( e ) Votez.rtlist. deFrance deCordemoi *Tom. I , p(tg.403. i7 'jmv-
( ïô ) ÌÍUtîrede (a Inflationécrite par Eu-des aa PapeGrégoire 1 I>Voie z, ci - des-sous U T{e-marqué ( JÇJ,f 17 ) Votez.U T^emarqnesuivante.
(:() Corde-moi , Hist.de France,Tom. /,pag. 405.
(19) Méze-lítì , Abré-gé Chro-nologiq.-Tom. /.pag. 192 .
( 20 ) Voiez.ta T^eraarque
(---) * 1P ^Article
Ces a r.
(21) Voiez,fin Article,
1% A B D E' R A M E*
la Bataille se donna, avec une ttès-grande perte pour les Sarrazins. II ne faut pas croire , néan«moins , que le nombre de leurs Morts ait été tel (G) que plusieurs Historiens hyperboliquesPont débité. Abdérame resta fur la place : les débris de son Armée se retirèrent plus aisément(e) qu’ils n’avoient lieu de l’espérer (H). Le Duc d’Aquitaine , que l’on a faussement accuséd’avoir attiré cette irruption ( I) , contribua extrêmement au gain de cette Bataille (K).II est étonnant, qu’une Journée de cette importance n’ait pas été bien décrite par les Ecrivains
(G) Le nombre de leurs Morts ait été têt. ] On le fait mon-ter communément à 370 ou 375 mille , & celui des Fran-çois à quinze cens. C’est la suputation d’Anaftase le Biblio-thécaire (16) ; c’est celle de Paul Diacre , 8 c de plusieursautres Historiens. Mais on ne s’y fie plus. Mézerai dit net-tement , qu’il n’y avoir en toute l’Armée des Sarrazins, quequatre-vingt ou cent mille Hommes. II faut bien se souve-nir qu’ils se bâtirent jusqu a la nuit, sans lâcher le pied (17),& que le lendemain on ne les poursuivit pas, quand on eutsu qu’ils avoient marché toute la nuit. Or il seroit pres-que impossible de faire un si prodigieux carnage , fur desgens qui tiennent bon : une tuerie de tqnt de milliers deSoldats ne se fait qu’à la poursuite des Fuìars > lors qu’onne donne nul quartier. Puis donc que ce fut la nuit, quisépara les Combatans, il faut regarder comme un ConteRomanesque ce qu’on lit dans du Haillan , que le Roi Ab-dérame , c?* fresque tous les principaux des siens, surent trou-vez entre les grands monceaux des Morts , seulement efieints dela prejfe qui recula fur eux. S’il y avoit eu alors des Nouvel*listes hebdomadaires, on eût couru moins de risque de setromper , en jugeant du nombre des Sarrazins selon les Ga-zettes qui auroient précédé la Bataille , qu’en prenant pourréglé les Relations du Combat. Pendant la marche de cesBarbares, les Nouvellistes autorisés, ou même gagés du Pu-blic , auroient représenté leur Armée comme peu nombreu-se , & ils l’auroient affoiblie de jour en jour par les Déser-tions , 8 c par les Maladies , qu’ils y auroient fait régner.Après la Victoire , sis se seroient ravisez ; ils auroient aprisde bonne main , que cette Armée étoit innombrable. Onpourroit donc être trompé , & par les Gazettes antérieu-res , & par les postérieures ; mais, s’il y avoit à choisir, jeconseillerais, à tout hasard , de se fier plutôt aux premiè-res , qu’aux dernieres.
