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A B B O T. A B D A S.
un Robert Abeot, natif de Cambridge, qui a publié divers Livres en Anglois. II a été( f ) Athen. Ministre à Londres , après savoir été au Pais de Kent , & ailleurs (/)'. Le Catalogue deOxonienses. l a Bibliothèque d’Oxford a coupé cet Auteur en trois : on y parle de trois Robert Abbot,auxquels on partage les Livres qui n’ont été composez que par une feule Sc même Personne.
(<t) ExTheodoretiHist. Eccl.Libr. V , Cap.XXXIX.
(b) Vedé-ìillS, Théolo-gien Protes-tant , blâmecet Evîque.Fo/Vz-VoetiiDisputât.Tomo III,pag. z 10 .
(c) SocratisHist. EccleCLibr. VII yCap. XVIII.
(d) Theo-doreti Hist.Eccl* Libr.V. Cap.XXXIX.
(e) Votez, la'Remarque
(C).
A B D A S , Evêque dans la Perse , au tems de Théodofe le Jeune , fut cause , par son zèleinconsidéré , d’une très-horrible persécution , qui s'éleva contre les Chrétiens. Ils jouïssoientdans la Perse d’une pleine Liberté de Conscience, lors que cet Evêque s’émancipa de renverserun des Temples où l’on adoroit le Feu. Les Mages s’en plaignirent d’abord au Roi (/f),qui sit venir Abdas ; & , après savoir censuré fort doucement, lui ordonna de faire rebâtir ceTemple. Abdas n’en voulut rien faire , quoi que le Prince lui eût déclaré , qu’en cas de déso-béissance , il feroit démolir toutes les Eglises des Chrétiens. II éxécuta cette menace (a) , &abandonna les Fideles à la merci de son Clergé (B) -, qui , n’aiant vu qu’avec douleur la Tolé-rance qu’on leur avoit accordée , fe déchaîna contre eux avec beaucoup de furie. Abdas fut leprémier Martyr , qui périt en cette rencontre : il fut, dís-je , le prémier Martyr , si l’on peutainsi nommer un Homme , qui, par fa ( b) témérité (C) , exposa l’Èglife à tant de malheurs. LesChrétiens , qui avoient déjà oublié Tune des principales parties de la Patience Evangélique , re-coururent à un remède , qui causii un autre déluge de sang. 11s implorèrent l’affistance de Théo-dofe ; ce qui alluma une longue Guerre entre les Romains & les Perses (c). II est vrai que ceux-ci eurent le désavantagé ; mais étoit-on assuré , qu’ils ne batroient pas les Romains j Sc que,par le moien de leurs Victoires, la Persécution particulière des Chrétiens de Perse ne devien-droit pas générale fur les autres parties de P Eglise ? Voilà ce que le zèle indiscret d’un simpleParticulier peut faire naître. A peine trente ans suffirent à la violence des Persécuteurs (d). Ceuxqui ont fuprimé cette raison du déchaînement des Perses, ne font pas excusables (<?). On peutleur intenter , dans la République des Lettres , la même Action , que l’on intente dans le Bar-reau à certaines réticences des Vendeurs (/) -, & il feroit à souhaiter , que le Public fût plusfévere qu’il ne Test , contre les Historiens qui fupriment certaines choses. 11 y en a si peu , quine le fassent, qu’il feroit déformais tems d’y remédier , si on le pouvoir.
ABDE’-
(f) Cum exdmdeàm Ta-btilisfati s effetea prafiarìquœ effent lin -pua nuncnpata,qua rjm infi-ciatus effet du-pli peenam fu-biret , à Jure-confvAtìs etìamTfetîcentixpœna est con-jlituta. ffuid-qnid enim ef-fet ìn P radiovit U id flattte-rmt , fi Ven-du or fciret ynifinominatintdiíti/.m effet yprx/lari opor-tere. CicelOde Offic.Libr. IlLCap. XVI.Voiez. aujjiGrotius deJure Belli,Libr. I lyCap. Vin.tmm. 7 , drPuffendorfde JureN at. Libr.V, Cap. m.
fi) Theo-doreti Hist.Eccl. Libr.
V , Cap.XXXIX.
( z) SocratisHist. Eccl.Libr. VILCap. XVIII.(îjBaronius,ad Ann. 4x0.
(4) Theo-doreti Hist.Eccl. Libr.V , Cap.XXXIX.
(í) SocratisHist. Eccl.Libr. VII,Cap. VIII.
(6) On écritttai tn 1691.
