lui (2). Mr. le Baron deWalef alla ?i Rotterdam pour lui en faire la proposition, Lc il redoubla ses instances dansune Lettre qu’il lui écrivit. ,, Si vos Amis, dit-il (;), vous portent à refuser la propo-„ íition que j’ai eu l’honneur de vous faire, leur amitié ne peut être qu’interessée, Lc rien,, ne peut les faire agir que le motif de vous posseder à Rotterdam. N’avez-vous pas af-„ fez honoré cette Ville de vôtre présence} Lc la capitale de la Hollande n’est-elle pas eu,, droit avec tous ses avantages de vous inviter à la préférer à un séjour destiné pour le„ commerce? Je ne vous parlerai point de l’extreme considération qu’on y a pour vous,„ ni des hommages qu’on y rendra à vôtre mérité. Vous y êtes peu sensible. Mais avec„ l’amitié d’un Seigneur qui vous estime infiniment, vous trouverez des Bibliothèques Lc„ des Promenades propres à nourrir vôtre Philosophie, Lc à l’entretenir agréablement.„ Pennettez-moi de me servir de vos propres armes. Vous avez fait voir avec vôtre élo-„ quence ordinaire, combien un homme de Lettres doit préférer le séjour de la premiers„ Ville d’un Etat au séjour des Villes subalternes (4). Ou renoncez a vos propres senti-„ mens, ou accordez-nous la grâce que nous demandons. Je ne vous repete plus ce que„ Mylord d’Albemarle m’avoit chargé de vous dire. Vous trouverez chez lui une vie„ plus douce que je n’ai pû vous la représenter. _ Autant que vous surpassez les autres„ hommes par vôtre profond savoir, Lc par l’élévation de vôtre esprit} autant excelle-t-il„ par son ame généreuse Lc bien faisante, par sa probité, Lc par cette égalité d’humeur,„ qui fait un des plus doux charmes de la vie, Lc qui est si peu connue chez les Grands.

„. Conservez pour vos amis une santé que vous ménagez si peu par rapport à

„ vous-mêmc} Lc prévenez dans une retraite tranquille Sc assurée, les incommoditez at-,, tachées à une vieillesse aussi respectable que la vôtre”. Mylord Albemarle lui écrivitaussi, Lc confirma tout ce que Mr. le Baron de Walef lui avoit marqué de fa part. ,, Je„ souhaiterois de tout mon cœur, dit-il (y), pouvoir trouver quelque expression, pour„ vous engager à m’accorder la grâce que je vous demande. Je tâcherai de vivre avec■ vous d’une maniéré à ne vous point faire repentir du parti que vous prendrez, en vous„ laissant une liberté entiere fans aucune contrainte, Lc autant que vous en pouvez avoirJ â présent. C’est fur puoi vous pouvez compter”.

Mr. Bayle répondit à Mr. le Baron de W ales qu’il se rrouvoit malheureux de ce queson état présent étoit tel qu’il faloit de toute nécessité qu’il y persistât, „ La providence,„ ajoûta-t-il (6), mele de telle forte lc destin de certaines personnes, que lorsqu’elles se-,, roient disposées à jouir d’un bien, il ne se présenté pas} Lc qu’il se présenté lorsqu’el-„ les ne peuvent plus en jouir. Voila mon sort. Je me compte pour un Vieillard cassé :

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170s.