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Tome premier. A - B.
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AUGUSTIN. Z95

porterons ses raisons, & celles d’un Journaliste qui le réfuté (/). Je ne dirai pas beaucoup dechoses fur les Editions des Oeuvres de Saint Augustin (K). Plusieurs de ses Traités ontété traduits en notre Langue.

s est imaginé que ces gens-là lui faisoient une querelle per-sonnelle , & qu’ils conspiraient contre son explication de1 Apocalypse (29). Le Clergé de France s’eft fort servi destaisons cíe Saint Augustin, pour justifier la conduite de laCour envers les Réformez. On a fait imprimer à part ehbeau François tout ce que St. Augustin a publié fur cettematière. Un Protestant en a donné la Réfutation dans lallí Partie du Commentaire Philosophique sur contram-lesd'entrer. Voiez (30) les Réflexions qui ont été faites fur lepréjudice que fait à la bonne cause f autorité de ce Saint.On a été surpris que Monfr, Poiret ait tâché de l’excufer.Voiez l’Hiítoire des Ouvrages des Savans, au mois de MaiÏÓ91 , page 358 , & au mois d’Août de la même année,page 552.

(I) Un Médecin . a prétendu que ce Saint buvoit

beaucoup . mais fans s’enivrer. Nous raporterons ses

raisons, z? celles d'tm Journalise qui le réfute .] Le Médecin,dont je parle , est Monfr. Petit. Le chapitre où il traite decela est intitulé , Videri B. Auguftinum non invaltdum poto-remfuisse 31;. II met d abord le fondement de fa préten-tion dans ces paroles de St. Augustin : Ebrietas longe efi ànie : mijerebms , ne appropinquet mihï. Crapula autem non-nunquam furrepit fervo tuo ; mifereberis , ut longe fiat ànie (31). C'est-à-dire , L’ivrefie efi loin de moi ; vous aurezpitié de moi , Seigneur , afin quelle ne s'en aproche. La cra-pule surprend quelquefois votre serviteur , vous aurez pitié delui, afin quelle s en éloigne. II semble qu’il y ait là une es-pece_ de contradiction ; car la crapule étant l'effet de fi-vrefle, comment peut-on avouer, fans fe contredire, qu’onne boit jamais jusqu’à s’enivrer, & que cependant on suc-combe quelquefois à la crapule ? Mr. Petit justifie par l’atì-t,°rité d’Arilìote, que la crapule est le dernier période de1 ivreífe , que c’est la douleur de tête qui reste lors que lesommeil a dissipé les vapeurs du vin, & lors qu un hommequi setoit enivré recouvre la conoiflance, & n’eft plus dansl’aliénation d’esprit qui lui ôtoit le sentiment. II confirmecela par un passage de Pline , & par des Vers du PoëteAlexis ; & voici comment il leve la contradiction aparen-te. II fupofe que ce grand Saint avoit la tête assez forte ,pour pouvoir boire beaucoup de vin, fans perdre l’usage dela raiíòn , mais non pas fans en être incommodé le lende-main. Gjuod eâ effet cerebrì ac mentis firmitate utpojjet, ineâdem vini quantitate qua multos ad infaniam redigeret, ratio-nis ufum confervare (33), Sur ce pied-là , un homme peutavouer qu’il ne s’enivre jamais, quoi qu’en quelques occa-sions il fe fente tourmenté de la crapule, pour avoir tropbu ; & il doit reconoitre en cela un certain défaut qui l’o-blige à ijnplorer la miséricorde du Pere céleste. Sic nobisdubìtatio ìlla vanefeit, vtndicaturque Augustìnus a turpitudineeorutn, qui rationem fuam vino obruere non dubitant : non ta-men a culpa cmnìno , ipf 0 judice , qui tantum vini hauriret,inde ut crapulam aliquando incurreret nec pojfit fibi inter pocu-la temperare , quin mmio potu interdum valetuâmi sua incom-modaret . ffuu de re ibi mìfevicordïam Dei implorât (34). Mr.Petit excule St. Augustin sur la qualité du climat où il ha-bitoit, & sur la coutume des Africains, & se propose cet-te Objection. II est probable que ce grand homme met-toit en pratique ce qu’il confeilloit aux autres : or il aloué ceux qui fe contentent de vivre d’herbes & de lard, &de boire deux ou trois verres de vin pur. Dua vel tres vi-ni meraca potiones propter diligentiam valetudinis fumpta cumolufculis z? larda laudantur (35).’ On répond qu’il est vrai-semblable que St. Augustin ne se tint pas tellement assujettià cette réglé , qu’il ne la passât quelquefois entre ses amis,8c ceux qu’il prioit de manger à fa table Episcopale. Vé-lins cr mihi illud concedi -, non minus probabìle ; non ita hunerégula illì addiPlum vixijfe , ut non cum vini moâum nonmm-quarn inter, amicos , cr menfa episcopalis bofpites bibendo exce-deret (36). Car autrement, il faudrait conclure qu’il nevivoit que d’herbages & de lard ; ce qu’on ne pourroit pen-ser fans une folie monâchale, Quodputare cucullata effet de-mentia (37).

