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Tome premier. A - B.
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R I P P A.

108 A G

On aura lieu d’être surpris de leurs bévues , & de l’effet qu’ils ont produit, nonobstant la négli-gence avec laquelle ils ont recherché les faits. Après tout, s’il a été Magicien , il est une fortepreuve de Pimpuissance de la Magie ; car jamais homme n’a échoué plus de fois que lui, ni nes’est vu plus souvent que lui dans la crainte de manquer de pain. Les Financiers de François I ,& ceux de Charles - Quint, étoient fans doute tres-pcriuadez de son innocence à cet égard ; vu lamaniéré dont ils le joiioient , quand il s’adrestoit à eux , pour toucher ses gages. II y a des erreurs

( 7 *) Thí-vet, Hom-mes illustr.fl- rrL.

(73 ) Lì-7me,pag. rrz.

(74) Là-mi-me ,pag. Z 2 Ç.

(75) Naudé,Apologiedes grandsHommes,

fi- 4 ° 5 -Votez, aujjiTeislxer,Elog. tirezde Mr. deThou, T-,m.U , pag. 99.Voiez, ci-def-saus CitationÍ 79 Ì-

(76) Agrip-pa, Oper.Hom. ll ,fi- 1075 .

(77) Aid.

pa r. 480 , &71S.

( 78 ) Votez,sa Lettres,pap. 728,730.

(79) Cla-vigni de SteHonorine,dc l’Usagedes Livressuspects,pag, Ivâ.

(80) Thevet,Hommes il-lustr. pag.222 , 221.

se moque (avec Cardan au 18 Livre de la Subtilité) desresveries d'Agrippa , qui forgeait des apparitions plus que ridi-cules. En troisième lieu , son Livre de la Philosophie cachéea efié condamné cr censuré par les Chrefiiens . ... \ cr, pourcette occafion, fut contraint Agrippa d'abandonner la Flandres,où il ne peut eftre souffert , faijant profession de la magie : demaniéré qu il prit la route d'Italie , où il séjourna l espace detrois ans ou environ , V y épancha plus que n eút ete requis dupoison avec telle abondance , que plttseurs gens, de bien apperce-vans qu il en avoit en p peu de tems infeâle l air de l Italie,lui donnèrent la chaffe p vive qu il n eut rien de plus hastsque de fe retirer à Dole , où il leut publiquement le Livre deVerbo mirifico (72). En quatrième lieu , il obscurcit telle-ment la Bourgogne des fumées CT 1 brouillard de ses sciences noi-res , que s’il n eut fait un trou a la nue , 1 1 cji bien a craindrequ avec le feu on ne leut éclaire de plus près qu d n eut fceusouhaiter. En cinquième lieu , ilse rendit à Lyon , sort piè-tre cr dénué de facultez. , il chercha tous les moyens qu d putpour vivoter, remuant le mieux qu il pouvoit la queue dubajèon ,cr il gagnait p peu qu il mourut en un chétif cabaret , abhorréde tout le monde , qui le détefioit comme un maudit cr éxécra-ble Magicien , parce que tousjours il menoit en fa compagnie unDiable fous la pgure d’un chien. Thevet ajoute à cela lereste du conte que Paul Jove a inséré dans ses Eloges.

