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Tome premier. A - B.
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ARISTOTE.

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Vanité Sc une ingratitude prodigieuse, il ait élevé autel contre autel, il ait dressé une Ecole dansAthènes, pendant la vie de Platon, afin de lui causer du chagrin ; d’autres disent, qu’il ne s'éri-gea en Professeur , qu’aprés la mort de son maître. On débita des choses désavantageuses tou-chant ses amours ( F) : on prétendit qu’il y eut de l’idolatrie dans ía passion conjugale, & que s’ilne se tut retiré d’Athènes , le procès d’irreligion que les Prêtres lui avoient fait ( G j, auroit pu

avoir

ses disciples. Aristote s’empara de la place j mais Xeno-crate, aiant su à son retour dans Athènes comment touts’étoit passé, gronda furieusement Speulippe d'avoir permisqu’Ariítotc lé mît en possession de V Ecole, Sc s’oposa íi vi-vement à f usurpateur, qu'illui fit quitter la place, 8c qu'ily rétablit le premier maître. Si Aristote en avoit usé ainlì,il mériterait d’être détesté; mais je ne croi point que ceconte soit véritable. Ses sectateurs ont íoutenu qu’il nemanqua, ni de respect, ni de gratitude, envers son maî-tre : ce ne seroit pas en avoir manqué, que d’avoir étél’Auteur d’une autre Philosophie; Les autres Platoniciensauraient grand tort d’exigèr qu’il eût suivi Platon en tou-tes choses. Platon n’avoit-il rien ajouté aux lumières queSocrate lui avoit fournies? Quoi qu’il en soit, on soutientdans la Vie d’Aristote, qu’il n’érigea point une Ecole dansle Lycée pendant la vie de son maître, & on le prouve parla raison que Chabrias 8c Timothée parens de Platon, 8ctout-puissans alors à Athènes, ne Périssent pas enduré. Onajoúte qu’Aristote consacra un Autel à Platon, avec uneInscription glorieuse; 8c qu’il n’enseigna dans Athènes,qu’après la mort de Speulippe, qui avoit succédé à Platon.Enfin on remarque qu’il ne s’ingéra point de lui-même àcet emploi, mais par les sollicitations des Athéniens, quilui envolèrent des députez. La vieille Version Latine decette Vie d’Aristote est quelquefois plus ample que l’Origi-nal. Par exemple , à Pendrait où l’Auteur nie qu’Aristoteait érigé une Ecole pendant la vie de Platon, la Traduc-tion marque que c’est une calomnie d’Aristoxene 8c d’Aris-tocles; Le Grec n’a point cela. Voler ce qu’Eusebe ra-portc du VII livre de cet Aristocles: vous y verrez un pas-sage d’Aristoxene, qui semble contenir sous des termes gé-néraux 8c assez obscurs cette accusation contré Aristote; 8cpuis vous verrez qu’Aristocles, aiant réfuté plusieurs autresaccusations, abandonne la cause par ra port à l’ingratitudede ce disciple (37). Le P. Rapin s’est donc bien trom-pé (38), quand il a dit qu’Eusebe le justifie entièrement de cereproche (39). Je ne sai pourquoi ce même Jésuite a jointà Eusebe, comme deux Apologistes différens, Anrmo-nius 8c Philoponus; car la Vie d’Aristote qu’il cite ne vautqu’un Auteur: c’est Ammonius, selon quelques-uns; c’estPhiloponus, selon quelques autres.

(F) On débita des choses désavantageuses touchant ses amours .]y a ici complication d’ordures. " Les médssans débitèrentqu’Aristote se retira chez Hermias, qui commandoit dansAtarne, petite ville de Mylìe proche l’Hellespont; qu’Her-mias eut pour lui des complaisances tiès-criminelles; C'»oi fíív <patr) oratS'tx.à ytsícrà-ul aò-rS (40). Gsuem alít quidemdelicias ac lusus ipfius fuistè tradunt; qu’il lui fit épouser safille, ou fit niece; que le voiant amoureux de fa concubi-ne, il la lui céda (41); qu’Aristote sut si follement amou-reux de cette femme, que l’aiant épousée, il lui offrit unsacrifice tout semblable à celui que les Athéniens offraientà Ceres -. il témoigna d’ailleurs fa reconnoissance à Her-mias par une Hymne qu’il composa en son honneur. Sansque j’en avertisse mes Lecteurs^ ils verront bien que tou-tes ces médisances ne venoient pas d’une mcnie plume: lesuns débitoient celles-ci, les autres débitoient celles-là. Undes Apologistes d’Aristote a observé qu’on ne s’accordoitpas à lui intenter les mêmes accusations : chaque censeurvenoit avec ses Satires particulières (41). C’est une mar-que, dira-t-on, qu’ils n’agissoient pas de concert: ajou-tons que c’est une marque qu’on n’avoit de bonnes preu-ves de rien; car lors qu’une accusation grave a été prou-vée, tous ceux qui écrivent contre l’accusé la lui repro-chent éternellement. Le même Apologiste remarque qu’ilse formoit un si grand nombre de crimes de toutes les ac-cusations particulières qu’on avoit écrites contre Aristote,que quand il n’y en auroit eu qu’une de véritable, il au-roit été puni mille fois par les Juges qui vivoient alors.Entre autres choses, ses ennemis publièrent qu’il avoit trahifa patrie, 8c que l’on avoit intercepté des Lettres qu’il écri-voit contre les intérêts des Athéniens (43). Pour revenira la femme d’Aristote, quelques-uns dirent que ce fut aprèsfa mort que son mari lui offrit les sacrifices que les Athé-niens offraient à Ceres. <î>^rl «Jeu a’çis-otém h-oman tíh-