Vnions ce que Mr. Cousin á répondu à cet étrange Pa-radoxe de Monfr. Petit : c’est ainli qu’il nomme ce senti-ment (38). 11 veut qn’on lise le chapitre entier des Confes-

sions d'ou le passage a été tiré (39). On verra , %ue SaintAugustin y représente la disposition ou il eftgtt à l'égard du boi-re ztr du manger , er qu il déclaré qu il avoit appris de Dieu àne rechercher les alimens que comme il auroït recherché les re-medes , es? à user de la mejme forte des uns <s? des autres. Il ditque suivant ce principe il efi toûjours en garde contre le plaisir ,,lors qu il satisfait áux besoins de la nature , qu il fe fait uneguerre continuelle par les jeufnes <S? par l'abstinence ; qu il ré-duit souvent son corps en servitude , <s? entend fans Cesse lanoix de Dieu qui lui crie : Ne graventur corda vestra in cra-Pulâ & ebrietate Í40). Mr. Cousin demande , st un Evê-que , qui a vécu de la forte , peut être soupçonné d'avoir bu quel-quefois avec excìs ? II assure qu’íl n y a point ici de distinSltonu faire , que St. Augustin ria jamais bu qu'autartt que la né-cessité k demánàoit ; 8í qi \ ainft, quand il dit, crapula autemuonnunquam obrepit fervo tuo , il prend le mot de crapuladans un autre sens (41). Outre celui d'Aristote , auquel ilstgnifie la chaleur z? la douleur causées par le vin pris avec ex-ces , il en p eKt avo } r encore au moins deux autres , selon l’unT O M. 1,

desquels il est pris pour l'èxtìs du manger , & selon Vautre pourle plaìfir mefme de manger s? de boire. Ce n est pas au premierque Saint Augustin l'a pris ; car il estait aujp éloigné de man-ger avec excès , que de boire avec excès, li n a donc pu le pren-dre quau second , Z? avouant que bien qu il s'efforçast de résis-ter continuellement à la tentation du plaisir qui fe met commeen embuscade au pnjjdge des alimens nécejfaires pour appaifer lafaim e/ la soif, C 7 1 pour entretenir la santé , néanmoins il s'ylai soit quelquefois surprendre. Cette surprise arrive aux plusparfaits , à ceux qui refusent tout d leur corps , £/ qui ne lënourrissent que de jeufnes c? d'abstinence. Mr. Cousin confir-me ceci en indiquant plusieurs choses que Poílidius a re-portées touchant la sobriété de St. Augustin. Je croi qu’iln’eût pas mal fait de donner de bonnes preuves des deuxsignifications du mot crapula qu’il a jointes à celle que Mr.Petit a si bien prouvée.

