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A B I M E' L E C H.
(d) Joseph,Antiq.Lìbr. I ,Cap. XI.
(e) Genèse,Chap. XXI,
y n, 32 .
impuissant (S) : 5í , quoi qu’il en soit, il est sûr que la Providence de Dieu empêcha qustl ne sa-tisfît la passion qu’il avoit conçue pour Sara. 11 fut averti en songe, qu’elle étoit mariée avec unProphète, & qu’il mourroit, s’il ne la rendoit à son Mari. II ne manqua pas de la lui rendre, nide lui faire des reproches de leurs mensonges. Abraham s’excusa , entre autres raisons , fur cequ’en effet il étoit Frere de Sara , né du même Pere qu’elle , quoi qu’ils n’eussent pas la mêmeMere. C’est ainsi que récriture le fait parler. Mr. Moréri substitue, mal-à-propos, aux parolesdu Texte sacré celles de Josephe , qui supose faussement, qu’Abraham dit que Sara étoit Fille deson Frere (d). II a suivi le même Auteur sur un fait dont l’Ecriture ne dit pas un mot ; savoir,sur une prétendue Alliance contractée entre Abimelech Lc Abraham ,, lors de la restitution de Sa-ra. L’Ecriture s’est contentée de dire qu’Abimelech fit de grands présens à ce Patriarche , & luioffrit la permission de séjourner où il voudroit dans ses Etats. II est vrai qu’il y eut entre eux uneAlliance} mais elle ne fut faite que quelques années après (e). Ce fut le Traité de Beerscebah.Josephe , comme s’il avoit eu des Mémoires préférables à ceux de Moïse (C) , ose mettre ceTraité avant la naissance d’Isâc, au lieu que l’Ecriture le met après la réjection d’Ismael, quin’avint qu’après qu’Isâc eut été sevré. Mr. Moréri a suivi le meme Guide , lors qu’il assure, quele même Abimélech témoigna beaucoup de bonne volonté, à Isâc, qui s’étoit retiré au Pais de Guérar.II ne scroit pas impossible que ce fut le même Abimélech} mais il y a beaucoup d’aparence quec’étoit le Successeur de celui qui avoit enlevé Sara ( D ), Ce qu’il y a de bien certain, c’est qu’une
Famine
(7) Joseph.Antiq.
Libr. J,Cap. XI.
(8) Genese,Chap. X X ,
K 8.
(9) SalianiAnnal. Tom.I, pag. 469.
(10) Genese,Chap. XX,y IS.
(ïf) Dans laHemarqueÇC)de l y Article
Sara,
(12) cApitd^Mereerum.Vide Rivetíïxercir. inGenef.Operum,Tomo /,
395 .
(13) S-ivet,là même.Heideggerle sut't pas-à-pas , Hist.Patriarch.Tom. l£jpag. 1 65.
■ (if)Ou dp ellecela vulgaire-ment nouerFéguiUette.
(ís) Esaïe,Chap.
XXXVII,V. 3 .
<16) 1 ? Eter-nel avoit en-tièrement res-serré toutematrice de lamaison d y ^A-
himdecb.Cenet Chap.
xx, r. ís.
(B) D’une maladie qui le rendit impuissant.'] Pour étein-dre l’ardeur de sa convoitise , Dieu lui envoia une grandemaladie , qui mit à bout toute la Science des Médecins.Dieu l’avertit en songe, de ne rien faire à la Femme de cetEtranger. Abimélech, se trouvant un peu mieux, quelquetems après , déclara à ses Amis d’où venoit lit maladie , 8crendit Sara à Abraham. Voilà comment Josephe conte lachose (7) : peu soigneux, à son ordinaire, de se conformeraux Narrations de Moïse ; ou plutôt, assez hardi, pour ledémentir. Car Moise ne dìt-ìl pas qu’Abimélech , après leSonge , se leva de grand matin , & appella tous ses Servi-teurs , afin de leur communiquer ce qu’il avoit apris endonnant (8) ? Auroit-il pu faire cela , s’il avoit été aban-donné des Médecins ? Josephe sentoit bien la difficulté ;mais , pour l’ôter , il supose hardiment, contre l’autoritéde l’Écriture , que ce Prince ne communiqua son Songe àses amis, que quand fa maladie fut un peu passée, quelquetems après le Songe. II y en a qui croient qu’Abimélech 11efut point incommodé en fa personne; mais, seulement, enla personne de ses Femmes (9) : 8c que , quand l’Ecritureraporte que Dieu le guérit, cela ne signifie , sinon qu’il le--va le Scellé qui avoit été aposé chez lui sur tonte matri-ce (10). Je ne me ferois pas fort tirer Tortille, pour aprou-ver cette explication ; car je ne voi aucune trace de ma-ladie pour Abimélech dans tout le Chapitre X X de Ta Ge-nese , hormis dans ces paroles du Verset 17 , Dieu guéritAbimelec, fa Femme, ez ses Servantes ; puis enfantèrent. Maiscomme le Verset suivant ne fait mention que de