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Tome premier. A - B.
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217
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ANAXAGORAS.

ii7

Question,

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Quelques Auteurs ont débité qu’on ne le vit jamais rire , ni même sourire (ff). Cicéron lui

[ffì vEiian. donne beaucoup de gravité. Maxima fuit ífi graviíatis íst ingemi gloria (gg ). 11 mourut à Lamp-àque, où il fut enterré honorablement j & orné d’une Epitaphe très-glorieuse. On alla mêmeîTu t A/í/; * -ì^d'à lui bâtir un autel (O). Les principaux de la ville le visitèrent un peu avant qu’il mou-rût, & lui demandèrent s’il avoit quelque ordre adonner: il leur fit réponse, qu’il ne souhai-de îwicies. toit autre choie, sinon que l’on permit aux enfans de se divertir toutes les années dans le mois qu’ilstocicer. seroit mort (bh). Cela fut éxécuté, & la coutume en duroit encore au tems de Diogene Laër-

ce. On dit qu’ií vécut soixante St douze ans (ii). On n’est pas bien assuré qu’il ait tenu pour le u,mmAl’dogme de la Prédestination (P). II est le prémier Philosophe, qui ait publié des Livres (J^).

Socrate, qui avoit espéré d’y rencontrer certaines choses, ne fut pas content de leur lecture : ce fin. '

fut aparemment fa faute (!<)■> comme je le montrerai dans les Réflexions que j’aurai à taire fur

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avoit dit qu’Alcmeon disciple de Pythagoras fut le prémierqui écrivit fur la Physique ( 185 ) , il rend fort douteux sontémoignage. Clement d’Alexandrie ria rien décidé: il secontente de dire , que les uns attribuent à Alcmeon leprémier Ouvrage qui ait été publié touchant la nature, &que les autres prétendent qu’Anaxagoras est le prémier quiait donné un Livre au public (186). Ces deux opinionsseroient fausses, si Thaïes avoit lait des Livres, commel’assùre St. Augustin (187), & si la tradition des Grecs,raportée par Suidas (188), étoit vraie; c'est que le Philoso-phe Pherecydes fut le prémier qui écrivit des Ouvrages.

Notez qu’Aristote observe , que les Ecrits d’Anaxagorasfont postérieurs à ceux d'Einpedocle, quoi que celui-ci fûtplus jeune qu’Anaxagoras (189).

(R) Socrate . ... ne fut sas content de la leêlure de sesOuvrages; ce fut aparemment fa faute.] Nous allons fairedeux choses, l’abregé de la plainte de Socrate, & puis quel-ques Réfléxions.

Aìant su, dit-il (190), qu on établissait dans tm Ouvraged’Anaxagoras , qu un Entendement réglé toutes chojes, b lesproduit ,191), je fus fort content de cette efpece de cause, exje me figurai qu il en devoit résulter que chaque être avoit étéconditionné , ex situé de la maniéré la plus excellente, J’ejpe-rai donc avec une extrême joie de trouver enfin dans ce Livred’Anaxagoras un maître qui ni enseignât les causes de chaquechose , qui m’aprit d’abord fi la Terre efi ronde ou plate > ex puisla raison de ce qu'il auroit déterminé ; cr comme je crus quecette raison auroit pour baje l'idéc de la plus haute perfetìion,j’espérai qu il me montreroit que V état oie efi la Terre efi le meil-leur quelle pût avoir, ex que s il la mettait au centre, il ex-poserait pourquoi cette fituation étoit la meilleure de toutes. Jeme fixai à ne rechercher aucune autre efpece de cause , pourvuqu il m éclaircît bien cela, ex à demander seulement ensuite parraport aux proportions de viteste ex de révolution, exc, qui fetrouvent entre le Soleil, la Lune,ex les autres Astres, quelle estla meilleure raison pourquoi ces corps , ex en qualité d-’agens, exen qualité de patiens, Jont ce qu ils font; car je n’eujjè jamaispu ni imaginer qu un Philosophe , qui avoit dit qu un Entende-ment conduisait toutes ces choses, alléguerait aucune autre cau-Je que de prouver que T état ob elles je trouvent est le meilleur phaidónequi puisse être. Je croiois au ft, qu aiant expliqué par cette for- par. r z. ’

