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Tome premier. A - B.
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AGRIPPA.

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de fait dans les moiens dont quelques-uns íè font servis pour faire son Apologie ( 6) ). Mr.Moréri

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vir d’une autre réfutation : la voici. Del Rìo remarque quela femme , qui avoir prêté la clef au pensionnaire, fut répu-diée depuis par Agrippa. II faut donc que ce soit la troi-sième femme de ce Magicien. Or la seconde ne mourutqu’en 1529 : il faut donc que l’avanture du pensionaire soitpostérieure à l an 1529 : il faudroit donc qu’Agrippa eût prisla fuite vers la Lorraine depuis l’an 1530 , ou environ : ilfaudroit que depuis qu’il fut installé à la charge d’Hiltorio-graphe de Charles-Quint, il eût été louer une maison àLouvain , pour y tenir des penfìonaires : mais rien n’estplus faux que cela ; car, I, il n’alla point en Lorraine com-me fugitif : il y alla pour exercer une belle charge à Mets,laquelle lui avoir été offerte avec tous les agrémens possi-bles , pendant qu’on lui présentoir ailleurs des conditionshonorables (92). II. II n’alla en Lorraine, qu’en 1518 :

& il avoir encore alors fa prémiere femme. III. Les doc-trines , qu’il soutint en ce païs-là , 8c pour lesquelles il futexposé aux vexations de quelques Moines, n’étoient, nimagiques, ni hérétiques : elles rouloient fur la question 11Ste. Anne mere de la Ste. Vierge a eu trois maris, & unenfant de chacun; ou si elle n’a eu qu’un mari, & une fille.Agrippa soutint ce dernier parti (93) , qui fait infinimentplus d’honneur que l’autre à la mémoire de Ste. Anne.

IV. II ne paroit point qu’il ait demeuré ailleurs qua An-vers 8c à Malines , depuis qu’il fut fait Historiographe de,1’Empereur , jusques à ce qu’il se retira chez l’Electeur deCologne ; & je ne pense pas que jamais il ait tenu de pen-sionaires à Louvain. On pourroit donc fe dispenser de ré-pondre à Martin Del Rio , & à ses constats, jusques à cequ’ils eussent un peu arrangé les circonstances des teins 8cdes lieux.

Je m’étonne que le célébré Naudé n’ait pas eu la pré-votance d’objecter aux accusateurs d’Agrippa le grand nom-bre de fausserez historiques dont je viens de les convaincre.

(0 j II y a des erreurs défait dans les moiens . de

fin Astologie?i J’ai Gabriel Naudé en vue. II tâche de jus-tifier Agrippa , entre autres raisons , par la faveur de deuxEmpereurs, e/ autant de Rois (94). C’eit fuposer que Charles-Quint eut de l’amitié pour Agrippa ; mais on n’a qu’à lireles plaintes de cet Auteur (93) , pour voir clairement lecontraire. De plus, Naudé iupose qu’on ne s’avisa de criercontre la Philosophie occulte , que long-tems après qu’elleeut été publiée : il prétend qu’on ne cria contre ce Livre,que pour fe venger des injures qu’on croioit avoir reçuesdans celui de la Vanité des Sciences. II est fort vrai que cedernier Livre irrita furieusement plusieurs personnes. LesMoines, les Suppôts des Académies, les Prédicateurs, lesThéologiens, s’y reconurent. Agrippa étoit un esprit tropardent. Ex ejus Libri (de Vanitate Scientiarum) qualicun-que guftti deprehendi bominem ejfe ardentis ingenii , varialec-tionis , c?’ multa memorit, alicubi tamén majore copia quam de-ledlu; ac âiSíione tumultuofa verïus quam composta. In omnìgenere rerum vitupérât mala , laudat bona. Sed funt qui nihilaliud fuftinent quam laudari (96). Ses peintures étoienttrop fortes, les couleurs en étoient trop noires , ses traitsétoient trop marqués. On s’en fâcha donc , je l’avoue ;mais il n’est pas vrai que cette colere ait eu un effet ré-troactif fur un Livre qu’on eût laissé en repos plusieurs an-nées. Naudé eût mieux fait de garder cette pensée pourune autre application : il eût trouvé où la placer tôt ou tard,quand même il n’auroit pas eu autant de lecture qu’il enavoir. Je m’explique. II n’est point rare que des zélateurslaissent long-tems en repos un Livre, & celui qui l’a com-posé, quel que puisse être d’ailleurs ce Livre , pourvu qu’iln’attaque point personnellement ces zélateurs. Mais si aubout de 10 , 15,20 ans, ils fe brouillent avec l’Auteur; siquelque nouvel Ouvrage vient Dire des descriptions où l’onpuifiè reconoitre ce que l’on cache le plus soigneusementque l’on peut au peuple; le prémier Livre ne peut plus jouirde son repos, il devient hérétique, impie , brûlable. Oncommence alors d’être rongé du zèle de la maison de Dieu:on le persuade aux bonnes gens ; mais ceux qui ne fontpoint dupes voient bien quelle est la passion honteuse quel’on couvre sous le beau masque des intérêts de la pieté.Rendons justice aux Théologiens de Louvain: ils ne méri-tent pas la flétrissure dont l’Apologiste d’Agrippa les chargepar un tel endroit; la Philosophie occulte ne fut impriméequ’après la Déclamation de la Vanité des Sciences; il suffitde leur reprocher, qu’ils usèrent de mille chicaneries, pourtrouver des propositions condamnables dans cette Déclama-tion. Volez 1a forte réponse qui leur fut faite: elle est ausecond volume d’Agrippa, & commence à la page 252.

