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Tome premier. A - B.
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ACOSTA. ACRONIUS.

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tération , & íàns prétendre garantir les faits : voila , dis-je , ce que j’ai tiré d’un petit Ecrit com-posé par Acosta (e ), & publié Sc réfuté par Mr. Limborch (/). On croit qu’il le compost peude jours avant fa mort, Sc depuis qu’il eut résolu de s’ôter la vie. II éxécuta cette étrange réso-lution , un peu après qu’il eut manqué son principal ennemi (g) : car dès que le pistolet, qu’ilavoit pris pour le tuer , dans le tems .qu’il le vit paslèr devant la maison , eut fait faux-feu , il fer-ma fa porte ; Sc , prenant un autre pistolet, il s’en tua (h). Cela fe fit à Amsterdam ; mais 011ne fait pas au vrai en quelle année (F). Voilà un exemple , qui favorise ceux qui condamnent laliberté de philosopher sur les matières de Religion ; car ils s’apuient beaucoup for ce que cetteméthode conduit peu-à-peu à l’Athéisme , ou au Déisme (G). Je toucherai la réfléxion , que fitAcosta, fur ce que les Juifs, pour le rendre plus odieux, affectoient de dire, qu’il n’étoit niJuif, ni Chrétien, ni Mahométan (H).

„ runt efuvm omnes quitus me honoribus fuistes cumulaturus :

,, cy ita nunquam lìnguam tuam postem evaderc ; unicum hoc„ effugium habens, nempe ad genua tua procumbere, cyfoedif-,, stmos pedes tuos , tuas inquam nefarias cy pudmdas inflitu-„ tiones ofculari II se sert dune autre réponse ; car > ildemande à ses adversaires, si, outre les trois Religions qu’ilsont nommées, 8c dont les deux dernieres leur paroiíTentmoins une Religion qu’une révolte contre Dieu , ils enreconoissent quelque autre ? II supose qu’ils reconoilìentune Religion naturelle comme véritable, 8e comme unmoien de plaire à Dieu, 8c qui suffit à situver toutes les Na-tions, excepté les Juifs. C’est celle qui est contenue dans lessept préceptes que Noé 8e ses descendans jusqu a Abrahamobservèrent. Il y a donc selon vous , dit-il, une Religion furlaquelle je puis m’apuier , quoi que je descende des Juifs ; car,ft mes prières ne peuvent pas vous engager à me permettre de memêler dans la foule des autres peuples , je ne laisterai pas de medonner cette licence. Là-dessus , il fait leloge de la Religionnaturelle.