(H) Se retirèrent ■plus aisément quils n'avoient lieu de l’espé-rer. ] Pour rectifier les idées qu’on se forme populairementde cette grande Victoire , il est bon de considérer ce que lesHistoriens les plus éxacts en ont dit. „ Les Sarrazins eurent„ beau lancer des traits ; les Ecus des François, passez les„ uns fur les autres, les en garentirent ; &, quand les Sar-„ razins vinrent l’Epée à la main , tout leur effort ne pou*„ vant ébranler un si grand Corps > & si bien uni, ne scr-„ vit qu’à les rompre eux-mêmes. Charles, qui savoir pren-„ dre ses avantages , ne manqua pas en cet état de les fai-„ re charger : il en fut tué un prodigieux nombre par les„ François, qui combatirent toujours fort serrez. Abdéra-„ me même demeura sur la place ; mais la nuit survenant„ mit fin au Combat, sans que Charles conút tous ses avan-„ tages. II ne voulut pas qu’on suivît les restes de F Armée„ des Sarrazins , pour éviter les embûches qui font toujours„ à craindre , quand les Ennemis font en grand nombre.„ II fit même retirer ses Soldats en ordre , 8 c l’Epée haute,„ dans leur Camp, où ils passèrent la nuit; 8 c, dès le point„ du jour, il les remit en Bataille , à la vue du Camp des„ Ennemis. On y voioit tant de Pavillons, que bien que le„ Champ, où l’on avoit combatu le jourprécédent, fût tout„ couvert de Corps de Sarrazins, Charles avoit sujet de„ croire qu’ils avoient encore un grand nombre de Soldats„ fous leurs Tentes, & penfoit qu’ils alloient sortir ; mais„ enfin , après avoir long-tems attendu , on s’aperçut qu’ils„ avoient abandonné leur Camp , & des Espions vinrent„ donner avis qu’ils avoient marché toute la nuit vers la„ Septimanie. Mais si regarda cette fuite d’une Armée,» qu’il croioit encore plus nombreuse que la sienne , com-,, me une ruse pour l’attirer dans quelque Embuscade , Sc„ se contenta de se saisir du Camp des Sarrazins, où il trouva„ tout leur Equipage , avec le butin qu’ils avoient fait (18).Voilà ce qui porte à dire , que Charles n usa pas trop bien dece grand avantage (19). J e veux croire qu’si étoit, commetant d’autres (zo) , plus habile à vaincre , qu a bien profiterde la Victoire ; mais qui fait s’il ne trouva pas à propos delaisser retirer tranquillement les Sarrazins, a fin qu’ils fussentplus capables de ruiner le Duc d’Aquitaine , qu’il regardoitcomme un dangereux Ennemi ? Quelle peine , lui, 8 c sonFils Pépin , n’eurent-ils pas à subjuguer cette Famille ? Ellefut la derniere , qui fléchit le genou devant ces Usurpateurs.Au reste , le mauvais succès d’Abdérame n’empêcha pas sesSuccesseurs de revenir quelques années après, 8 c de fairebien du mal.
(J) Gjue ton a faussement accusé d’avoir attiré cette irruption.']Jamais accusation n’a cté plus contraire aux apparences, queCelle-ci. Prémierement , Eudes (zi) avoit marié fa Filleavec le Gouverneur de Ccrdaigne , afin de l’engager à uneGuerre Civile, qui empêchât les Sarrazins de passer les Monts;son Beau-Fsis avoit péri malheureusement dans cette entre-prise ; & sa Fille , tombée au pouvoir d’Abdérame , avoitété envolée au Calife des Sarrazins. En second lieu, on nevoit point qu’Eudes ait fait aucune démarche, pour faci-liter l’entrée de ces gens-là : si ne leur donna point de pas-
sage sur ses T erres ; Ce fut par ìe Fats du Duc des Gascons,qu’ils entrèrent dans les Gaules, 8c qu’ils s’avancérent jus-ques à Bourdeaux. De plus , on ne voit point que les Sar-razins aient eu aucune forte de ménagement pour ks Ter-res du Duc d’Aquitaine : ils le traitèrent en Ennemi, depuisle commencement jusques à la fin; bien loin de lui resti-tuer quelque chose de ce qu’ils lui avoient ôté dans leursprécédentes Expéditions , comme si seroit arrivé fans- dou-te , s’il avoit négocié avec eux pour l’Entrepriíè d’Abdéra-me. Enfin , quelle nécessité y avoit-si que quelqu’un sollici-tât ce Général à venir en France ? Les Sarrazins n’y étoient-ils pas déjà- entrez ? N’avoient-ils point déjà pris Narbonne,Carcassone , 8c ne s’étoient-ils point déja étendus jusquesau Rhône ? L’Expédition d’Abdérame ne fut qu’une fuitede ce que ses Prédécesseurs avoient fi bien commencé : sivoulut continuer leurs Conquêtes au delà (22) des Monts ;8 c , afin de donner du relief à ses Entreprises , si ne voulutpoint suivre une route déjà tracée. II alla prendre le pasta-ge des Pyrénées du côté de la Biscaie : c’étoit le moien deconquérir dès le premier pas ; mais , s’il avoit pris la routedu Rouffillon , comme autrefois Annibaî, il seroit entréd’abord dans une Province déjà conquise. Et, pour ce quiest de ce grand nombre d’Annalistes, qui ont diSàmé là-dessus le Duc d’Aquitaine , si ne saurait balancer les raisonsqui le justifient : car ce font des gens, dont les derniers nefont presque que copier les premiers ; 8 c ceux - ci avoientpuisé dans une Tradition qui devoir son origine aux arti-fices de la Cabale de Charles Martel. Cette Cabale , pourbien des raisons, devoir imputer au Parti contraire une in-telligence avec les ennemis de la Religion 8 c de l’Etat. Vousne verrez point qu’un Isidore de Badajos, un Sébastien deSalamanque , un Roderic de Tolede , & tels autres Histo-riens Espagnols , dégagés des impressions de cette Cabale,accusent Eudes d’avoir attiré les Sarrazins. Or, voiez ce quec’est que de naître heureux. Je crois que Charles Martel n’a*voit pas attiré ces Infidelles : néanmoins , les soupçons eadévoient tomber fur lui, plutôt qtle fur Eudes ; puis quec’étoit Eudes qui devoir être le premier accablé ; 8 c queCharles avoit lieu de croire , que pendant que les Sarrazinsle délivreraient d’un st redoutable Ennemi, il sc prépareraità les repousser , 8 c que le bonheur de les vaincre lui abré-gerait beaucoup le chemin du Trône. Voilà de grandesprises pour les malins Interprètes de la Conduite des Grands ;& , néanmoins, Charles n’a point été soupçonné d’intellígence avec Abdérame.