Faisons en peu de mots l’Histoire de cette Philosophieocculte. Agrippa fit cet Ouvrage dans ses jeunes ans (97),Sc le montra à l’Abbé Tritheme, dont il avoit apris biendes choses (98). Tritheme en fut charmé, comme il pa-roit par la Lettre qu’il lui écrivit le 8 d’Avril 1510 (99);mais il lui conseilla de ne le communiquer qu’à des per-sonnes affidées. Je ne sai si l’Auteur le communiqua à tropde gens, ou si les premiers qui en eurent une copie man-quèrent de discrétion : la vérité est qu’il en courut diversescopies manuscrites presque par toute l’Europe. 11 n’est pasbesoin d’avertir que la plupart étoient fort défectueuses :cela ne manque jamais d’arriver en pareils cas. On se pré-parait à l’ìmprimer fui une de ces mauvaises copies : c’est ce

qui détermina l’Auteur à le publier lui-même, avec les Ad-ditions & les changemens dont il l’avoit embelli depuis qu’ill’avoit montré à l’Abbé Tritheme. Mekhior Adam letrompe, quand il dit qu Agrippa, aiant corrigé 8c aug-menté ce Livre, dans un âge plus avancé , le fit voir àl’Abbé Tritheme. II avoit réfuté dans son Ecrit de la Va-nité des Sciences fa Philosophie occulte; &, néanmoins,il la publia, afin d’empêcher que d’autres ne l’impriwassentpleine de fautes 6c mutilée (100). II la fit aprouver pardes Docteurs en Théologie , Sc par des personnes que leConseil de l’Empereur commit spécialement à cette lecture*Liber ille jam nuper per aliquos Ecclefia Pr&latos ct* Dotloresfacrarum humanarumque literarum eruditiffimos, cs" ex Cla-ris con/ilio ad hoc spécialiser deputatos commiffarios examina-tus esr probatus fuerit, deinde etiam totius Cafarei consilii a fisensu admiffus, c ejusdem Cafarea Majestatis authentico diplo-mate cr appensa in rubra cera Casaris aquila privilegiatus, in-super Antverpia,cir poftea etiam Parifiis ,fine contradiiïioneim-prévus csr pub lice venditus dïstratbus fit (roi). Sur ces apro-

bations, il obtint un privilège de fa Majesté Impériale, ilfit imprimer son Livre à Anvers, 8c le dédia à l’Electeurde Cologne. Son Epitre dédicatoire est datée de Malines,au mois de Janvier 1531 ; 6c c’est la XIII du VI livre deses Lettres. Ce Livre parut Fan 1531. II fut rimpriméd’abord à Paris. Ces deux Editions fe vendirent fans nulobstacle. L’Auteur fit travailler à une troisième à Colo-gne. Le Pere Conrad d’Uìme, Inquisiteur de la foi, eneut le vent, & fit arrêter Fimpreffion : mais la vigoureuserequête d’Agrippa aux Magistrats eut fans doute son effet,puis qu’il y a une Edition de Cologne de la Philosophieocculte en 1533. Elle contient trois livres, au lieu queles précédentes ne contenoient que le premier (102I. Ôny joignit, après la mort d’Agrippa, un quatrième livre,qui n’est point du même Auteur. Optimo jure his (librismagìcis) annumeratur abominabilis libellas nuper in lucemab impio homme emijfus , tributusque Henr. Corn. Agrippa ,meoolim hospìti esr praceptori honorando , ultra annos quadragintajam mortuo , ut hinc falfi ejus manibus jam infiribi sperem ,sub titulo quarti libri de occulta philosophia, feu de ceremoniismagicis : qui tnsuper clavis librorum trium de occulta Philoso-phia omniumque magicarum operationum jastiatur[{io'x). C’estainsi que parle Jean Wier. J’ai vu une Edition in foliode la Philosophie occulte, en 1533, sens le lieu de Fim-preffion. Le privilège de Charles-Quint y est à la tête, enFrançois, daté de Malines, le 12 de Janvier 1529, si je’neme trompe.