11 seroit facile de montrer la nullité de ces cinq preuves.II n’est pas besoin de réfuter la I > puis que Thevet a reconuqu’Antoine de Leve ne s’adressoit point à Agrippa pourquelques prefiigieux cr iniques charmes (73), mais plufiofi, pourta rare merveille de son esprit (74) J 8c que 1 Empereur ne leprit à son service , par l’interceffion d’Antoine de Leve, quepour l'affeurance qu il avoit que par son meur cr rassis juge-ment il pourrait survenir aux grandes affaires qui lui étoienttombées fur les bras. Voilà donc l’accusé hors d'affaire, parla confession même de l’accusateur : il est bien plus mal-aisé de justifier celui-ci dune très-crasse ignorance. Je n’airemarqué dans les Lettres d’Agrippa aucun vestige de sesliaisons avec Antoine de Leve , & je nt’étonne , que fur lafoi d un Auteur comme Thevet, tant d’habiles gens aientdébité qu’Agrippa fut favori dé Antoine de Leve , cr Capitai-ne en f es troupes (75). II ne fut jamais au service des Espa-gnols : il ne servit que dans les troupes de l’Empereur Maxi-nrilien ; 8c je ne pense pas, que depuis la Harangue qu’il fità Pavie , l an 151 j » il ait endossé le siamois. Voici quel-ques mots de cette Harangue. Neque mireris , Marchio Illus-tris , Joannes Gonzaga strenuiff. militum dux , quod cum meproximis hìs annis foelicijpmis Cafards caftris Prafeélum cog-nofceres , nunc me facrarum literarum prapofitum pulpito cer-nas (76). 11 fit encore quelque séjour en Italie : il y eut pourpatron Guillaume Paleologue, Marquis de Monferrat, à quiil dédia son Traité de triplici ratione cognoscendì Deum , l’an1516 (77) : il enseigna à Turin ; 8c il repassa les Alpes versle commencement de Tannée 1518 (78). Qu’on me mon-tre qu’Antoine de Leve ait servi TEmpereur Maximilien.Mais voici une ignorance encore plus crasse. Agrippan’obtint le titre de Conseiller 8c Historiographe de Charles-Quint, que par le moien des amis qu’il rencontra à la Courde la Princesse Marguerite , Gouvernante du Pais-Bas.Charles-Quint n etoit point alors dans le Païs-Bas : il y vintquelque tems après , si prévenu contre Agrippa , que fansles bons offices du Cardinal Campege, 8c du Cardinal dela Mark , il Tauroit fait mettre dans un cachot. Le SieurClavigni de Sainte Honorine, dit que la fin d’Agrippa n’eûtpas été moins funeste que celle de Lucilius Vaninius, si leCardinal Campege , 8c Antoine de Leve , ses Protecteurs,n’eussent détourné Charles-Quint de le faire punir (79).II ne vit point Agrippa , & ne lui fit point paier ses gages,tant s’en faut qu’il fe soit servi de ses conseils, pour íe dé-barrasser des grandes affaires qui lui étoient tombées fur lesbras. C’est une plaisante preuve de l’habileté d’Agrippa dansle Droit , que de dire que Charles -Sjuint le reçut au nombrede ses Conseillers. A la Jurisprudence, dit Thevet (80), ilavoit donné une p vive atteinte , que ( comme j’ai ci-deffus re-marqué) lEmpereur Charles-le-Sjuint le reçut au nombre de fesConseillers. II avoit dit dans la page précédente , qu Agrippafut p bien reçu a la Cour de cet Empereur , qu il fut du nom-bre de fes Conseillers. Ne sait-on pas que le titre de Con-seiller du Roi se donne à une infinité de gens , à des Mé-decins , à des Historiographes, à des Auteurs, qui entrentdans les Conseils du Prince aussi peu que le dernier de tousles Bourgeois ? La II raison de Thevet ne prouve rien.Agrippa a parlé de quelques aparitions si ridicules, que mê-me Tun de ses meilleurs amis s’en est moqué ; donc il a étéMagicien. Que deviendroient Bodin , Martin Del Rio , leLoyer, 8c la plupart des Démonographes, si cette maniéréde raisonner avoit lieu ? La III raison fourmille de fausse-rez. Si Agrippa eût fait profession de Magie , on ne se fûtpas contenté de le faire sortir de Flandres ; on ne punit passi doucement une telle profession. II ne fut jamais en Ita-lie , depuis les censures de fa Philosophie occulte. Cet Ou-vrage ne, parut qu’en 1531. Si Agrippa tût épanché dans

l’Italie avec tant d’abondance le poison de fa Magie , leCardinal de Sainte Croix Tauroit-il choisi pour Tun desThéologiens du Concile de Pise ? Le Pape lui auroit-ilécrit un Bref fi honnête , en Tan 1515 (81) ? Bien loin que (8i)AgiîP'notre Agrippa chassé d’Italie se soit retiré à Dole , st n’alla pa - E P‘“-en Italie qu’après avoir quitté Dole. La IV raison supose X , X k XV j lfaux. Agrippa se fit des affaires à Dole , pour avoir don-né dans les hypothèses de Capnion , dont il expliquoit le FLivre de Verbo mirifico. On fait les longues querelles desMoines 8c de Capnion. Le Cordelier Catilinet, aimantmieux prêcher contre Agrippa devant la Princesse Margue-rite , que disputer ou s'éclaircir avec lui à Dole , prit leparti de T aller diffamer à Gand sur la chaire de vérité : maisil ne l’accusa point de Magie ; st ne l’accusa que -rattache-ment à la Cabale Judaïque , 8c de pervertir TEcriture pardes explications Cabalistiques (82). Les déclamations mal (sr) Votmplacées de ce Cordelier , qui, au lieu de prévenir la Cour (Expostul*-8c le peuple contre un Professeur absent, devoit l’accuserdans les sonnes devant les Juges Académiques, n’empê- oeu-

chérent point que le célébré Jean Colet ne logeât Agrippa vies,7^.jon-chez lui à Londres , 8c que TEmpereur Maximilien , aieulde la Princesse Marguerite , ne lui donnât de Temploi enItalie (83). La V raison de Thevet a déjà été réfutée : st (Sî)Agrip*n’a fait que copier Paul Jove ; 8c ils ont été Tun 8c Tautre P* - °P eI ‘assez imprudens pour parler de la misere d’Agrippa. Beau ’

moien de persuader à un Lecteur judicieux, que cet hommeétoit un grand Magicien ! Belle méthode de le persuader aupeuple, lors qu’on fait -Tailleurs, que des qu il y a un Princeou Seigneur attquel lheur rit , soudain on lut jette le chat auxjambes qu il courtise Agrippa (84) / (*4) Thevtr,

