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ABUDHAHER. ABULFEDA.
La dévotion des Mahométans envers ce Temple ne diminua point pour cela; ils continuèrent à yaller tous les ans en pèlerinage. Lors que les Karmatiens l’eurent aperçu , ils se résolurent à leurrenvoier la pierre noire, âpres savoir gardée vingt-deux ans. Ils voulurent plaisanter quelque temsaprès, & se moquer de la sottise de ces dévotions. Voilà des gens , disoient-ils, qui croient avoir lapierre noire ; mais nous leur en avons envolé une autre , à la place de celle-là : Vobjet donc de leur dé-( c ) ïocockiî votion est un être faux & fuposté. Ils songcoient par de tels discours à quelque chose de plus soli-Notaeinspe- je (D) , que n'eff le plaisir d’insulter. On leur répondit, qu’ils n’avoient qu’à venir voir l’épreu-Arab. pq. ve qu on vouloit faire , ct que si la pierre nageoir lur 1 eau , elle ieroit la véritable. Elle nagea
« 8 Àbùífeda effectivement en présence des Karmatiens ; & ainsi , on racla de tous les esprits les doutes, & les& Ahmede scrupules, que les railleries de ces profanes pouvoient Etire naître (c). Voilà un petit échantillonEbn ruses. | a légende des peuples Orientaux.
YJtnku m Vous trouverez beaucoup de choses curieuses touchant les Karmatiens, & Abudhaher, dansCarmath, la Bibliothèque Orientale de Mr. d'Herbelot [d). II les nomme Carmathes , & il écrit AbitsTh. zs6 ’ & ^haher le nom de leur chef.
( 2 ) A quelque chose de plus solide.'] Ils avoient espéréd'attirer à eux les Caravanes des Pèlerins ; car ils s'croientimaginez que ces bonnes gens iroient au lieu où seroit lapierre. Voilà pourquoi ils ne voulurent point la mettre àrançon : ils nécoutérent , ni les prières , ni les promesses.Mais, voiant qu’on ne discontinuent point d’aller à la Mê-que, & que personne né venoit faire ses dévotions à la
pierre qu’ils avoient cliez eux, ils la rendirent. Ce ne fut pasfans s’y réserver quelque droit ; car , lors qu'ils dirent qu'ilsn’avoient rendu qu’une fausse pierre , ils prétendirent fansdoute jetter des scrupules dans les esprits, 6 c partager pourle moins les pèlerinages > tôt ou tard. Ceux de la Mequeen prévirent les conséquences , & s’avisèrent de publier queleur pierre avoir passé par l’épreuve , & y avoir été vérifiée.
(a) Poeock,
dans ses Notesfur US pecim.Hist. Arab.pag. z6z , ditgu'il naquitCan 672 deV Hégire.
(b) Le Titre•Arde signifieCanon , ouplutôt^ Recti-ficatio Tei-larum , à ceque dit Gra-vius. C y eftpourquois Ko-nign*a pas euton de dire
Abulfeda
et fait un Ou-vrage de Géo-graphie , inti-tulé Directo-rium Regio-mm.