(7) Theo-doreti Hist.Eccl. Libr.r, cap.
tXAí'U,
(A) Au Roi.] C’étoit Isdegerdes, si l’on s’en raporte àThéodoret (1) ; mais, selon Socrate (2) , la Persécution necommença que sous Vararanes , Fils & Successeur d’Is-degerdes. Baronius (3) n’ose décider lequel des deux araison.
(B) A la merci de fin Clergé. ] J’apelle ainsi les Mages,qui avoient, entre autres choses, le foin de la Religion.C’étoient eux , qui prenoient garde que l’on n’innovât rienfur ce point-là. Théodoret les compare à des Tourbillonsde vent, qui soulèvent les flots de la Mer. T çtáx.oi'ì» he-
EyEvêorav ire av íj ÇáÁT) pespievqxcv, vtro Tafr pcâyûiv xc&ôe&TTtç v7róTivm xafatylém pisn^o/íévt}, Triginta jam elapfis annìs per-manfit nihilominus tempeftas , k Magis , tanquam quibufdamVernis ac Turbinibus , sufiitata (4). Ce fut leur fonction,dans la tempête qui agita si violemment l’Eglise de Per-se , pendant trente ans. Socrate raporte qu’ils se servirentde diverses impostures , pour arrêter les progrès de la Re-ligion Chrétienne , lors qu’ils virent que lamifié qu’If-degerdes avoit conçue pour le Saint Evêque Maruthas ,leur donnoit lieu d’apréhender qu’il n’abandonnât, leurReligion (5). Ils furent assez, hardis , pour cacher un Hom-me fous terre, dans le Temple où le Roi alloit adorer leFeu ; auquel Homme ils donnèrent ordre de crier , quandle Roi feroit présent, qu’il falloir chasser ce Prince , puisqu’il avoit eu l’impiété de croire qu’un Prêtre Chrétien futami de Dieu. Si ce que les Impies débitent très-fausse-ment étoit véritable ; savoir , que la Religion n’est qu’uneinvention humaine , que les Souverains ont établie, afinde tenir les Peuples fous le joug de l’Obéissance , ne fau-droit-il pas avouer, que les Princes auraient été pris toutles premiers dans le piege qu’ils auraient tendu ? Car bienloin que la Religion les rende maîtres de leurs Sujets, qu’aticontraire , elle les soumet à leurs Peuples, en ce sens qu’ilsfont obligés d’être , non pas de la Religion qui leur paraîtla meilleure ; mais de celle de leur Peuple : & , s’ils en veu-lent avoir une qui soit differente de celle-là , leur Couron-ne ne tient plus qu’à un filet. Voiez comment les Magesdc Perse menaçaient leur Prince , quoi qu’il n’eût encoreque caressé un Evêque. N’a-t-on pas dit que le dernier Roide Siam avoit été renversé du Trône , pour avoir été tropfavorable aux Miffionaires Chrétiens (6) ? Le même So-crate , qui nous aprend les artifices que les Mages emploi é-rent pour traverser la Propagation de PEvangile , nousaprend aussi, qu’après la mort d’Isdegerdes, ils inspirèrentà son Fils un tel esprit de Perfecution , qu’on vit éxercercontre les Chrétiens une cruauté affreuse. Ils ayoienttâché en vain d’inspirer le même esprit à son Pere ;car peu s’en salut qu’il n’embrassát l’Evangile. Socratele témoigne : il a tort de n’avoir point avoué de bonne-foi , que l’incartade de l’Evêque Abdas fournit aux Ma-ges un prétexte très-plausible. Conférez ceci avec la Re-marque (B) de r Article Junius {François), Professeurà Leide. ,
(C) Un Homme , qui , í ar í a témérité .] Tous les Histo-riens Ecclésiastiques n’ont pas eu la mauvaise-foi, que jeviens de reprocher à Socrate ; car Théodoret a confesséingénument, que l’Evêque, qui démolit un Temple, don-na lieu à la terrible Persécution que les Chrétiens eurent àsouffrir en Perse (7). 11 ne nie point que le zèle de cetEvêque ne sût à contre-tems ; mais il soutient, que le re-fus de rebâtir un tel Temple est digne d’admiration , & dela Couronne : car, ajoute-t-il, c est une austì grande impiété,