(X) Contribua extrêmement au gain de cette Bataille. ] 11 ya quelques Historiens, qui ne disent pas qu’il ait combatuce jour-là avec Martel; mais d’autres le disent expressément.Voici les paroles dePaulDiacre; Deindepoftdecem annos,cumVxoribus csr Parvulis venìentes , il parle des Sarrazins , Aqui-tamamGall'uProvinciam quasi habitaturi ingrejsi funt, Carolusfiquidem cum Eudone Aquitania Principe tune discordiam habe-bat, qui t amen in unum se conjungentes contra eosdem Sarrace-nos pari confilio dimicarunt ; nam irruentes Fr andsuper eos tre-centa septuaginta quinque milita Sarracenorum interemerunt, exBrancorum vero parte mille <ssr quingenti tantum ibi ceciderunt ;Eudo quoque cum fuis super eos irrutns pari modo mtdtos inter-ficiens omnia devastavìt (13). Réginon a parlé aussi de h ré-conciliation de Charles & d’Eudes : il a dit qu’elle fût faiteavant la Bataille ; 8c, qu’après cela, ils attaquèrent de con-cert les Sarrazins. Sigebert' pattage de telle forte la gloirede cette Journée entre ces deux Chefs, qu’si semble ne vou-loir donner à Eudes que l’avantage d’avoir forcé le Campdes Sarrazins , 8c d’avoir abîmé les débris de leur Armée -Eudo quoque reconciliatus Castra Sarracenorum irrupit , ejr Re-liquias eorum contrivit. Roderic , Archevêque de Tolèdenous fournira une bonne preuve ; car si dit (2.4) que lesplus grandes forces de Charles Martel étoient composéesd Alemans , de Gots , z? de François, qui étoient restez à Eu-des , après la Bataille que les Sarrazins gagnèrent près de laDordogne. N oublions pas la Lettre qu’Eudes écrivit auPape Grégoire II, où 3 lui fit un narré de la Bataille. Ma-riaiius Scotus, 8 c Othon de Friíingen, parlent de cette Let-tre. Anastafe le Bibliothécaire en parle aussi (zy); & ce qu’ilY a de bien singulier , c’est qu’il donne toute la gloire deFaction au Duc d’Aquitaine , fans dire quoi que ce soit deCharles Martel : & , pour ce qui est du nombre des Morts,370 mille du côté des Sarrazins, 8 c 1500 du côté des Fran-çois. II en donne pour son garant cette Lettre d’Eudes,d ou il tire une particularité assez burlesque ; c’est que lejour de la Bataille, Eudes fit hacher en petits morceauxtrois Eponges benites, que le Pape lui avoit envoiées, decelles^ qui servoient à t usage de la Fable , 8 c en donna à man-ger à ses Soldats ; ce qui leur porta tant de bonheur, qu’au-cun de ceux qui en mangèrent ne fut, ni tué, ni blessé.
P ont entendre cet usage de la Fable , souvenez-vous deces paroles de Martial, H*c tibi forte datur tergendis fbongiaMensisUtilis {%€],
(*-) <V
par raport ÁCEJpagxí.
( 23 )Hîstoi.Longob.Liirr. VI.C,tf. XLVr.apud Catel,Mémoiresdu Langue-doc , pog.53 °.
(24) Rode-ric, Histor.Arabum,dans Us Mé-moires deCatel,page s 29.
(2 s) Dansles Mémoír,de Catel deTHist. duLanguedoc,page 5?i.
(26) Mar-tial. Lpig.CXLIV,
L Ari XIV.