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ANAXAGORAS.
qu’elles n’étoient guere juíles , & qu’ils n’ont pu dire que cet état de confusion ne siibsistoit
plus.
(125} Volez,Gassendi,Thys. SeS. I,Libr. VU,Cap. III.
(126) Me-thodiusapud P h O'tiura, Cod.CCXXXVI,t“g. S 43 -
ces volumes est composé de parties qui se ressemblent par-faitement ; mais à cause que le blanc 8c le noir , les espa-ces , les lettres , les accens , les points , les virgules, 8c lesautres parties hétérogènes, ont la même symmétrie dans Funque dans tous les autres. Laissons en repos cette explica-tion d’Anaxagoras , 8c contentons-nous d'attaquer le se-cond point de ía réponse.
VI. Je ne lui demande point pourquoi cette Intelligen-ce , qu'il a reconue , a laissé les homœoméries dans la con-fusion pendant toute F éternité , ni d’où vient qu'elle s’estavisée si tard de les mouvoir , 8c de les unir , ni pourquoiil nie que de rien on puisse produire quelque chose , luiqui avoue que le mouvement a commencé i Ces trois ob-jections , 8c quelques autres, embarrassent étrangementtous ceux qui admettent une matière éternelle, incréée ,8c distincte de l’Etre divin ; mais comme ce font des dit-ficultez qu’on peut alléguer aussi bien contre d’autres Phi-losophes , que contre Anaxagoras, il ne seroit pas à pro-pos de s’y arrêter. J’éclaircirai seulement un peu la der-niere. II est certain que la production d une qualité dis-tincte de son sujet > ne différé point dune vraie création.G’est ce que les Philosophes modernes (12,5) prouvent dé-monstrativement aux Aristotéliciens, qui admettent uneinfinité de formes substantielles 8c accidentelles, distinctesde la matière ; car puis quelles ne font point composéesd’aucun sujet prééxistent, il s’ensuit qu’elles font faites derien. La meilleure réponse > que puissent faire les secta-teurs d’Aristote , est de rétorquer cette objection , 8c dedire que les Cartésiens font donc obligés de reconoìtre quele mouvement ne se peut produire que par création. LesCartésiens avouent cette conséquence : ils n’attribuent qu aDieu la production du mouvement ; 8c ils disent que mou-voir la matière n’est autre chose que la créer dans chaquemoment en différons lieux. Concluez de tout ceci, qu'A-naxagoras 8c plusieurs autres se contredisoient, lors qued’un côté ils ne vouloient pas admettre que de rien on putfaire quelque chose ; 8c qu'ils avoûoient de l’autre , quele mouvement , ou quelque autre modification , avoitcommencé dans le cahos éternel (126). Mais laissant ce-la , attachons-nous seulement aux difficuìtez qui ne con-cernent qu’Anaxagoras.
VII. Je lui allégué cette maxime : toutes les choses ,qui font distinctes entre elles , peuvent être séparées lesunes des autres : 8c je conclus de là , que chaque homœo-mérie peut être divisée à l’infini en plusieurs portions ; carelle est composée de toutes fortes de principes mêlez en-semble. Puis donc que le mouvement est un principe né-cessaire de division , 8c que Dieu a produit le mouvementdans la matière , il s’ensuit que par cette force motrice , ila pu porter la désunion dans chaque partie de F Univers,8c mettre en pièces quelque homœomérie que ce soit quevous voudriez prendre pour une unité, bi elle étoit un ato-me d’Epicure, un corps parfaitement simple , parfaitementunique , éxemt de toute composition , j avoue que rienne le pourroit diviser ; mais Anaxagoras ne reconnoit pointde tels corps, ni aucune homœomérie , pour si petite qu’el-le soit, qui ne renferme une infinité de corpuscules dis-tincts , 8c différons même en qualité les uns des autres. IIest donc vrai, que ce qu’il nomme premiers principes estune chose aussi sujette à destruction , que les corps lesplus composez , qu’unbœuf, par exemple : cela , dis-je,est très-vrai, lors même que l’on lupolè que les homœomé-ries éxistent éternellement par ell.s-mêmes; car il suffitqu’une