ce me semble , de bâtir un Temple au Feu , que de Vadorer. Ni-céphore a copié tout cela de Théodoret (8). Pour moi,je trouve qu’il n’y a point de particuliers , fussent-ils Mé-tropolitains ou Patriarches , qui fe puissent jamais dispenserde cette Loi de la Religion Naturelle , il faut réparer , parrestitution , ou autrement , le dommage qu ou a fait à fin Pro-chain. Or est-il qu’Abdas, simple Particulier , & Sujet duRoi de Perse, avoit ruiné le bien d’autrui ; & un biendamant plus privilégié , qu’il apartenoit à la Religion do-minante ; il étoit donc indispensablement obligé d’obéïr àl’ordre de son Souverain , touchant la restitution , ou lerétablissement, du bien qu’il avoit ruiné : & c’étoit unemauvaise excuse , que de dire , que le Temple qu’il auroitfait rebâtir auroit servi à l’Idolatrie : car ce n’eût pas étélui qui sautoir emploie à cet usage , & il n’auroit pas étéresponsable de T abus qu’en auraient pu faire ceux à qui ilapartenoit. Seroit-ce une raison valable , pour s’empêcherde rendre une bourse qu’on auroit volée à quelqu’un , quede dire que ce quelqu’un est un Homme qui emploie sonargent à la débauche ? Laissez-le faire : vous n’avez pasà répondre à Dieu de l’abus qu’il fera de son argent ; lais-sez-lui son bien : quel droit y avez-vous ? Outre cela ,quelle comparaison y avoit-il entre la construction d’unTemple , fans lequel les Perses n’auroient pas laissé d’êtreaussi Idolâtres qu’auparavant, & la destruction de plusieursEglises Chrétiennes ? II salait donc prévenir ce derniermal , par le premier ; puis que le Prince mettait cela auchoix de TEvêque. Enfin , qu y a-t-il de plus capable derendre la Religion Chrétienne odieuse à tous les Peuplesdu Monde, que de voir , qu’après que l’on s’est insinué furle pied de gens qui ne demandent que la liberté de pro-poser leur Doctrine , on a la hardiesse de démolir les Tem-ples de la Religion du Pais ,' & de refuser de les rebâtir,quand le Souverain Pardonne ? N est-ce pas donner lieuaux Infidèles de dire ? Ces Cens ne demandent d’abord que lafimple Tolérance ; mais , dans peu de tems , ils voudront parta-ger avec nous les Charges les Emplois ; zv puis devenir nosMaîtres, lis s'estiment d'abord tfes-heureux , fi son ne les brû-le pas ; ensuite tres-malheureux , s’ils ont moins de Privilègesque les autres > zv puis encore tres-malheureux , s ils ne fintpas les seuls qui dominent. Pendant un certain tems , ils res-semblent a César , qui ne vouloit peint de Maître ; er puis , ilsressemblent a Pompée , qui ne vouloit point de Compagnon.
Nec quemquam jam ferre potefl Cafarve priorem ,
Pompejufveparem if)). '
Les Persécuteurs de ceux de la Religion avoient inspirémalignement cette pensée à Charles IX , qui . dit-on , seservit un jour de ces paroles, en parlant à P Amiral de Coli-gui : Per innanzá , vi contentavate d un poco di lïcenz.a t : hora,la voleté del pari; fr a poco, vorrete ester joli , zy cacciar noi al-tri fuori del Regno (10). Voilà les inconveniens inévitablesà quoi s’exposent ceux qui soutiennent si chaudement, qu’ilfaut emploier la force du Bras séculier à P établissement del’Orthodoxie. C’étoient les principes d’Abdas : car quen’eût-il point fait à main armée contre les Idolâtres, fousun Empereur Chrétien ; puis que , fous un Prince Payen,qui tolérait l’Evangile , il démolit un Temple que lesPayens vénéroient très-particulièrement ? Conférez avecceci ce que vous trouverez dans la Remarque (R) de l’Ar-ticle B b a u n [George.)
(8) Libr.XIV, Cap.XIX. Jetrouve dansSaldeniOtia Theol*?*&• 6 Z 9 ,que Socratevocat exer-timrem nonopportunam,ce que fit RE-vèque. OncìteHíst.Triparr.Libr. X. Cap,XXX: maisU eji sûr quece Chapitre cftemprunté deTheodoret.
Voetius,Dis“put. Theol.Tom. III ypag. 3 t o.cite Eusebeyqui 7? en apu parler*
(9) Lucanus,’Lib.l, K I 2 J*Vide etiam
Tlorum,Libr. IV,Cap. //.
(10) Davila,'Hist, deJlcGuerre Civí-11 diFrancia?Libr. IV.pag. 158,sopra Rannu15 66 .