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Tome premier. A - B.
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A C O S T A.

(c) Van

I6i}.

(d) Clt Ou-ïs r âge est inti-tulé ExamenTraditionumïhilosophi-caium adEegemscnptam.

(9) Acosta,

Exempta

Vicsc hum.

(10J Ibid.

sîl)' Ibid.t‘g ■ 34 8 -

( 12 ) Ibid.l*g- 34S-

slj) Ibid.

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hissoit ses sentimens dans une pareille rencontre : c’est pourquoi, il continua son train. Aussifut-il excommunié ; & , avec un tel effet, que ses propres freres, je parle de ceux qu’il avoit ins-truits au Judaïsme, n’osoient lui parler, ni le saluer, quand ils le trouvoient dans les rues. Sevolant en cet état, il composa un Ouvrage pour sa justification ; & il y fit voir , que les observan-ces , & les traditions des Pharisiens , font contraires aux Ecrits de Moïse. A peine l’eut-il com-mencé , qu’il embrafla l’opinion des Sadducéens : car il se persuada fortement, que les peines 8cles récompenses de l’ancienne Loi ne regardent que cette vie ; 8c se fonda principalement surce que Moïse ne fait aucune mention , ni du bonheur du Paradis, ni du malheur de l’Enfer. Dèsque ses Adversaires eurent apris qu’il étoit tombé dans cette opinion, ils en eurent une extrêmejoie ; parce qu’ils prévirent que cela leur scroit d’un grand usage pour justifier auprès des Chré-tiens la conduite de la Synagogue contre lui, 8cc. De là vint, qu’avant même que son Ouvrages’imprimât, ils publièrent ( c ) un Livre touchant l’immortalité de l’ame , composé par un Méde-cin , qui n’oublia rien de tout ce qui étoit le plus capable de faire passif Acosta pour un Athée.On excita les enfiins à l’insulter en pleine rue , & à jetter des pierres contre fa maison. II ne laissiipas de publier un Ouvrage contre le Livre du Médecin , & d y combatre de toutes sos forces l’im-mortalité de l’ame {d). Les Juifs s’adresierent aux Tribunaux a’Amsterdam, & le déférèrent com-me une personne qui renveríoit tous les fondemens du Judaïfinc 8c dû Christianisme. On le fitemprisonner , on le relâcha fous caution au bout de huit ou dix jours, on confisqua l’Edition duLivre , & on lui fit paier une amande de trois cens florins. II ne s’arrêta point là : le tems 8c l’ex-périence le pouffèrent beaucoup plus loin. II éxamina fi la Loi de Moïse venoit de Dieu , 8c ilcrut trouver de bonnes raisons, pour se convaincre qu elle n etoit qu une invention de 1 eíjpnt del’homme ; mais , au lieu d’en tirer cette conséquence , Je ne dois donc -pas rentrer dans la Commu-nion Judaïque , il en tira celle-ci , Pourquoi m'objiinerois-je à en demeurer séparé toute ma vie , avectant d'incommoditez , moi , qui suis dans un païs étranger , dont je n'entens point la langue ? Ne vaut-il pas bien mieux faire ‘le finge entre les snges ? Aiant considéré ces choses , il retourna au giron duJudaïsme , quinze ans après son excommunication , 8c il rétracta ce qu’il avoit dit, 8c signa cequ’on voulut. II fut déféré quelques jours après , par un neveu qu’il avoit chez lui. C’étoit unjeune garçon , qui avoit pris garde que son oncle n’observoit point les loix de la Synagogue , nidans son manger , ni fur d’autres points. Cette accusation eut d’étranges fuites 5 car un parentd’Acosta , qui l’avoit réconcilié avec les Juifs , se crut engagé d’honneur à le persécuter à touteoutrance (D). Les Rabins, 8c tout leur peuple , se revêtirent du même esprit, & principale-ment , lors qu’ils eurent su que notre Acosta avoit conseillé à deux Chrétiens, qui etoient ve-nus de Londres à Amsterdam , de ne pas sc faire Juifs. On le cita au grand Conseil de la Synago-gue , 8c on lui déclara qu’il seroit encore une fois excommunié , s’il ne faisoit les satisfactions qu’onlui prescriroit. II les trouva fi dures, qu’il répondit qu’il ne pouvoit pas les subir. Là-dessus,ils résolurent de le chasser de leur communion ; 8c l’on ne fauroit représenter les avanies qui luifurent faites depuis ce tems-là, & les persécutions qu’il eut à souffrir de la part de ses parens.Aiant passé sept années dans ce triste état, il prit le parti de déclarer qu’il etoit prêt à se sou-mettre à la sentence de la Synagogue ; car on lui avoit fait entendre , qu’au moien de cette dé-claration , il se tirerait d’affaire commodément, parce que les Juges satisfaits de fa soumission tem-péreraient la sévérité de la discipline. Mais il y fut attrapé : on lui fit subir à toute rigueur lapénitence qui lui avoit été d’abord proposée (£)• Voilà ce que j’ai tire , sens déguisement ni al-tération,

