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Tome premier. A - B.
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A N A X A G O R A S. LrZ

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cie ; 6c, qu’en général, les idées des Anciens , qui ont parlé du cahos , n’étoíent paS moins' eni*brouillées que le cahos même. Disons pour le moins, afín d’éviter tout air d’éxagération j

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des argumens d’Aristote (iió) , quelque subtils 8c quelquesolides qu'ils puissent être : 8c , s’il lê trouve que mes Ré-flexions aient du raport aux siennes, ce fera un pur hazard.

l. Nous avons vu (n7) pourquoi Anaxagoras vouloirque chaque chose tut composée de particules semblables:il vouloit éviter par là , qu’un corps ne fût fait de rien.Or comme- les alimens les plus simples peuvent être lamatière dont toutes les parties d’un animal se nourrissent,il faloit qu’il avouât que l'herbe d’un pré contient actuel-lement des os , 8c des ongles, 8c des cornes, beaucoupde sang , beaucoup de chair, beaucoup de peaux 8c depoils, 8cc. Elle netoit donc point composée de particu-les semblables, elle étoit plutôt un assemblage de toutes' fortes à'hétérogênéitez .à quoi servoit donc la doctrine deshomœoméries ? Ne faloit-il pas qu’il l’abandonnât dans tousles cas particuliers, après savoir suposée dans le général?Ce que j’ai dit de l’herbe , ne convient-il pas au lait , auvin , à seau, au pain , 8c à une infinité d’autres choses?Y a-t-il aucun corps, qui ne serve de matière à plusieursautres, dans les changemens qu’on apelle génération 8ccorruption ? Voici donc de premiers principes, qui fonthomogènes , 8c qui ne le font point. 11s le font dans la su-position d’Anaxagoras ; 8c ils ne ■ le font point en effet :puis que les mixtes devant être selon lui de îa même natu-re que leurs principes, 8c n’étant qu’un assemblage de par-ties dissemblables , il s’ensuit que les principes font hétéro-gènes. Je retoucherai ceci dans le Paragraphe V.

II. II se trouvera de plus que tous les noms ont été malimposez : car, par exemple, si tout le sang des animauxavoit été dans les herbes qu’ils ont mangées , elles méri-toient mieux le nom de sang , que celui de foin. Anaxa-goras répondoit que certaines particules étant plus nom-breuses dans un mixte , ou placées à la surface , le faisoientparoître uniforme , 8c lui procuroient un nom spécifi-que (ii 8). Lucrèce a réfuté cette réponse parles faussesconséquences qui en émanent. ,, II résulteroit de là ,»

, dit-il (119) „ que quand 011 brise les grains, on en tire-„ roit quelques particules de sang, ou de quelqu’un des„ autres organes dont notre corps est composé. Or cela>, est contraire à l’expérience ”.

Linquitur hic tenuis latìtandi copia quidam ;

Id quod Anaxagoras fibisumit , ut omnibus ormitslies putet immiftas rébus latitare ; sed illudApparere unum , cujus fint pluria mixta ,

Et magis in promtu , primaque ìn fronte locata,

(Spuod tamen à verâ longe ratione repulfum eft.

Conveniebat enim fruges quoque sape minutas ,

Robore cum saxi franguntur , mittere fignumSanguinis , aut aliúm , noftro qm corpore aluntur.Confimili ratione herbas quoque sape decebat ,ht laticis dulces guttas , fimilique faporeScilicet esy glebis terrarum sapé friatis. Herbarum généra , es 1 fruges , frondesque videriDispertita , ac in terris latitare minute :

Postremo in lignis cinerem fumumque videri ,

Cum prafraíia forent, ignesque latere minutos.

Quorum nil fieri quoniam manifesta docet res ,

Scire licet non ejfe in rébus res ita mixtas.