Par fa prémiere réponse, il est aisé de conoître, que lesJuifs lui faifoient une objection plus spécieuse que forte :elle avoit moins de solidité, que d’éclat : elle étoit plus pro-pre a les amener à leurs fins , que conforme aux loix exac-tes du raisonnement : elle étoit au fond un peu suspecte desuperchérie. Voici d’où vient son éclat. L’esprit de l’hom-me est tellement fait, que par les prémieres impressions, laneutralité en fait de culte de Dieu le choque plus rudementque le faux culte ; 8e ainsi , dès qu'il entend dire que cer-taines gens ont abandonné la Religion de leurs peres, fansen prendre une autre, il se sent saisi de plus d’horreur, ques il aprenoit qu’ils étoient passez de la meilleure à la pire.Cette prémiere impression l’éblouït, 8e le rémue de telleforte , qu'il fe réglé là-dessus pour juger de ces gens-là ; Scc est a quoi il proportionne les passions qu’il conçoit contreeux. II ,ne se donne point la patience d’éxaminer profon-dément, si en effet il vaut mieux s’aller ranger fous les éten-dars du Diable , dans quelqu’une des fausses Religions quecet ennemi de Dieu 8e des hommes a établies, que de gar-der la neutralité. On peut donc croire, que les Pharisiens,qui persécutoient Acosta, ne faifoient valoir leur objection,qu’à cause qu’ils la trouvoient propre à effaroucher le peu-ple , 8e à intéresser les Chrétiens dans ce procès. J’avouequ’ils auroient fait moins de vacarmes , s’il eût embrassé leChristianisme à Amsterdam , ou le Mahométisme à Cons-tantinople ; mais ils ne l’euffent pas trouvé effectivementmoins perdu, moins damné, .moins apostat : leur ménage-ment n’auroit été qu’une retenue de politique , 8c l’effetd'une juste crainte du ressentiment de la Religion domi-nante. A juger des choses selon les prémieres impressions,il n’y a guere de Protestans, qui, fur la nouvelle que lu-tins auroit quitté la profession de l’Eglise Réformée, sansentreï dans aucune autre Communion , ne prétendissentqu’il seroit plus criminel, que s’il s’étoit fait Papiste; maisje demandérois volontiers à ces Protestans , Vous êtes-vousbien fondez. ? Avez-vous bien examiné ce que vous diriez,en casqu il fût devenu un grand dévot du Papisme, qu on le vit char-gé de reliques , cy courir à toutes les Procejftons , c r qu en unmot il pratiquât tout ce qu’il y a de plus outré dans l’idolâtrìecy dans les superstitions des Moines? Pourriés-vous répondre quevous m changeriés pas de langage , fi vous aprenìés qu’il s’étoitfait Juif, ou Mahométan, ou adorateur des Pagodes de la Chi-ne ? Encore un coup, c’est ainsi que l’esprit de l’homme esttourné : la prémiere chose qui le frape est la réglé de sespassions ; il profite de l’état présent, 8c ne cherche point cequ’il diroit sous une autre conjoncture. Ce particulier nousa quittés, 8c n'a point pris de parti ailleurs ; c’est par làqu’il faut l’attaquer : son indifférence doit être son plusgrand crime : s’il s’étoit fait Païen , nous l’attaquerions parlà , 8c nous dirions, ou pour le moins nous le penserions,Encore s’il s’étoit tenu neutre, cy attaché au gros de la Religionnaturelle , paffe ; mais, cyc.

Par la seconde réponse , Acosta ôtoit à ses adversaires ungrand avantage : il fe mettoit à couvert de cette forte ba-terie , ll vaut mieux avoir une fauste Religion , que de rienavoir aucune. Nonobstant cela , nous conclurons que c’é-toit un personnage digne d’horreur, 8c un esprit si maltourné , qu’st se perdit misérablement par les travers de fafausse Philosophie.

(<?) IntitulésExemplarhumantVitx.

(/) Votezci~dejs hs laCitation (<t)»W C’étottson frère oHson cousin.

Limborch ȓn Prafat.Exeniplar.Vitx hum.{/;) Lim-borch} ibidu

tes. Etant descendu de chaire , il reçut ordre de se retirerà un coin de la Synagogue , où il se déshabilla jusqu’à laceinture, 8c se déchaussa, 8c le. portier lui attacha les mainsà une colonne : ensuite, le Maître Chantre lui donna tren-te-neuf coups de fouet, ni plus, ni moins ; car, dans cessortes de cérémonies, on a soin de n’excéd.er pas le nom-bre prescrit par la Loi. Le Prédicateur vint ensuite , 8c lefit asseoir par terre , 8c le déclara absous de l’excommuni-cation ; de sorte que feutrée du Paradis n’étoit plus ferméepour lui, comme auparavant. Et ita , jam porta caeli mihierat aperta , qua antea fortijfimìs feris claufa me à limìne cyingreffu excludebat (17). Acosta reprit ses habits , 8c s’allacoucher par terre à la porte de la Synagogue , 8c tous ceuxqui sortirent passèrent sur lui. J’ai cru qu’on seroit bienaise de trouver ici ce petit morceau des cérémonies Judaï-ques (18).

(F) On ne fait pas au vrai en quelle année. ] 11 y a beau-

coup d’aparenoe , qu’il se tua peu après la cérémonie deson absolution , enragé du traitement qu’il avoit soufeitcontre l'espérance qu’il avoit conçue d’une peine mitigée.Mais cela ne peut point fixer le tems avec précision , puisqu’on ignore Tannée où il fit cette pénitence. Si l’on savoitcombien il y avoit de tems qu’il étoit excommunié , quandle Livre du Médecin fut mis au jour, Tan 1623, il ne seroitpas difficile de calculer juste ; puis qu’il observe que sa pré-miere excommunication dura 15 ans, 8c que la seconde endura sept, Sc que celle-ci suivit de près celle-là. On iupo-fc dans la Bibliothèque universelle , qu’il se tua environ Tan1647 (19) ; mais d’autres disent que ce fut en 1640 (20).