pas eu grand’ peur. Voilà le sujet de son mépris pour lesmenaces de Ja Synagogue d’Amíterdam. Mais il conutpar expérience > que la simple faculté d’excommunier estbien terrible , quoi qu’entiérement privée des fonctipns dubras séculier. On le regardoit comme un hibou , depuisson excommunication. Ses propres freres n’osoient pas mê-me le saluer : If fi fr âtres mû , quitus ego pr&ceptor fueram ,me tranfbant , nec ìn flatea salutabant , profter metum illo-rum (9). Les petits enfans couraient après lui, avec deshuées dans les rues, 8c le chargeoient de malédictions : ilss’attroupoient devant son logis , & ils y jettoient des pier-res : qamque faces crfaxa volant. II ne pouvoit être tran-quille , ni dans fa maison , ni dehors. Puer t istorum , àRabbinis cr parentib'us edotti , turmatim fer flateas convenie-bant , cr elatis vocibus mihì maledicebant, ct omnigenis contu-meliis irritabant , hareticum cr defeélorem indamantes. Ali-uando etiam ,• ante fores meas congregabantur , lapides jacie-ant , cr nihil ìntentatum relinquebant ut me turbarent , netranquillus etiam in domo proprid agere pofftm (10). Les maux,à quoi son excommunication l’assujettit, furent si rudes,qu’il fe sentit enfin incapable de les suporter ; car , quelquehaine qu’il eût pour la Synagogue, il aima mieux y revenir,par une réconciliation simulée , que d’en être séparé ouver-tement. Aulîi disoit-il à quelques Chrétiens, qui vou-loient se faire Juifs , qu’ils ne savoient pas quel joug ils al-loient fe mettre fur la tête. Nefciebant quale jugum fuis ver-ticibus imponerent (11). Mais quels furent ses embarras,lors que n’aiant pas voulu subir la pénitence ignominieuse ,que la Synagogue lui prescrivoit, il se vit encore dans lesliens de 1 ’ ex c o m m un i cation ? On crachoir en le rencon-trant , & l'on instruisoit à cela les petits garçons. Multi eo-rum tranfeunte me in flatea fpuebant , quod etiam C? pueri il-lorum faciebant ab illis edoéli; tantum non lapidabar , quia fa-

cultas deerat (iz). Ses parens le persécutèrent; personne nel’alloit voir dans ses maladies. Coupons court. On le véxaen tant de maniérés, que l’on extorqua enfin de lui la sou-mission que l’on deinandoit. Vuravit pugna ifla per annosfeptem , intra quod tempus incredibiliapajjus fum (13). Nousverrons dans la Remarque ( E) quelle fut la peine qu’on luiimposa. II conut alors , plus que jamais, combien fontterribles ceux-mêmes, qui, fans aucune juridiction, dispo-sent des loix de la discipline.

Je me garde bien de dire que les raisons des Indépendanssoient considérables : eux, qui trouvent si mauvais que l'E-

glise s'attribue le droit d’excommunìer, c’est-à-dire , d’infli-ger des peines , qui font quelquefois plus infamantes que lafleur de lis, 8e qui exposent à plus de malheurs temporels,que les peines aflìctìves, à quoi les Juges civils condam-nent. Les arrêts des Juges ne supriment point les actes oules offices de l’humanité , & encore moins les devoirs de laparenté. Mais l’excommunication arme quelquefois lesperes contre les enfans, 8e ceux-ci contre les peres : elleétoufe tous les sentimens de la nature : elle rompt les liensde l’amitié 8 c de l’hofpìtalité : elle réduit les gens à la con-dition des pestiférez , 8c même à un abandon beaucoupplus grand.

(X>) Un parent fe crut engagé à le persécuter à tou-te outrance.] Voici les maux qu'il lui fit. Acosta étoit furle point de convoler en secondes noces, il avoit beaucoupd'effets entre les mains de l’un de lès freres , 8e un grandbesoin de continuer le commerce qui étoit entre eux. Ceparent lui fut contraire sur tous ces chefs ; il empêcha lemariage , 8e il engagea le frété à retenir tous ces effets-là ,8e à ne plus négocier avec son frété. Ces procédures doi-vent être considérées comme lune des raisons qui confir-moient Acosta dans ses impiétez ; car il se persuada sansdoute , que ces passions 8e ces injustices pouvoient être au-torisées par quelques passages du Vieux Testament, où laLoi ordonne aux freres, aux peres, 8c aux maris, de n’é-pargner point la vie de leurs freres , de leurs enfans, 8e deleurs femmes, en cas de révolte contre la Religion (14).Et il faut savoir qu’il se fer volt de cette preuve contre laLoi de Moïse ; car il prétendoit qu’uneLoi , qui renver-soit la Religion naturelle, ne pouvoit pas procéder de Dieu,l’Auteur de cette Religion (15). Or , dit-il, la Religion na-turelle établit un lien d'amitié entre les parens. Volez ce queMr. Limborch a répondu à ce sophisme (16).

(£) A toute rigueur la pénitence , qui lui avoit été d’abordproposée .] Voici la description qu’il en fait. Une grandefoule d’hommes 8e de femmes s’étant rendue à la Synago-gue , pour voir ce spectacle, il entra, & au tems marquéil monta en chaire , 8c lut tout haut un écrit, où il confes-soit qu’il avoit mérité mille fois la mort, pour n’avoir pointgardé le jour du Sabat, ni la foi qu’il avoit donnée , 8epour avoir déconseillé la profession du Judaïsme à des gensqui se vouloient convertir; que pour l’expiation de ces cri-mes , il étoit prêt de souffrir tout ce qu’on ordonneroit, &qu’il promettoit de ne retomber jamais dans de telles fau-tes.

ctch) Volet,le Livre daDeutërono-me , chas.

xrii.

fi;) Acosta»ExempJaihuman-vVita', pag‘.Z 5 -.

(16) Philip-pus à Liffl-borch in R e 'futat. Uriesi*Acoíte, f“í-361 ,irf‘ît'