cause externe les puisse faire passer du mouvementau repos , quoi qu’elle n’ait pas la puissance , ni de les fai-re éxister, ni de les anéantir. Le recours au progrès àl’infini seroit inutile dans cette rencontre. On ne pour-roit pas me répliquer , que les homoeoméries étant compo-sées d’une infinité de corpuscules, celles qui font un petitos peuvent être divisées à Fin fini fans cesser d’être un petitos : elles deviennent seulement un plus petit os, après cha-que division. Cette répliqué n'est point bonne ; car il ya deux choses à considérer dans chaque homœomérie : I ,Qu’elle contient une infinité de particules ; 8c cela lui estcommun avec les autres : II, Que les particules sont ran-gées d’une certaine maniéré ; 8c cela lui est particulier :c’est fa forme spécifique, c’est son essence , c'est par làqu’elle est , ou un petit os , ou une petite goûte de sang ,plutôt que toute autre espece de premiers principes. A findonc d’ôter à une homœomérie d’os son essence 8c son espe-ce , il suffit d’arranger d’une nouvelle façon les corpuscu-les qui la composent. Or dès là qu’un Entendementprémier moteur a pu diviser les corps , 8c les démêler lesuns des autres , il a pu déranger les corpuscules de chaquehomœomérie particulière , 8c leur donner une autre combi-naison ; il a donc pu les faire changer d’espece , commel’on en fait changer à la farine en la paitrissant, c’est-à-di-re , en mêlant 8c en combinant d’une autre maniéré sescorpuscules.
Je n’objecte point à ce Philosophe , qu’il reconoissoit dela différence entre les parties de la matière avant qu’ellesfussent mues. Cette objection m’a semblé toûjours très-foible : je conçois très-clairement que la division supose ladistinction , 8c qu’une cheville de fer fichée dans une piè-ce de bois , 8c parfaitement en repos autour du bois par-faitement en repos, est aussi différente du bois, que si ellese mouvoit, 8c le bois aussi,
VIII. Je passe à la derniere objection. Qu’arriveroit-il, si l’on accordoit gratuitement à ce Philosophe , que lamême nécessité , qui fait éxister les corps, les fait éxisterdistincts en une infinité d’ homœoméries , dont chacune doitdemeurer nécessairement toûjours entiere ; la nature deschoses aiant été telle qu’il faloit que dans chaque espece ily eût des bornes fixes , comme l’on dit ordinairementqu’il y a un minimum quodfic (127) , dans chaque especede corps vivant ? Cette concession gratuite feroit-elle beau-coup de bien à l’hypothese d’Anaxagoras ? N’auroit-ilpoint par là l’incorruptibilité, 8c Immutabilité intérieurede ses prémiers principes ? Ne scroient-ils pas un si petitos, qu’en devenant un peu plus petit par la division ac-tuelle de leurs parties, ils ne seroient plus un os, 8c ainsides autres especes ? Et ne seroit-ce pas un signe , que lanécessité de la nature les a faits indivisibles ? J’en convien-drais : mais on ne seroit qu eviter un mal par un autre.Je trouverais ensuite ce défaut dans le Système: c’est que leNi ?, ou l’Entendement , y entrerait contre les réglés ; onle seroit venir pour l’ouvrage le plus facile , après avoirdonné le plus difficile à une nécessité aveugle. Absolumentparlant, il est très-vrai que tout Philosophe , qui veut don-ner de bonnes raisons de l’arrangement que l’on volt dansles parties de FUnivers, a besoin de suposer une Intelli-gence , qúi ait produit ce bel ordre. II ne doit point crain-dre que des personnes raisonnables lui reprochent qu’il imi-te certains Poètes, qui font descendre fur le théâtre unDieu de machine , pour dénouer des difficuìtez qui n’envalent pas la peine. Mais, si , après avoir suposé que leshomœoméries ont été formées fans la direction d’aucunecause intelligente , il suposoit une telle cause qui les eût dé-mêlées 8c arrangées, on lui pourrait dire qu’il imite ces Poë-tes-là , au mépris des réglés (128). Pour voir aisément laforce de