VIE D E Mr. B A Y L E.
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IJC6.
faire touchant la chute d’Adam & ses fuites, & qu’il avoit exposé les mêmes difficultezque Mr. Bayle. On avoit demandé à Mr. Jaquelot, pourquoi il n’avoit pas combattuplus tôt cette doctrine, qui selon lui tend à faire Dieu Auteur du Péché, 8 í à détruirela Religion. Mr. Jaquelot répond ici (i), qu’il n’a point écrit contre Mr. Jurieu pariequ'il le croit de bonne foi dans son système , sans donner aucune atteinte direéle aux fondemensde la Religion-, mais qu’il a voulu réfuter Mr. Bayle seul, parce qu’il le croit mal persuadédu Systeme établi par le Synode de Dordrecht, & mal intentionné pour les principes dela Religion. Mr. Bayle trouve cette distinction fort singulière. Personne, dit-il, nes’étoit encore avisé de séparer de telles choses. On avoit toujours cru que si deux Au-teurs enfeignoient la même doctrine, il n’étoit pas possible de réfuter celle de'l’un fans ré-futer celle de l’autre. II rapella à Mr. Jaquelot la déclaration qu’il avoit faite dans la Pré-face de son premier livre, qu'il n avoit aucun dessein d’attaquer la personne ni le cœur deMr. Bayle y ni de pénétrer dans son intention: déclaration, qu’il avoit repérée dans le corps
de l’Ouvrage en ces termes : se ne veux point pénétrer les vues sécrétés de cet Auteur .
gardoìis-nous des jugemens téméraires (z). Mais dans son second livre, il ne cesse d’astirmerque Mr. Bayle a de trës-mauvaifes intentions. On lui demande, d’où lui sont venues cesnouvelles lumières; & on atribue ce changement de conduite à une passion irritée du mau-vais succès de l’attaque. On ajoute, que Mr. Jaquelot, lors même qu’il écrivoit fa Ré-plique, ayant prévu que la chaleur de la dispute Sc le besoin des prétextes le contrain-droient à repeter mille fois ses jugemens téméraires, en avoit donné un désaveu dans lesformes Sc une espece de rétractation: Je souhaite seulement y dit-il ( 5 ), qu'on se souvienne
que je ne prètens parler ni de la personne de Mr. Bayle y ni de son cœur . I.e
'Titre de ce Chapitre y dit-il quelques pages après ( 4 ), montre ast'ez que je ne veux parler nide l'intention , ni du cœur de Mr. Bayle.
La troisième faute qu’on reproche à Mr. Jaquelot, c’est de soutenir encore dans fa Ré-pliqué, que Mr. Bayle ôte à l’homme toute sorte de liberté. On lui avoit déja réponduque Mr. Bayle n’avoit rien asiìrmé ou nié fur cette matière; 8 c que cette discussion étoitinutile, puis que Mr. Bayle conlèntoit de disputer avec lui comme avec un Pelagien. Onl’avoit toûjours combattu en supposant la liberté d’indifference, Sc en faisant voir quecette liberté n’affoiblissoit point les objections Manichéenes. Ainsi Mr. Bayle n’avoit au-cun intérêt à la réfuter , quoi qu’il eût pû le faire fans détruire toute sorte de liberté;puisque les Contre-Remontrans qui rejettent la liberté d’indifference, ne laissent pas desoutenir que l’homme agit librement en ce qu’il agit volontairement Sc avec délibération.Mr. Bayle n’a jamais entrepris d'ôter à l’homme cette espece de liberté. On montre en-suite ce qui a pu faire illusion à Mr. Jaquelot , Sc le détourner du véritable état de laquestion sur cet article.