Cette réfutation n’est pas mauvaise ; car enfin mêlez com-me il vous plaira diverses fortes de grains : prenez cent foisplus de blé que d’orge ; mettez toujours les grains d’orgeautant qu’il vous fera possible dans une enceinte de grainsde blé : que gagnerez-vous ? Ferez-vous accroire qu’il n’ya là que du blé ? Demeureroit-on dans cette erreur , aprèsmême que l’on auroit éparpillé vôtre monceau ? Ne ver-roit-on jamais paroître quelques grains d’orge ì Fables 8crêveries que tout cela. Anaxagoras n’eût pu résoudre cet-te objection , qu’en suposant que chaque partie sensibled’un grain de blé est tellement conditionnée , que les hété-rogênéitez. y font en plus petit nombre , 8c envelopées desparticules du blé ; & que de là vient, qu’en brisant le bléentre deux meules, nous ne découvrons jamais les partieshétérogènes ; mais si nous portions la division jusqu’auxParticules insensibles, ce seroit alors que le sang , la chair,les os, Sec, se montreroient à des yeux plus fins que les nô-tres. En un mot, il ne se peut tirer de ce mauvais pas,que par la divisibilité à l’infini ; 8c c’est imiter un homme ,qui, pour éviter un coup d’épée , se précipite à corps per-du dans un abîme dune profondeur inconcevable. Maisattachons - nous seulement aux difficultez qui enfermentquelque sorte de contradiction.

m. Je dis en troisième lieu , qu’Anaxagoras devoir su-Poser que les particules semblables se trouvoient, 8c enplus grand nombre , 8c en plus petit nombre , dans le pain :e u plus grand nombre , puis que ce composé s’apelloit duPain : en plus petit nombre , puis que peu d’heures aprèsssue le pain a été mangé , il s’apelle chyle , 8c ne montredans toutes ses particules sensibles, que les qualitez du chy-

On comprendra plus facilement cette objection, si l’oncompare la pâte avec le blé , ou le pain avec la pâte. Onverra qu’il falloit que ce Philosophe demeurât d’accord ,MUe les homogénéisez, étoient tout ensemble 8c plus nom-’euses, & moins nombreuses, dans un même mixte:aaas la pâte, par exemple ; car pendant qu’elle est pâte,

elle contient plus de corpuscules de pâte * que d’une autreespece de corps : mais quand elle est convertie en pain ,elle contient moins de corpuscules de pâte que de pain ;8c cependant les corpuscules de pain ne sont venus quede la pâte.

IV. Voici une autre contradiction. C’est se contredi-re , que d établir une hypothèse , qui ramene d’un côtél’inconvénient qu’on lui veut faire chasser de l’autre. Voi-là le mal du système d’Anaxagoras. Ge Philosophe , aiantsuposé que les parties de la matière avoient été éternelle-ment dans un état de confusion ; c’est-à-dire , que les pluspetits corpuscules homogènes avoient été entourez par toutde corpuscules hétérogènes ; suposa , qu’enfin une Intelli-gence chassa ce désordre » par la séparation des particulessemblables d’avec celles qui ne leur ressemblent point. Maisil renversent lui-même sa supofition, puis qu’il se voioitcontraint d’avouer que toutes sortes d ’homœoméries étoientmêlées ensemble dans tous les corps ; 8c cela , quant auxparticules insensibles. II y avoit, selon lui, une infinitéde petits os, 8c de petites goûtes de sang , 8cc , dans cha-que brin d’herbe, 8c dans chaque morceau de pain : toutétoit mêlé dans tout, puis que chaque chose se faisoit dechaque chose. A/o (peterí jràv tt otetm fe.tiii.xbui , Ô 7 <in zrdvix n-unòç ìáem yrtapCem (izo). Quapropter ìnquiunt quod-que in quolibet este mistum , quia quodltíct ex quovis oriri vi-debant. A'>a%(zyóg «5 pttfáxíui zrZv i> zrant <pr,z> (izr). Ana-xagoras omne in omnì misceri.ait. Quel plus grand état deconfusion voulez-vous voir que celui-là ? Platon en j ugeoitainsi ; car plus d’une fois il emploie la doctrine d’Ana-xagoras comme un symbole de cahos. K«v tl o-oyxsttotro

fcèv 7 tcíVTct , (J'íaKÇ'voiî» ft ptr, , -rays an to rd A’vaçaydfS

ytyotùc tin , ò/xS iràrea yst,statu (rzz). Proinde fi consun -derentur quidem omnia , nunquam vero disccrnerentur , Ana-xagora. illud repente contingeret , univerja videlicet este fimul,II dit ailleurs ; T« tS A’ï«!«-yoj# «y orofb jjy , à <pifo Ï 1 S-

*t , ofAs ut itttna x.çnticna. ê<póçtTO ìiTtpuitû, ày.çí-

tm t’ ostm tS'> Te vyiettSv xat ÌutçíxSi xa'i èstoorotnn-xSt (123). Illud Anaxagora prorfus accideret , amice Pô-le ... . omnia videlicet in eodem indiscreta commiscerentur ,er qutt ad medìcìnam pertinent c? falutem , V qua. ad coquina-riam attinent. Mr. Ménage raporte que Luther donnoitle nom de Théologiens Anaxagoristes à ceux qui trou-voient tout dans chaque texte de l’Ecriture. A t que inde eftquod Luthero Théologiens Anaxagoricus dicitur is qui quod-Xibet in quolibet loco Scriptura Sacra invenire pojstt (124).