l’incom-modité de ces Femmes , il est assez probable que c'étoit encela que confistoit tout le mal que Dieu avoit envoie à Abi-mélech. Je donne ailleurs (n) la réponse à la Questionque Ton me peut faire : Pourquoi ce Prince, s'il fe portait bien ,m. satisfit pas la passion qui lui fit enlever Sara ; Je ne m’é-tonne pas des rêveries que les Juifs ont débitées fur cetteavanture ; je m’étonnerois beaucoup plus de leur condui-te , s’ils n’avoient pas forgé cent chimères concernant no-tre Abimélech. Ils disent que tous les conduits du Corps fu-rent bouchés dans fit Maison, tant aux Hommes qú’aux Bê-tes , tant aux Mâles qu’aux Femelles ; de forte que rien nepouvoir y entrer , ni en sortir (n). On ne pouvoit plus nimanger, ui boire ; on ne pouvoit plus rien chaííer du ven-tre, 8cc. Les Hommes furent d’aìlleurs frapez d’une si gran-de froideur , qu’Abimélech fut hors d’état d’éxercer aucu-ne fonction virile , tant envers Sara , qu’envers toute au-tre. Un célébré Théologien Protestant (13) adopte cetteTradition , qúant à la derniere partie, & rejette tout lereste, comme ridicule, ou superflu. II dit,, que comme leDiable empêche quelquefois par ses ligatures (14) , que lespersonnes mariées ne puissent se rendre le devoir conju-gal , il n’eit pas hors d’aparence que Dieu ait envolé unepareille affliction à la Famille d’Abimélech , pour une bon-ne 8c sainte fin > qui étoit de conserver Ta pudicité de Sa-ra , ik de faire paraître très-certainement qu’elle n’avoit re-çu aucune atteinte dans cette Maison. II croit donc quetous les Domestiques d’Abimélech furent frapez du mal destérilité : les Hommes, par une impuissance semblable àcelle qui vient des Sortilèges ; les femmes, par une entierefermeture des portes dc la vie, ou par un rétrécissement*qui les rendit inhabiles a concevoir. Kn voila trop de la moi-tié , dira-t-on ; v? ilfuffifoit aux desseins de Dieu , que lesHommes fussent maleficiés ; mais il faut répondre , que laclôture des parties féminines étant un fait dont Moïse par-le nommément, il n’y a pas moien de le renvoier commesuperflu. Voici deux Explications de ce fait, qui n’apla-nìssent pas entièrement le chemin. Les uns veulent queMoïse ait voulu dire , que la Femme 8c les Servantes d’A-bìmélech ne purent pas accoucher quand le terme fut ve-nu : estes eurent bien des tranchées , & bien des douleurs;mais ce fut comme au tems dont parle le Prophète Efaïe,Venerunt Filii ufque ad os matricis , ez vis non est ad par-fum (15). Les autres disent, qu’il a voulu dire qu’elles neconcevoient plus. La prémiere Explication ne peut Rac-corder avec la Genese , à moins qu’on ne supose que tou-tes les Femmes qui apartenoient à Abimélech se trouvèrentgrosses au tems de Tenlevement de Sara (16) : ce qui n’est
point vraisemblable. La seconde demanderait que Sara eûtdemeuré plus long-tems qu’elle n’a fait dans la Maison dece Prince ; car il ne faut pas peu de tems , pour savoir íìtout un grand nombre de Femmes a perdu la faculté de con-cevoir. Ces embarras ont obligé un très-savant Interprèteà dire , que Ta punition , que Dieu envoia sur la Familled’Abimélech, fut connue d’une maniéré qui ne nous est pasconnue (17). Au reste, les Rabins ne mettent pas une gran-de difference entre Taffliction personnelle d’Abimélech ,8c Taffliction personnelle du prémier Ravisseur (18) de Sara.11 s disent de celui-ci, qu’il fut atteint de la maladie Ratan,qui est le plus incommode de tous les ulcérés , 8 c celui par-ticulièrement qui est le plus oposé aux corvées amoureu-ses (19). Salomon larcin veut que la plaie de ce Roi d’E-gypte ait été un mal de tête , causé par un Ver , qui s’é-toit formé dans son cerveau : Morbus perturbati cerebri obinnatum ipst vermiculum, quo qui laborant Us concubitus gra-vis fit , oz Hberi gignuntur ulcerofip. 6 ). Quelques-uns croi-ront que ces dernieres paroles gâtent tout ; car ils s’ima-ginent qu’il faut , pour T honneur de Sara , que 1 a Plaie dePharao Tait rendu absolument impuissant. Voità 110s Re-marques fur l’Article de cette sainte Femme.