La quatrième fuite de Mr. Jaquelot, c’est qu’il attaque Mr. Bayle sur la concorde dela foi Sc de la raison, Sc dit au fond la même chose que lui. On avoit cru en lisant le ti-tre de son premier livre, Conformité de la Foi avec la Raison 8 cc. qu’il avoit entrepris deprouver cette Conformité selon le plan qui se trouve dans la Réponse au Provincial, Scqui revient à ceci : ,, (f) II faut montrer non seulement qu’on a des maximes philosophi-„ ques qui sont favorables à nôtre foi, mais aussi que les maximes particulières qui nous„ sont objectées comme non conformes à nôtre Catéchisme, y sont effectivement confor-
,, mes d’une maniéré que l'on conçoit distinctement." (6) Cet accord demande
„ non seulement que vôtre thèse soit conforme à plusieurs maximes philosophiques, mais3, aussi qu’elle ne soit pas victorieusement combattue par quelques autres maximes de la„ raison. Or elle en sera combattue victorieusement si vous ne pouvez vous defendre que5 , par des distinctions inintelligibles, ou qu’en vous excusant fur la profondeur impene-3, trahie du sujet”. 11 étoit facile à Mr. Jaquelot, ajoûte-t-on, de s’apercevoir avant quede lire ce plan, que c’est-là ce qu’on demande, lors qu’on souhaite la Conformité de laFoi avec la Raison. Mais il s’en faut bien qu’il ait travaillé fur cette idée. ,, Quand je„ parle de la Conformité de la Foi avec la Raison, dit-il dans son dernier livre ( 7 ), je„ veux dire qu’il ne faut point renoncer à la Raison pour admettre la Religion. Car3, quoi qu’il y ait des Mystères dans la Religion que la Raison ne fçauroit bien compren-„ dre, il ne s’enfuit pas, que ces Mystères soient contraires à la Raison: de même qu’il3, ne s’ensuit pas que la divisibilité des corps à l’infini ni le mouvement soient contraires,, à la Raison, encore qu’elle ne puisse répondre aux difficultez qui combattent ces pro-,, positions”. On remarque que si Mr. Jaquelot ne prétend autre chose,il a attaqué très-mal-à-propos Mr. Bayle, puis que Mr. Bayle n’a jamais dit qu’il faut renoncer à la Raisonpour admettre la Religion; & qu’au contraire, il a repeté mille fois que l’on ne sauroitagir plus conformément à la raison, qu’en préférant l’autorité de l’Ecriture aux maximesphilosophiques qui s’oposent à nos mystères. Ainsi l’on montre que c’est en vain que Mr.Jaquelot veut mettre de la difference entre fa doctrine & celle de Mr. Bayle ; & que parì’état de la question donné par Mr. Bayle, il paroit que Mr. Jaquelot & lui n’ont pointde dispute réelle.
La cinquième faute qu’on trouve dans Mr. Jaquelot, c’est d’avoir entrepris un accom-modement dont personne» n’avoit besoin. II déclare que son but a été de faire voir qu’ilne faut point renoncer à la Raison pour admettre la Religion. Or tout le monde savoirque ceux qui admettent la Trinité, & les autres mystères de l’Evangile se croient très-rai-sonnables, & que bien loin de renoncer à la Raison, ils se fondent fur les axiomes philo-sophiques qui ont le plus haut degré d’évidence & de certitude. Ils se fondent fur ce queDieu ne peut tromper ni être trompé, & que par conséquent il doit être toujours cru furfa parole; & ils employeur la Raison pour discerner le vrai sens de l’Ecriture. On savoiraussi que ce n’étoit pas un juste sujet de rejetter une doctrine, que de voir qu’elle est ex-posée a de très-grandes difficultez; & que la prééminence de la nature divine ne nous per-met pas de la soumettre aux mêmes devoirs qui lient les hommes les uns aux autres. Tou-tes ces veritez sont très-connuës, & ce n’est pas ce qu’on attend de ceux qui promettent
(i) Examende la Théo-lape de Mr*Bayle t p.66, 67*
(z) Confor-mité de laFoi avec laTgissn
p. 222.
ÍJÌ Examen&c p. 60.
(4) Ibìd.
78.
(s)\tponf£aux Ques-tions d*unProvincial^Tom. IIUP- 685.
(6) Ibid.p. 687.
(7) Examen5cc.