ABULFEDA ( Ismaël ) Prince de Hamah , ville de Syrie, succéda à son frere, l’an 745de l’Hégire (A) , qui répond à l’an 1 z42. de Jésus-Christ, & mourut trois ans après, à l’âge d’en-viron soixante & douze ans (a). II aimoit l’étude , & , en particulier , celle de la Géographie,comme on le peut connoitre par POuvrage qui a pour titre : Chorasmia & Maiuaralnabra, hoc est ,regionum extra fluvium Oxum descriptio ex tabulis Abulfeda Ifmaèlis, principis Hamab (b). 11 fut im-primé à Londres, l’an iífo. L’Auteur y cite quantité d’Auteurs Arabes. II le composa long-tems avant que de monter fur le Trône, car on a marqué à la fin du Livre , qu’il fut achevé Pan721 de PHégire, qui étoit le 1321 de Jésus-Christ. ^ Le docte Jean Gravi us est celui à qui l’onest redevable de sédition de Londres, dont j’ai parlé. II joignit à l’original, qui est en Arabe,une Traduction Latine , & une Préface , où il nous aprend qu’il a consulté cinq differens Ma-nuscrits : le premier est celui qu’Erpénius avoit copié fur l’éxemplaire de la Bibliothèque Pala-tine; le second est cet éxemplaire même, qui est aujourd’hui à la Bibliothèque du Vatican : deuxautres apartenoient à Pocock -, le cinquième avoit été acheté à Constantinople. On aprend deplus dans cette Préface , que Ramusius est le premier qui ait loué cet Ouvrage dAbulseda , &qui en ait indiqué Pusage ; qu’ensuite Castaldus s’en servit à corriger les longitudes & les latitu-des de divers lieux ; qu’Ortelius en parle souvent dans son Thrésor Géographique, non pas commel’aíant vu , mais fur la foi de Castaldus -, qu’Erpénius , fâché que personne ne l’eût encore donnéau public , résolut de le publier, & qu’il l’auroit fait, si la mort ne l’eût emporté au beau milieude sa course ; que Schickard fut le prémier cjui en tira plusieurs remarques d’une profonde érudi-tion , & inconues jusques alors, qu’il a inférées dans son Taricb Perficum : mais, comme Péxem-plaire de la Bibliothèque Impériale , qui lui fut prêté par Tengnagelius, n’étoit pas lisible en di-vers endroits , il laissa le principal de la peine & de la gloire à Jean Gravius (c). II est surprenantque Mr. Moréri ait pu entasser autant de fautes dans un seul Article ( B ) , qu’il en a entassé dans
. l’Article
( 1 ) ApttdGravium,Trafatione.
(2) U le nom-me Abifeldeadans fa Chro-nol. Mathc-jnatic.
(3) Vossiusdc Mathe-matic. Dif-cìpl. pag.
250-
(4) Il le nom-me Abifel-deas , &Abilfeckas,Voiez. riipi-tome Bi-blioth. Ges-aeri.
(s)ïocock,Notx in.Specim.Hist. Arab.fog. zSz.
(A) L’an 743 de t Hégire.] C’est ce que témoigne l’Au-teur Arabe du Livre intitulé Al Sacerdan (1). Ainli, le Jé-suite Blancanus s’est abusé , lors qu’il a mis Abulfeda auquatrième siécle du Christianisme (z). Cette erreur devoirle garantir de l’autre méprise , où il est tombé , en donnantà ce Géographe le titre de Prince de Syrie , d’Assyrie , cr dePerse. Un peu d’attention auroit pu lui faire comprendre,qu’un Auteur Arabe , & Mahométan , ne pouvoir pas ctréRoi de Perse quatre cens ans après Jésus-Christ. Volîius ,aiant raporté le sentiment de Blancanus , s’est contenté dedire qu’il croioit qu’Abulfeda n’étoit pas à beaucoup prèsfi ancien : mais, au reste , il lui donne les qualitez de Prin-ce de Syrie, d’Assyrie, Sc de Perse (3) ; Simler les lui don-ne aussi. II s’aproche assez du vrai , quant à la chrono-logie ; puis qu’il dit qu’il y avoit trois cens ans qu’Abulfe-da florissoit (4). Au lieu de cela , Mr. Moréri lui imputed’avoir cru avec Blancanus, que ce Prince dc Syrie vivoitdans le III ou le IV siécle : Mais il est sûr , ajoute Mr.Moréri , qu il a vécu beaucoup plus tard , CV peut-être dans leVIII y ou dans le IX , ou même l’an izoo. II ne saloir pass’exprimer par un peut-être il faloit assurer qu’il vivoitdans le XIV siécle ; puis que son' Ouvrage fut achevé l’an711 de l’Hégire , comme on le déclare sur la fin. II s’estglissé une faute d’impreffion dans le Moréri de Hollandeen cet endroit. On fait dire à Jean Gravius, que notreAbulfeda vivoit au commencement du XIII siécle; ce-pendant , il a mis k mort de ce Prince à l’an 1345. Cequi me fait de la peine , est de voir que le docte EdouardPocock assure qu’Abulfeda prit possession du gouverne-ment de k Province de Hamah l’an 710 de l’Hégire (5).On ne peut accorder cela avec ce que Jean Gravius a éta-bli. Or il est plus raisonnable de s’en raporter à ce der-nier , qu’à l’autre ; parce qu’Abulfeda est la principale ma-tière de Gravius , au lieu que Pocock n’en parle que com-me d’un fort petit accessoire. Mais n’est-il pas bien fâ-cheux , que des gens de k force de Pocock en fait d’éru-dition Orientale , ne soient point un guide bien sûr; &,que dans le même tems qu’ils publient une chose, un deleurs collègues en fasse voir la fausseté ?