V. Ses premiers principes l’étoient 8c ne l’étoient pas :ils 1 : 'étoient, selon sa supofition ; 8c ils ne l’étoient pasréellement : puis qu’ils étoient composez 8c corruptibles ,tout autant qu’aucun autre corps. II admettoit la divisi-bilité à l’infini : il devoit donc dire, qu’il y avoit une infi-nité de corpuscules dans la plus petite goûte d’eau ; 8c,par conséquent, qu’elle n’en contenoit pas un moindrenombre que toute la terre. Bailleurs ce nombre infinide corpuscules étoit un amas de toutes fortes d ’hétérogé-néìtez.. 11 n’étoit donc pas plus simple qu’un arbre ; 8c ,à cet égard , il ne différait des corps qu’on apelle mixtes ,que parce que les yeux de l’homme n’auroient pas pu dé-couvrir les parties distimilairés, comme ils les découvrentdans un Arbre. Enfin l’Entendement, qui avoit mu lamatière , pouvoit diviser à l’infini ces prétendus premiersprincipes , auffi aisément que le feu divise le bois : ilsétoient donc auffi périssables que le bois : d’où il résulteque s’ils éxistoient dans la nature des choses, ce n’étoitpas en qualité de prémiers principes. Outre cela , quepourrait - on fuposer de plus absurde, que d’établir pourprincipes ce qui n’éxistoit,point du tout ? Or il est cer-tain , selon l’hypothese d’Anaxagoras, qu’il n’y avoit au-cune homœomérie dans l’Univers.

Examinons une réponse qu’il auroit pu faire. II auroitpu fuposer que l’essence des homœoméries ne consiste pointdans la ressemblance de toutes leurs parties ; mais dans laconformité qui se trouve entre l’arrangement des hétéro"é-néitez. d’un petit os , par éxemple , 8c l’arrangement deshétérogênéitez. de tout autre os. „ Je ne prétens point, ,,eût-il pu dire , ,, qu’un os de dix pouces , divisé en cent,, mille parties, ou , ce qui est la même chose dans mon„ hypothèse , en cent mille petits os , ne contienne abso-„ lument aucun corpuscule qui ne ressemble à tous les au-„ tres. J’avoue que chacun de ces petits os est un rnêlan-„ ge de toutes sortes de principes ; il contient des chairs ;,, il contient du sang , 8c des membranes, 8cc; mais com-„ me ces matières différentes font rangées selon la même,, symmétrie dans chacun de ces petits os , j’ai raison de,, soutenir que l’affemblage de cent mille de ces petits os,, est un composé homogène, ou un tas d ’homœoméries ; 8c,„ puis que je supose que l’Entendement, qui en a lait le„ triage , les a trouvées toutes faites, je puis soutenir que,, chacune d’elles prise à part est indestructible : car estes,, ont toujours éxisté par elles-mêmes ”. _

Cette réponse contient deux chefs : l’un est I’explicatiostde l’hypothese à l’égard du sens du mot homœomérie ; l’au-tre regarde l’incorruptibilité de ces homœoméries. Je vaiséclaircir le premier par un éxemple. Mettez dans une Bi-bliothèque tous les éxemplaires d’un même Livre , reliésde la même façon. Ce sera un amas de Livres sembla-bles , un amas homogène ; non pas à cause que chacun de

P d 3

(iib) Áris-toteí. ïhy-lic. Libr. ljCap. IV,

P“gi 256, Gi

( 1 2 1 ) Idem,Metaphys.Libr. 111,Cap. V, pag,671. C.

(izz) Plato,in rhxdonc,P*&- 54-

slij) idem,

in Gorgia,P»gf Z 17 .

(124) Mfi-nag. inLacitium ,Libr , II,73,