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Tome premier. A - B.
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VIE DE Mn.BAYLE. xcv

tjOs. qu’il leur avoir destiné. La durée des maux qu’il souffre ici-bas, 8c dans l’autre monde,n’est rien si cn la compare à l’ctcrnité. Si le Manichéen dit que selon ce principe uncertain nombre de siécles quelque grand qu’on le suppose ne pouvant avoir aucune pro-portion avec la durée infinie, des tourmens de plusieurs millions d’années pourroient êtreauílï compatibles avec les idées de la bonté, 8c ne scroient pas moins un rien que ceux quine dureroient qu’un jour: l’Origeniste répondra, que puisqu’il n’y a nulle proportion en-tre le fini 8c rinfini, quelque longs que soient les tourmens d’une créature, puis qu’ilsdoivent finir il n’y aura auífi nulle proportion entre la sévérité de Dieu & sa bonté. IIajoûtera, qu’il ne définit point k durée des peines -, elles seront plus longues 8c plus cour-tes selon que la justice le demandera. La durée des supplices fera moins longue lorsqu’iisferont plus grands ; & il y aura autant de variété dans les peines, qu’il y en a eu dans lespechez. Que les raisonnemens que l’on fait contre des supplices de plusieurs siécles, neregardent point l’Origeniste ; parce qu’il ne croit pas qu’ils durent si long tems, quoiqu’il ne puisse pas en déterminer précisément la durée.

io. Ce qu’on vient de dire se peut appliquer également au mal moral 5 c au mal physi-que, ou aux vices 6c aux souffrances des hommes.

Mr. Bayie répondit (i) :

i. Que le principe qu’on pose, savoir, qu’il n’est point contraire aux idées de la bontéqu’une créature soit plus parfaite que l’autre,est très-véritable; qu’ainsi les hommes n’oncaucun sujet de se plaindre de ce qu’ils manquent de la perfection qui consiste à ne pouvoirpas s’écarter de son devoir. Mais que ce n’est point aussi le fondement des Objections.On ne les fonde que fur ce que Dieu a permis qu’ils s'écartassent actuellement de leur de-voir, 6c qu’ils sentissent actuellement les maux dont leur nature avoit été créée susceptible.Voila, dit-il, ce qui nc paroit pas conforme aux idées de la bonté, lors même qu’on faitattention à la remarque de l’Origeniste,que si les hommes observoient les réglés que Dieuleur a prescrites, 6c qu’aucune nécessité insurmontable ne les engage de violer, ils scroientheureux. Nous ne pouvons concevoir que la bonté d’un pere soit telle qu’elle doit être,lorsqu’il attache le bonheur de ses enfans à une condition qu’il fait très-bien qu’ils ne sui-vront pas, 6c qu’il leur permet de ne point remplir, quoi qu’il pût très-aisément leurprocurer les moyens sûrs 6c infaillibles de la remplir.

i. L'objection n’est pas fondée fur ce que l’homme n’a pas été immuablement fixé aubien. La créature est essentiellement muable, 6c ainsi ce í'eroit une absurdité de deman-der pourquoi elle n’a pas été immuable. On demande seulement pourquoi il lui a été per-mis de se tourner vers le mal. La conséquence de l’acte à la puissance est nécessaire, maiscelle de la puissmee à Pacte ne l’est point du tout. C’est pourquoi la dispute ne roule pasíur la possibilité du changement, mais fur le changement actuel du bien au mal. Or Dieupouvoit l’empêcher fans donner aucune atteinte au franc arbitre. On dira que'Dieu n’é-toit pas obligé de le prevenir: mais on change par là Pétât de la question; car lorsque lesOrthodoxes s’engagent à satisfaire aux diísicultez des Manichéens, il ne s’agit pas tou-jours de Dieu considéré entant que juste; il s’agit très-souvent de Dieu considéré entantque bon. Or quoique Dieu entant’ que juste ne soit obligé de donner aux créatures quece qu’il leur a promis fur le pied de récompense, il est obligé entant que bon de leur fai-re des prefens utiles, c’est-a-dire, qu’il est de l’essence de la bonté oe faire de bons pre*sens. Ce n’est point faire un bon présent de donner une chose que l’on fait devoir êtrefuneste à celui qui la recevra.

z. Dieu savoir que ses promesses 8c ses menaces n’empêcheroient pas les hommes de seperdre, 8c que cent autres secours qu’il ne leur fourniroit point les auroient conduits aubonheur, fans préjudiciel - à leur libre arbitre. Comment accordera-t-on avec une telleprévision les idées de la bonté? N’est il pas très-évident qu’un véritable bienfaicteurchoi-sit les voyes les plus sûres qu’il connoisse 8c qu’il ne compte pour rien celles dont il con*noit Pinutilité ?

4. Loueroit-on la bonté d’un Prince qui laifferoit regner les désordres dans ses Etats,parce qu’ensin il y fauroit bien remedier? Comment ne voit-on pas qu’un tel Prince ré-parerait alors non seulement les fautes de ses Sujets, mais aussi les siennes propres 6c quepour le moins pendant quelque tems il auroit cessé d’être bon, de sorte qu’on pourraittrouver en lui la vicissitude de la bonté 6c de la malice?

f. Nôtre nature a été sujette à pecher, cela est sûr; mais s’ensuit-il qu’il fallût neces-sâirement qu’elle péchât ? Point du tout. La bonté de Dieu a donc été parfaitementlibre de ne pas permettre qu’Adam sujet au péché, péchât actuellement; 6c c’est en vainqu’on voudrait insinuer qu’elle eût agi contre la nature des choses, si elle eût épargné auxhommes un inconvénient à quoi ils étoient sujets, c’est-à-dire, dans lequel il étoit possiblequ’ils tombassent. Mais n’étoit-il pas aussi possible qu’ils n’y tombassent point ?

6. On ne veut pas moins une chose lors qu’on en rend infaillible l’évenement, que lorsqu’on l’en rend nécessaire. Or les causes de la damnation des réprouvez, 6c leur damna-tion par conséquent, ont été rendues infaillibles dès là qu’ils ont été mis dans les conjonc-tures où Dieu avoit prévu qu’ils pécheraient jusqu’à leur mort, ôc où il avoit décrété dene leur point donner de secours. II les a donc faits pour le péché, 6c pour les peines desenfers; 6c si cette objection est forte contre les Predestinateurs, elle le doit être contrel’Origeniste.

7. Que ce soit un degré de miséricorde très-considerable, que de voir un homme abu-ser de son franc arbitre pendant cinquante ou soixante années fans le secours d’aucune grâ-ce, lors qu’on fait que cet abus le damnera,c’est ce que les idées de la raison ne font pointvoir. Elles montrent avec la derniere évidence, que la bonté va au secours, non feule-ment de ceux qui n’ont pas assez de force pour se tirer d’un péril, mais auífi de ceux quiayant toute la force 6c toute Padresse nécessaire, ne s’en servent point.

8. Les douceurs de cette vie font mêlées de tant de maux, qu’elles ne peuvent remplirle caractère de la bonté idéale. Quant à cette multitude innombrable d’impenitens quiaprès un rigoureux purgatoire passent au séjour des bienheureux, nous ne 1 aurions voir

dans

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(l) \êponseaux Ques-tions d'unProvincial %

Tom. 111.

Chap.

CtXXII.

8c là.