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T ?‘ (44). Scribit (Lycon Pythagorarus) Aristotélem idemsa-crifiai gênas qttod Cereri ab Athenienstbus fiebat ,demorttu uxo-faceresolitum. La réponse d’Aristocles est, I, que lesLivres d’Apellicon touchant le commerce d’Hermias 8cfi’Aristote justifioient pleinement ces deux amis: II, qu’A-ristote lui-même s’étoit j ustifié entièrement fur son mariageavec P y tissas, dans les Lettres qu’il avoit écrites à Antipa-sct. Cette Pythias étoit la sœur d’Hermias, 8c fa fille d’a-fioption. Aristote faifoit voir, qu’il ne l’avoit épouséequ’après la mort d’Hermias; que c’étoit une fort honnêtefemme, niais réduite à un si fâcheux état depuis la mortde son frere, que lui Aristote s’étoit cru obligé de P épouseren considération d’Hermias. ,

(Ç) Les Prêtres d'Athènes lui firent un proc'es d’irreligion .]On ignore les circonstances de cette affaire. DiogeneLaërce s’est contenté de nous dire (45) que le Prêtre Eu-

rymedon accusa Aristote d’impiété, à cause de l’Hymnecomposée pour Hermias, 8c à cause d’une Inscription gra-vée sur la statue du même Hermias au temple de Delphes.Phavorin attribuoit l’acculàtion à Demophilus (46). O11ne saurait deviner par quelle chicanerie les accusateurs pou-voient trouver quelque ombre de preuve dans PInscriptiond’Hermias. Elle consiste en quatre Vers, qui n’ont nul ra-port aux choses sacrées, mais seulement à la perfidie duRoi de Perse envers ce malheureux ami d’Aristote. Nousaprenons d’Athcnée, que l’autre fondement de Paccufation,savoir l’Hymne composée par Hermias, étoit injuste, vuque ce n’étoit point un Poème de religion, ni unePiecesacrée, comme Demophile le ptétendoit (47). Athenéeajoute qu’Eurymedon avoit suborné Demophile, pourdonner plus de poids à Paccufation (48). Aparemment,Demophile étoit quelque homme de qualité, 8c de gran-de autorité dans Athènes : peut-être ne pénétra-t-il pas tou-te la profondeur de la politique sacerdotale, 8c ne compritpas que le Prêtre Eurymedon ne le vouloir faire agir, qu’a-fin de rendre plus suspect le pauvre Aristote. On s’atten-doit à voir faire ce raisonnement. S'il n’y avoit que les Prê-tres qui accusassent Aristote, le mal pourroit être suportable ;leur grande piété les allarme pour les moindres choses qui blessentla religion ; mais voici un Demophile , qui est fi scandalisé desblasphèmes d’Aristote, qu’il en demande justice : il faut que lemal soit bien grand. L’Hymne en question s’est conservée :on la trouve dans Athenée, 8c dans Diogene Laërce; ëcl’on ne saurait y voir aucune trace d’impiété. Mais lesaccusateurs dilbient fans doute qu’Aristote profanoit les Di-vins Cantiques, en les faisant servir à la gloire d’un hom-me mortel, ils soutenoient qu’il chantoit tous les jours cetteHymne dans ses repas (49). Aristote, ne se fiant pointau bon tour qu’on pouvoir donner à son petit Poème, seretira tout doucement à Chalcis, dans Plie d’Eubée, 8cplaida ft cause de loin par écrit. Athenée raporte quelquesparoles de cette Apologie ; mais il ne garantit pas qu’ellesoit effectivement d’Aristote (50). Phavorin, dans Dioge-ne Laërce, affûte qu’Aristote écrivit une Harangue dans legenre judiciaire, 8c qu’il fut le premier qui fit de telles Ha-rangues en fa propre cause, ou que ce fut la prémiere foisqu’il en fit pour lui (51). Nunnesius assure que Seneque deYitâbeàta remarque qu’Aristote ne fit que celle-là en làvie (;z). Quoi qu’il en soit, son plus sûr parti étoit deplaider de loin ; car les accusateurs étoient des gens quine lui auraient jamais donné aucun repos, 8c qui au-raient fait agir tant de machines, qu’enfin ils en auraienttrouvé une qui auroit fait le coup. 11 n’étoit pas possible,grand esprit comme il étoit, qu’il ne se fût quelquefoismoqué des bassesses du culte public des Athéniens, 8c qu’iln’eút jamais dit son sentiment sur les fourberies des Prê-tres. On eût ramassé toutes ses conversations; on eût faitouïr des témoins; en un mot , on l’eût accablé fans res-source. Que sait-on même, s’il ne lui étoit pas échanéquelquefois des impiérez effectives, en pensant ne parlerque de la grandeur immuable de l’Etre souverainement par-fait ? Origene dit que le procès d’impiété qu’on vouloirLire à Aristote étoit fondé fur quelques-uns de ses dog-mes (53): il dit en un autre endroit que c’est un dogmedes Péripatéticiens, que les prières 8c les sacrifices nc fer-voient de rien (54). Aparemment, ils fonctoient cela furce faux principe, qu’une Sagesse infinie fait de tout temsce qu’elle doit faire, 8c qu’elle ne change point de routeselon les désirs ou les intérêts humains, comme fi elle avoitbesoin que nos prières fussent des avis qu’on lui donnât, dene pas faire ce à quoi il nous semble qu’elle est toute déter-minée. Un tel principe, quand il n’est pas rectifié par leslumières de la Religion, est une impiété très-réelle. Aris-tote n’auroit jamais échapé aux Prêtres Athéniens, s’ils l’a-voient tenu par là. Ce qu’il répondit à ceux qui voulu-rent savoir la cause de fa retraite, montre qu’il craignoitqu’on ne trouvât contre lui, ou de bonnes preuves, ou demauvaises. Je n ai pas voulu être cause aue les Athéniens com-missent une seconde injustice contre la Philosophie. La prémie-re avoit été la mort de Socrate. n^òç tÒ» èfipuvov ìtà ft