(C) Des Mémoires préférables à ceux de Moise.] II y a long-tems que j’ai conçu de Tindignation contre Josephe , 8ccontre ceux qui T épargnent sur ce sujet. Un homme , quifaisoit profession ouverte du Judaïsme , dont la Foi étoitfondée sur la Divinité de l’Ecriture, ose raconter les cho-ses autrement qu’il ne les lit dans la Genese : il change, ilajoute , il suprime des circonstances; en un mot, il se meten oposition avec Moïse , de telle forte, qu’il faut que Tundes deux soit un faux Historien. Cela est-il suportable ; 8cn'en faut-il pas conclure , ou qu’il ne s’est gueres soucié descandaliser sa Nation , ou qu’il a cru que le sentiment par-ticulier , qu’il avoit sur la faillibilité , 8c par conséquent surla non-inspiration de Moïse , étoit commun parmi lesJuifs ? II méritait bien que Théodore de Beze lui donnât cecoup : Hoc ego semel ptonuncio , quod tu nunquam falsum esteostendes, si verus est multis locisjofephus , mentitum esse multislocis Mofem ez sacras omnes Scriptores. Sed nos potius istos proverts ipjìus Dei interpretibus , illum vero pro Sacerdote rerumfacrarum valde imperito , atque etiam négligente ez prophanoScriptore habebimus (21). Je croi que tous les anciens Histo-riens ont pris la même licence , à T égard des vieux Mé-moires qu’ils consultoient. 11s y ont cousu des suplémens ;& , n’y trouvant pas les faits dévelopez 8c embellis à leurfantaisie , ils les ont étendus, 8c habillés comme il leur aplu : 8c aujourd’hui, nous prenons cela pour Histoire.
(D) C'étoit le Successeur de celui qui avoit enlevé Sara.]je ne me fonde point fur la longue vie qu’il faudrait don-ner à Abimélech , s’il avoit été encore au monde > lorsqu’Isâc s’en alla en Guérar. Ce volage est postérieur à Tâ-chât que fit Jacob du Droit d’ainesse : on peut donc fupo-ser qu’Isâc avoit alors 80 ans ; car il en avoit 60 , lorsqu’Esaii 8c Jacob naquirent : 8c Esati étoit déjà grand Chas-seur , quand il vendit son Droit d’ainesse. D’autre côté,Abimélech , qui enleva Sara , étoit Roi 8c marié , avantqu’Isàc vint au monde : il aurait donc eu cent bonnes an-nées pour le moins, lorsqu’Isác fit le voiage de Guérar. Maisest-ce une affaire ? En ce tems-là , les Hommes ne vi-voient-ils pas plus de cent cinquante ans (22) ? On a peineà croire , quand on le lit, que des personnes habiles (23)soient capables d’objecter ces paroles de TEccléfiastique ,Omnis potentatus vita brevis (24) ; comme íì, en íupofantla Canonicité de cet Ouvrage , il étoit contre la Révélationque le régné d’un Homme eût duré cerit ans. Qui ne volt,que si ce passage avoit la force qu’on lui attribue , il fau-drait nier toutes les Histoires, qui aprennent qu’il y a eudes Règnes qui ont duré plus de cinquante ou soixante ans?Qu’est-ce donc qui me porte à croire que T Abimélech, quienleva Sara, n’est point le mêrqe , qui traitta Alliance avecIsâc ? Le voici. Ce dernier Abimélech crut bonnement,sur Ta parole d’Uac , que Rébecca n’étoit que sa Sœur ; 8c,lors qu’il en fut désabusé , non par les paroles , mais par lesactions. d’Isâc, il le reprit doucement de son mensonge,fans lui dire , Vous chasses da race ; Abraham , votre Pere,
m avoit
(17) MêfJcerus apuâRivetum,Oper. Tom»
P a & 395 -
(18) Pharao 9Ifoì d y Egypte»(íp) ^ApttdMercerum yìn RivetiOpe. Tom»-k, pag. 395 -(20) sApud jHeidegg.Hist. Pa-triarch.
Tom. I /y
(2i) Th.Beza, ReP*pouf. adBaldumum*Optx.Tom.Mipag. 220,
(22) cÀbtA*ham vécut775 ans » &Isâc 180.
(23) Pereriu5in Gene£Cap. XXVUPraf. Salia-ni Annal.Tom. /,pag. 520,
(24) La Ver*Jîon dcGenevtporte , Touc 6
Tyrannie estdepetite du-rée. Chap. XI*Vers. ii s