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le font le plus, & qu’il ne faloit pas chercher parmi lesgens riches, & environnez d’honneurs , les personnes quigoûtent la félicité ; mais parmi ceux qui cultivent un peude terre, ou qui s’apliquent aux Sciences fans ambition.Valere Maxime vous le dira mieux que moi. Nec paramprudenter Anaxagoras interroganu cuidam, quifnam ejjèt bea-*us? „ Nemo ,, , 'tnquit, „ ex his quos tu felices extftimas:

„ fed eum in illo numéro reperks, qui h te ex miferis conftare3, creditur. Non erit ille divìtïts ex honoribus abundans-,

3, fed aut exiguiruris, aut non ambìtiofe doélrins, fidelis ac33 pertìnax cuítor, in feceffu qtiam'm fronte beatior (17$ ).

(O) On lui ft une Epitaphe tres-glorieufe. On alla mêmejusqu à lui bâtir un Autel.] Elien, & Diogene Laërce,nous ont conservé cette Epitaphe: este consiste en ces deuxVers.

E’tSáìt , arAíîs-av dXnêtlu; èvrt -típjat vem~x-,

Oòçcinoo xoTfíov, kÌÌtcii A’vce|«yó (iyó).

Hic fitus ille est, cui terum patuere receffus,

Atque arcana poli , magnus Anaxagoras.

II y a autant d’énergie dans ce Distique, que dans ces septVers François, où l’on a voulu donner un semblable éloge.

Des-Cartes, dont tu vois icy la sépulture ,

A dessillé les yeux des aveugles mortels;

Et gardant le refpeéì que l’on doit aux Autels,

Leur a du Monde entier démontré la structure.

Son nom par mille Ecrits fe rendit glorieux ,

Son esprit mesurant , CT" la Terre , c r les Cieux ,

En pénétrai'abîme, ex perça les nuages (177.)

Diogene Laërce ne parle point de l’autel d’Anaxagoras.C’est Elien, qui en fait mention (178.) II semble direqu’on lui en consacra deux : l’un, sous le nom de l’Enten-dement; Vautre, fous le nom de la Vérité; mais un fortsavant Critique (179) n’entend pas ainsi le passage: il lefait signifier que l’inlcription de l’autel étoit selon quelques-uns à l’Entendement, & selon d’autres à la Vérité. Aris-tote observe que les habitans de Lampsaque continuoientà honorer Anaxagoras (180). Remarquons qu’au tems deSt. Augustin, on faisoit encore sonner bien haut l’autoritéde ce Philosophe. &uam (verìtatem) fi fenfit Anaxago-cas , eamque Deum este vidit, Mentemque appellavit , non fo-' lum nomen Anaxagora quod propter literatam vetuftatem , om-xes , ut militariser loquar , lìteratiores lìbenter Jujfiant , nosàodlos ex [apientes non facit, fed ne ipfa quidem ejus cognitïo,qua id verum este cognovit (181).

(P) On n est pas itjfuré qu il ait tenu pour le dogme de laPrédestination. ] II s’oposa, dit-on, à ce dogme très-forte-ment (181, & le combatif dans ses Ouvrages: mais il n’ya qu’Alexandre d’Aphrodisée qui l’assure ; & il le faitme me d’un air à nous tenir en suspens , puis qu’il observequ’Anaxagoras réfuta cette doctrine par engagement de dis-pute, & non par un choix prémédité, ou primitif. IIavost besoin de la combatte , pour soutenir un autre dog-me; c’est-à-dire, qu’aiant compris, qu’en ne la combatantPoint, il ne pourroit pas se bien défendre contre ceux quiattaqueroient ce dogme , il écrivit contre le destin. Ale-xandre d’Aphrodisée remarque judicieusement, qu’une tellefirconstance rend douteuse la foi d’Anaxagoras. En effet,il y a bien peu de choses qu’un Auteur ne fasse dansia chaleur de la dispute , pour ôter à ses adversaires lesavantages qu’ìls pourroient tirer, ou de son silence, ou deses aveus. II fe contredira plutôt, il affirmera plutôt cequ’il 11e croît pas , que de souffrir qu’on se serve de sespropres armes contre luí-même. Quoi qu’il en soit, voicirin passage de Gabriel Naudé. Obtulit fe tandem Alexandertx Aphrodiftade (*), facemque in his tenebrìs verfanti pr&tu-