Voions présentement les mensonges qui sont répandusdans ces paroles de Naudé: ,, Les Théologiens de Lou-„ vain censurèrent rigoureusement sa Déclamation contre„ les Sciences : Jean Catilinet, Cordelier, déclama publi-„ quement contre Fexplication qu’il avoit faict à Dole de„ Verbo mirifico : les Jacobins de la ville de Mets escrivirent„ contre les propositions qu’il avoit divulguées, pour sou-„ tenir l’opinion de Faber Stapulensis touchant la Monoga-„ mie de Sainte Anne : 6c toutefois, pas un de ces Cen-,, sents ne put trouver aucun sujet de rien dire, ou remar-„ quer fur les deux premiers livres de fa Philosophie occul-„ te, qui furent imprimez iong-tems auparavant„ toutes ces pieces, tant à Paris, qu’à An vers, êc ailleurs....

„ (104) ” Notez qu’il répète ces mêmes mots long temsauparavant, dans la page 4 r 6. Pour comprendre toute lafaute, il faut se souvenir que Catilinet déclama Fan r 509 ; queles Jacobins de Mets écrivirent fur Ste. Anne l’an 1519; &que laDéclamation fur la Vanité des Sciences parut en 1530,un an avant la Philosophie occulte. „ L’avarice des Librai-„ res, 6c la vanité de certains esprits,,., ajotite Nau-

dé (105), „ font tort à la mémoire de cet Auteur, lui at-„ tribuant un 4 livre plein de cérémonies magiques, vai-„ nés, superstitieuses , 8c abominables, 8c le mettant en

„ lumière avec les trois de fa Philosophie occulte.

„ Wierus assure (*), pour la défense d’Agrippa , que ’cê„ livre ne fut divulgué que 27 ans après fa mort, 8c qu’as-,, seurément il ne l’avoit point composé (106.) „

Ces paroles de Naudé, 27 ans apris fa mort, compa-rées avec le passage Latin que l’on a vu ci-dessus (107),peuvent causer de Fembarras ; mais, pour débrouiller cela,il sufit de prendre garde aux diverses Editions de Jean Wier.II revit 8c il augmenta six fois son Ouvrage. Naudé avoitfans doute une Edition tjue F Auteur avoit préparée Fan1562. II s’étoit alors passe 27 années depuis la mort d’A-grippa. Mon Edition fût préparée 13 ou 14 ans après : voi-là pourquoi F Auteur y emploie cette phrase, ultra annosquadraginta jam mortuo. II retint toujours son nuper, 6c stest blâmable en cela ; car il trompe par ce moien ses lec-teurs. II leur fait acroire que le quatrième livre Philosophie,occulta ne fut imprimé que 27 ou 40 ans après la mort d’A-grippa : ce qui est faux. II arrive rarement à ceux qui aug-mentent plusieurs fois leurs Livres, de changer par tout lesparticules qui marquent les dates du tems.

En faveur de ceux qui n’auront pas les Ouvrages d’Agrip-pa , je dirai ici comment on prouve que la Déclamationcontre les Sciences fut imprimée l’an 1530, 8c la Philoso-phie occulte Fan 1531. Far une Lettre imprimée avec cel-les d’Agrippa , 8c datée le ro de Janvier 1531 (ro8), onaprend que l’Electeur de Cologne avoit reçu un exemplaire

P 3 ds

(ioó) Véìtt*en la Prisai*

(toi) Agi,EpistolaXXVILilri VII,

page 103 í.

Votez, aujjípage 1045 *

<îoi) Vòittà

l* Epitre dédi *(Aîoire dull& du lllLivre an me*me Eleveurde CoUgne*

( 103 ) Wie-rus, deMagis, Cdj>,V, pag, toi.

(104) Nau-d é , Apolo-gie pourleagrandsHommes,P“g. 411 .

(loj) Limême ,pag. 41 J.

(*) Ubr.ll,de Prifii-giis.

( 106 ) Nau-dé, Apolo-gie pour lesgrandsHommes,pag. 414 .

( 107 ) Cita-tion (rozj,

(toi) Ci f

U XIV d*VI Livre ifag. -68,