(G) é[ue cette méthode conduit peu-à-peu à l’Athéisme , ouau Déisme.'] Acosta leur sert d exemple. II ne voulut pointaquiescer aux décisions de l’Eglise Catholique, parce qu’ilne les trouva point conformes à fa raison ; 8 c il embrassale Judaïsme , parce qu’il le trouva plus conforme à ses lu-mières. Ensuite, il rejetta une infinité de traditions Ju-daïques , parce qu’il jugea quelles netoient point conte-nues dans TEcriture : il rejetta même Timmortalité de l’a-me , fous prétexte que la Loi de Dieu n’en parle point ; 8 cenfin , il nia la Divinité des Livres de Moïse , parce qu’iljugea que la Religion naturelle n’étoit point conforme auxordonances de ce Législateur. S’il eût vécu encore six ousept ans, st auroit peut-être nié la Religion naturelle , par-ce que fa misérable raison lui eût fait trouver des difficultezdans l’hypothêse de la providence 8c du libre arbitre del’Etre éternel 8c nécessaire. Quoi qu’il en soit , il n’y a per-sonne , qui, en se servant de la raison , n’ait besoin de l’as-sistance de Dieu ; car , sans cela , c’est un guide qui s’éga-re : 8c Ton peut comparer la Philosophie à des poudres sicorrosives, qu’après avoir consumé les chairs baveuses d’u-ne plaie , esses rongeraient la chair vive , 8c carieraient lesos, 8c perceraient jusqu’aux mouesles. La Philosophie ré-fute d’abord les erreurs ; mais , si on ne Tarrête point là ,elle attaque les véritez : 8c, quand on la laisse faire à fa fan-taisie elle va si loin , qu’elle ne fait plus où elle est , ni netrouvé plus où s’asseoir. II faut imputer cela à la foiblessede T esprit de l’homme , ou au mauvais usage qu’il fait deses prétendues forces. Par bonheur, ou plutôt par une sa-ge dispensation de la Providence , il y a peu d’hommes quisoient en état de tomber dans cet abus.

(H) Affecloient de dire qu’il ri étoit ni Juif, ni Chrétien,ni Mahométan.] II y avoit en cela , répondoit-il, 8c de lamalice 8c de l’ignorance ; car, s’il eût été Chrétien , ilsTeussent considéré comme un idolâtre abominable, qui,avec le Fondateur du Christianisme , eût été puni du vraiDieu comme un révolté. S’il eût suivi la Religion Maho-métane , ils n’eussent point parlé de lui moins odieusement.II ne pouvoit donc en nulle maniéré se garantir des coupsde leur langue , à moins qu’il ne s’attachât dévotement auxtraditions pharisaïques. Considérons ses propres paroles :Scio adverfarios istos , dit-il (2 r) , ut nomen meum coram in-dottâplebe dìlanient , solitos este dicere, „lste nullam habet re-„ ligionem , Judaus non est , non Christianus , non Mahome-„ tanus. Vide prius, Pharifœe , quid dicas; cacus enim es, cy„ licet malitià abundes, tamen sicut cacus impingis. §uafo,dic„ mihi , si ego Christianus estent , quid f uist'es dilìurus ? Pla-„ num est , ditlurum te , fœdistimum me este idololatram , cy,, cum Jefu Nazareno Chriftianorum Dotlore paenas vero Deofoluturum , à quo defeceram. Si Mahomet anus estem,no-

CombiîmP idée deNeutralitéen matièrede Religionchoque &soulevé lesEsprits.

ACRONIUS (Jean) enseigna les Mathématiques & la Médecine à Bâle, avec beaucoupde réputation , & composa quelques Livres, De Tente Mot u , de Ssthœrâ , de Jstrolabii & Annuli (q u »»*,Afironomtci ConfeSlione. II étoit de Frise , & mourut à Bâle , à la fleur de son âge, l’an i s6z. CetAuteur a échapé à la diligence de Voíîius (a ),. quoi que Swertius 5c Valere André Teussent mis scientiisM».

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