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te de cause la nature particulière de chaque corps, il expliqueraiten général leur bien commun. Plein de cette belle espérance, jeme portai avec, la dernire ardeur â la lefture de ces Ecrits, afinde conoïtre bientôt ce qui est tfes-excelUnt , ex ce qui est tr'es-mauvais; mats ]t trouvai que ce philosophe n’emploie pointF Intelligence , ni aucune taufe de ïarrangement : il ramenetoutes choses k l’air, à l'éther , à l'eau , ex à tels autres sujetsimpertinens, comme â leur origine ( 19Z ). C'est comme fi quel-qu'un, aprìs avoir dit que je fais par l'entendement tout ceque je fais, donnoit enftûte la cause de mes aêïìons particulières,a-peu-pres comme ceci ; Socrate efi astis , farce que son corps estcomposé d’os Z? de nerfs , qui, par les réglés de la Méchanique,font qu il peut plier ZJX courber fes membres. Il parle , parceque le mouvement de fa langue agite Vair, csx porte son impres-sion jusqu aux oreilles, cxc. Un tel homme oublierait la vraiecauje-, savoir que les Athéniens aiant jugé quìl valoit mieuxqu ils me condamnastent , f ai trouvé qu’il valoit mieux que jejuste ici o.st.s, CX qu’il étoit plus juste queje fubiste la peine qu ilsont ordonnée. Si quelqu’un mobjeSle , que fans mes os, ztx mesnerfs, zjxc, je ne pourrais pas exécuter ce que je veux , il auraraison-, mais s’il prétend que je l’éxécute, à cause de mes os,etx de mes nerfs , cxc , cr non par le choix de ce qui ejl le meil-leur, mot, qu’il fupofe agir par V entendement, il y a dans sondiscours une grande absurdité ÇipZ ).

Vous votez là bien à découvert le goût de Socrate. IIavoit abandonné l’étude de la Physique, & s’étoit apliquétout entier à la Morale : c’est pourquoi il demandoit quel’on expliquât toute la nature par des raisons morales, parles idées de Vordre, par les idées de la perfection, foie- cmsi, ajp Sn *

r c. Hato , „Phítdone,P“g- 73 , D.

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", quamquam exscrupulo injefto, quod fide dignus Anaxago-ras , dum istud astereret , minime fuerit , non quod propofitio rai bien dire qu’il censurait mal à propos Anaxagoras. Tout‘jujmodi vera non estet, verum quia in alterius opinionis sua niJ ; -, snnnsé uns fois o„'ur> Fnrendemenr a

“stenfivnem , quam fufeipere cogebatur , non autem ex folâ de-t f r minatáque voluntate adverses fatum feribendì, illam protu-ll stst (183). Cet Auteur venoit de dire que les ModernesMi affûtent qu’Anaxagoras étoit contraire à la Prédestina-tl c>n, ne citent aucun Ancien qui ait parlé de cela. IIJ v °it dit auísi que Diogene Laërce, Cicéron, Galien ,Pìu-tar que, Origene, rien ont fait nulle mention.

-..(§0 ll est le premier Philosophe, qui ait publié des Livres!]

Diogene Laërce le dit positivement: Hçùtoc èì A’safiuyò-

?«-i x.ct) fctpOíiev fféL/xf ervpyçcepîís ( 184). P R I M U S au-

tf™ -dnstxagoras Librum à Je feriptum edidit : mais, commeu íemble s e déclarer en un autre lieu pour Phavorin » quiM. /,

Philosophe, qui a suposé une fois'qu’un Entendement ameu la matière, & arrangé les parties de l’Univers, riestplus obligé de recourir à cette cause , quand il s’agit de don-ner raison de chaque effet de la nature. II doit expliquerpar faction & la réaction des corps, par les qualitez desélemens, par la figure des parties de la matière, &c, la vé-gétation des plantes, les météores, la lumière, la pesantteur, l’opacité, la fluidité, 8cc. C’esl ainsi qu’en usentles Philosophes Chrétiens , de quelque secte qu’ils soient. Nt i li .í‘ns *d-Les Scholastiques ont un axiome, Qu’il ne faut pas qu’un ’st 0ÌKni *■/“'Philosophe ait recours à Dieu , Non est Philofophi recurrere tfi\ Ae usad Deum-. ils apellent ce recours l’afyle de l’ignorance. Et, OrA.rhto^en effet, que pçurriez-vous dire de plus absurde, dans un ««rhaedone?

pe Ouvrage sfL-74-

(193) n»A-

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