à-ttsAfrit tàç, A’S-ijy xc ,, ccxir.fiia.-io or t x /3#Ae/al A’hr.vxittçd‘í e|ít 1 «.«jT£7y ris (ptÀorcÇtat' 00 ottfit 'Zax.çxtm -irxhoç xi-nilofíSiós, rat 7 ov star xòroti y.tvbvvov (55). Interroganticur reliquijset Athenas respondìt, quoniam noluisset committereut Athenienses bis peccarent in Philosophiam-, obscure Socratismortem innuens , e? suum periculum. 11 fe servit d’un Versd’Homere, pour signifier qu’il ne faifoit pas bon demeurerdans une ville où la race des délateurs ne décroissoit point;les uns succédant aux autres à point nommé. On pourroitcroire qu’il fe sentoit coupable d’avoir offensé personnelle-ment par quelque trait de raillerie le Prêtre de Ceres Eury-medon (56); 8c que ce fut ce qui réveilla le zèle du per-sonnage , qui avoit laissé vingt ans en repos la prétendueimpiété de l’Hymne. Or il étoit plus dangereux d’offen-fer ces Meísieurs-là en leur personne, que de les offenseren la personne de leurs Dieux. Voiez la Remarque (R),où nous dirons ce qu’ont pensé quelques Auteurs touchant1a caisse de la fuite d’Aristote. J’ai dit fur la fin de l’Arti-

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(46) Pli a vo-mi. în om-nimodâHistoria,opud Laër-tium, invi-ta Aristote-lis ,imm. j.

Î47) AthemAtír. XV,Cnp. XVI,P“í- 6 3)6.

(48) Vnicz.lt)Notes icCasaubonsur Athe-née, 4.

POTJRQJJOtAristote adâ craindreles Prêtresfes Aceuíà-teurs.

(4 9 ) Athen,P*&. « 96 , 6 .

jo) Iitm,í“g. *S> 7 , A,

(St) Diog.Laërtius, inVitâ Aristot^

(jz) Nun-nesti Notasin VirantAristotelis ,

147.

( 53 ) Orig.contra Cel-lum, Libr. D

(S 4) Idem,il/id. Libr . II,

f ;;) .îlîan.

Libr. III,CapitcXXXVI.Vide etìamAmmo-nium , VnVi-ta Aristot.Origenescontra Cel-fum, Libr. I.HiogenesLaërtius, inArist, nttm. 9,

(j6) Diog.Laërtius, j„Vita Aris-tot. tmm.i,