cette objection , il suffit de prendre garde qu’il estbeaucoup plus difficile de faire de bonnes montres , que deles tirer d’un tas de médailles, 8c de coquillages, avec quoielles auraient été mêlées, 8c puis de les ranger, 8c de lesmêler d’une meilleure façon. Un petit aprentif, un en-fant , seroit ce triage > 8c ce nouvel arrangement. Cha-cun m’avouera que la formation des hommes (129) est unouvrage qui demande plus de direction 8c d’habileté , quen’en demande Fart de les ranger selon les évolutions mili-taires. La plupart des Philosophes modernes ssiposent queles loix générales de la nature suffisent à faire croître le fœ-tus , pourvu qu’il ait été dans la semence bien formé , bienorganisé; mais ils ssiposent que ces petits animaux orga-nisés dans. la semence sont l’ouvrage du Créateur infinimentpuissant, 8c infiniment habile. Ils croient donc que la prin-cipale difficulté , celle qui demande le plus la direction d’u-ne Intelligence , consiste dans la prémiere formation d’unemachine organisée , c’est-à-dire, dans la construction de cespetits animaux qu’ils ssiposent être dans la semence. Cha-cun de ces petits animaux est à proprement parler une ho-mœomérie d’Anaxagoras. II est donc plus malaisé de for-mer des homœoméries , que de faire croître les animaux parle moien de la nourriture. C’est donc pour expliquer laformation des homœoméries , que l’on a principalement be-soin d un Entendement ; car toute homœomérie est un cer-tain assemblage d’une infinité de sortes de corps : 8c cetassemblage doit être fait selon certaines proportions 8ccertaines situations. Autre est Fassemblage qui est néces-saire pour une homœomérie d’os , 8c autre celui qui est né-cessaire pour une homœomérie de chair ; 8c , si vous n’aviezpas suivi précisément cette symmétrie-là, vous n’eusiìezpoint eu les prémiers principes du sang , ou de la mortelle ,mais ceux de quelque autre mixte. Or Anaxagoras n’apoint suposé qu’il fût besoin d’une Intelligence , pour for-mer une infinité d’especes d 'homœoméries , dont chacune estun-certain assemblage de toutes sortes de corps, tellementmêlez ensemble , qu’il faut que ceux d’une espece préva-lent en nombre, 8c soient situez plutôt d’une façon qued’une autre , 8c qu’en général il régné là plutôt cette pro-portion , cette symmétrie-ci, que toute autre. II a doncdonné pour la cause de ce qui étoit le plus difficile une né-cessité aveugle. II n’a donc point raisonné conséquem-ment , lors qu’il a cru nécessaire une Intelligence pour cequi étoit moins malaisé. Voici, selon fa doctrine, touresses fonctions de l’Intelligence : mettre en ordre ce qui n’yétoit pas, mouvoir ce qui étoit en répos, séparer les cho-ses mêlées , orner celles qui mànquoient d’ornement. A\x-
i-xyógct. . . . rcûïru •jrccié'túu , rrávruv ô , x.m gros
átTíot; x.u.1 xuçtoi; Tav , neti Traçiyji Ta|<v to 7 ç «t«x-
toíç , x.sct xívqcrtv to 7 ç oix-tv^Tûtí , y-xi ó ttiy.fi ur i, raïç pL£pLiyy.é-
voiç , kof/ìo» «KoVftoíç (130). Anaxagoras h&c docet,Mens omnium efi initium eaque causa, zsr omnium domina est ,C? ordinem confufis pmbet , esr motionem immobilibus , esr dis-crimen commixtis , zsr ornatum inornatis. II pouvoit être at-taqué, 8c par devant, 8c par derriere. Ou vous en faites trop ,lui pouvoit-on dire, ou vous n en faites sas astez. Si vouscroiez que la nature , fans aucune direblion, ni conoiffance, aformé toutes les homœoméries , vous deviez croire qu elle lesa f u mouvoir , démêler, CV diftribuer : ï Entendement donc eflsuperflu. &jue fi vous le croiez nécessaire pour la séparation z?pour la distribution de ces homœoméries, vous deviez aujst luidonner leur formation : vous n étendez pas son influence par toutoie l'on en avoit besoin. Ainfi une partie de vôtre Systèmeruine l’autre ; veut ne l'avez pas formé de piéees bien ajjerties ,
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