(B) Mr. Moréri ait pu entafier autant de fautes dans unseul Article.] On vient d’en voir quelques-unes, & voici
le reste. I. En disant que quelques-uns croient qu’Abul-feda étoit de Nubie , il le confond manifestement avecl’Auteur de la Geographia Nubienfis , dont nous parlerons enson lieu. Pour le moins, il fait conoître qu’il ignore queces deux Auteurs doivent être distingués ; car , s’il Vavoitsu , il n’auroit point raporté Vopinion de ces gens-là , fansy aposer sa censure. I I. II confirme cette prémiere obser-vation , quand il ajoute qu’Abulfeda a traité fa Géographiepar Climats. Cela convient mieux à celui qui nous a don-né 1 a Geographia Nubienfis , qu’à Abulfeda. On n’a vu dece dernier que 1 a description de quelques parties de 1 Asiefituées au delà de l’Oxus, lesquelles il met fous les Climatsa; 8c 16. La Géographie de Nubie est tout autrementdisposée. On n’y conoit que sept Climats : on s’en tientà cette division des Anciens ; c est a elle qu’on raporté ladescription qu’on y donne de toutes les parties du Mondeconu. Je remarquerai en passant, qu’Abulfeda commencele prémier Climat à Y Arabie , & non pas, comme la Geo-graphia Nubienfis, à la côte la plus Occidentale de l’OcéanAtlantique ; 8 c qu’il prend , pour le prémier Méridien, ce-lui qui passe fur le Cap de Saint Vincent. III. On ria vu,dit Mr. Moréri, jusqu'à présent que les prétniers Climats d’A-bulfeda ; on nous fait espérer les autres cette année. Voilà ungrand mensonge : ce qu’on a publié d’Abulfeda se raporté ,non pas aux prétniers Climats, mais au vingt-cinq & auvingt-six. I V. Un Auteur ne devroit jamais se servir duterme vague de cette année ; car au bout de dix ans , sonLecteur ne fait plus où il en est : il faut recourir à la datede la prémiere impression ; on ne k trouve quen quelquesLivres : & , dans ceux où on 1a trouve , elle n’est pas tou-jours un bon garant, puis qu’il fe passe quelquefois biendes années entre k composition , èc la publication d’un Li-vre. Nous avons ici un éxemple de Vembarras où l’onjette les Lecteurs par les termes de cette année. Où estl’homme , qui, lisant Moréri, puisse deviner en quel temson ptométroit les autres Climats d’Abulfeda ? Cette année-là est bien longue , elle a régné jusques à la sixième éditioninclusivement. V- Guillaume Postel est le premier qui a appor-té en Europe cet Ouvrage , dont il publia un Abrégé en Latin .Voilà deux nouvelles fautes de Moréri. De tous les Au-teurs qu’il cite , il n’y a que Simler, qui ait relation à cela.
Or
(c) Inférez, deìa,quel£abrt'cius , dansSpecimeaLingiuE A-rab. pag. 99 *
a tort de défi *dans Kontg*9«tSchickaaia traduit «Latin P Ou-vrage d*A-hulfeda. Spi-
zelius dansson Speciin.BibJ. cite lemême'S abri-ce f commeaiant dit qtuSchickarda traduit toutcet Ouvrage*