III. Quant à Martin Del Rio , il raconte ces trois ou H° mmes ^quatre choses. I. Agrippa en voiageant paioit dans les hó- *

teleries en monnoie qui paroissoìt très-bonne; mais, au boutde quelques jours, on s’apercevoit qu’il avoit donné desmorceaux de corne, ou de coquille (8$). II. Charles- ïs;) v-! .Quint le chassa de fa Cour 8c de ses Etats, 8c avec lui deux P-*", oifqubautres personnes de condition , qui lui a voient promis de sit ’grans trésors par le moien de la Magie (86). III. Le me- xiù

me Empereur ne remit point la peine de mort à Agrippa ; mm. \°.mais il le condamna au bannissement, après qu’st eut su safuite (87). IV. Agrippa tenoit à Louvain un pensionaire I 86 ) lhii ‘fort curieux. Un jour qu’il sortit hors de la ville , il recoin- r<t .,manda à fa femme de ne laisser entrer personne dans son rìo Disquecabinet. Le pensionaire en obtint pourtant la clef : il y Ct. Magi-entre , 8c y lit un Livre de conjurations : il entend fraper a c.,i. ubr. V,la porte une 8c deux fois fans interrompre fa lecture : le Dé- StS ' 1Lmon veut savoir qui 1 apelle 8c pourquoi ; 8c , parce qu’onne sait que lui répondre , il étrangle le lecteur. Agrippa ,revenant à son logis, volt les Démons qui sautent sur famaison ; il les apelle, 8c aprend d’eux ce qui étoit arrivé.

11 donne ordre à Thomicide d’entrer dans le cadavre , 8c delui faire faire quelques tours de promenade à la place la plusfréquentée des Ecoliers, 8c puis de fe retirer. Cela sut fait.

Le pensionaire , après trois ou quatre tours de promenade,tomba roide mort. On pensa long-tems que ce fût de mortsubite ; mais certaines marques de suffocation rendirent lachose suspecte dès le commencement : ensuite , le temsaprit tout ; 8c Agrippa , fugitif dans la Lorraine, com-mença d’y vomir les hérésies qu’il avoit retenues dans lecœur (88). (ss) Aii,

La misere d’Agrippa , 8c la peur qu’il fait paraître tant Liir - F 'de fois dans ses Epîtres de n’avoir pas dequoi manger , ré- yT/'x"fuient pleinement la prémiere de ces histoires. Quand on Seíl /. 'a un moien si court de paier ses créanciers, on ne' doit pasêtre en peine de quoi vivre : c’est la pistole volante. II n’estpoint vrai que Charles-Qumt ait jamais chassé Agrippa deses Etats : il étoit trop habile homme, pour punir de cettemaniéré un Magicien dispensateur des trésors; il aurait craintque les autres Princes ne profitassent à son dommage des se-crets d’un tel bani. Del Rio réfute la seconde historiettepar la troisième ; car il prétend dans la troisième , que faMajesté Impériale eût fait mourir Agrippa , si elle Teût eu , v -t,en fa puissance , 8c que l’arrêt de bannissement fut posté- oncnim o* 1rieur à la fuite de ce Magicien. Pures fables. Agrippa pré- vllurm» i*>sentoit requête fur requête au Conseil de cet Empereur, ou * {“g. 97s »pour être paié de ses gages, ou pour avoir son congé (80) ;

8c , quand il fut las de n’obtenir rien, il s’en alla à Colo- l* 4 '

gne , où st parla le plus hardiment du monde aux Magis- *^7 fi*trats, contre les Moines qui arrêtoient Timpreffion de son seqúmt.Ouvrage (90). II vécut tranquillement à Bonn , jusques à , , ....

ce qu’il en partit pour aller en France. Charles-Quint au- í 9 °’roit-il souffert cela à un homme qu’il aurait bani de ses PEtats ? L’eût-il souffert à un Magicien , qui n’auroit évité (*)le dernier suplice , que par la fuite ? Sur la quatrième his- xv vx )toriette , soit renvoié à Gabriel Naudé , dont voici les pa- jP 0110 ^®'rôles: On la peut nier encore plus raisonnablement avec Ludwi- * >l ‘° 1$ 'gius (*), que Delrio nel’affeure, veu qu il l’a traduite mot pour (91) R ;iu<íé ’mot d’un Livre intitulé le Lheatre de la Nature , divulgue en A P° 1- pItalien er en Latin fous le nom de Stroze Cìcogna , csr en Pran- ÌF ^es,(ois cr Espagnol fous celui dt Valderama (91). On peut fe fer- çag'itl-'