C’est à mes Lecteurs à prononcer fur cette Dispute : jeme contente de leur indiquer les raisons des deux parties.J’ajouterai seulement que j’ai consulté plusieurs Dictionai-res, fans y trouver lá moindre trace de la signification queMonfr. Cousin veut que l’on donne au mot crapula dans cetendroit-ci. J’ai même trouvé qu’il y a des Médecins quisoutiennent que l’ivresse & la crapule signifient la mêmechose, & que ceux qui y cherchent des distërences s’amufentà des disputes de mot. 6}ui differentiam inter crapulam c?ebrietatem fingunt Fo'éf. pag. 353. Diíf. num.

475 (42). II est certain que dans Cicéron les termes decrapulam edormire , crapulam exhalare, veulent dire la meinechose que les mots François cuver fin vin (43). Planteemploie dans le même. sens crapulam amovere (44) , crapu-lam edormire (45) , crapulam edormijeere (46). On fait atiflique présentement notre mot crapule est plus odieux que ce-lui d ’ivresse ; car il signifie le dégré le plus excessif de l’i-vrognerie. C’est , comme le remarque Furetiere , une vi-laine e?' continuelle débauche de vin , ou d’autres liqueurs quienyvrent. Crapuler , ajoute-t-il , veut dire boire jans cesse ,s'enyvrersalement ep* continuellement. Le Dictionaire de Í’A-cadémie Françoise confirme ces définitions. Mais il n’ya point de conséquence à tirer d’un siécle à un autre, quantau sens des termes. L’ufage le fait varier prodigieusement.La distinction entre l’ivresse Sc la crapule étoit certaine aúteins d’Aristote , & au tems' de St. Augustin. Cela est en-core plus clair par le Passage de ce Pere de l’Eglise , que pafcelui de ce Philosophe. La question est de savoir en quoiconfistoit cette différence au tems de Saint Augustin. SiMr. Petit avoit répliqué à Mr. Cousin (47) , il auroit débi-té fans doute beaucoup de littérature, & je pense qu’il n’au-roit pas oublié ceci : c’eít que les Auteurs, qui commeAristote traitent dogmatiquement un sujet, descendent dansle détail des genres, & des especes, & observent la pro-priété des termes destinez à signifier les différences desespeces, on les différons dégrés d'une même qualité ; maisles Poètes 8e les Orateurs quittent bientôt cette exactitude :ils introduisent un usage plus dégagé , ou bien ils s’accom-modent à l'usage du public , qui fait prendre indifférem-ment les uns pour les autres en mille rencontres les termesque les Docteurs avoient distingués.

(K) Je ne dirai pas beaucoup de choses fur les Editions dèsOeuvres de St. Augustin .] Mr. du Pin en a donné une Lis-te (48) , qui rfest ni auflì ample , ni aussi exacte, que cel-le que les Journalistes de Leipsic en ont donnée (49). Orcomme il est très-aisé de consulter ces Auteurs-là, il seroitbien superflu de les Copier ici. Je dirai donc seulement quela meilleure Edition des Ouvrages de ce Pere est celle quia paru à Paris par les foins des Bénédictins de Saint Maur.Elle est divisée en dix Volumes in folio comme quelquesautres ; mais elle a donné un nouvel arrangement ou unenouvelle œconomie dans chaque Tome. Le I 8c le II,furent imprimez l’an 1679 ; le III fut imprimé en 1680;le IV, en 1681; le V, en 1683; le VI, & le Vil, en1685 ; le VIII, 8c le IX , en 1688 ; 8c le X , en 1690.Ce dernier Volume contient les Ouvrages que St. Augus-tin compòsa contre les Pélagiens.

II a paru une Lettre de l’Ahbé D*** aux RR. pp. Bé-nédictins de la Congrégation de St. Maur, fur le dernier Tome deleur Edition de St. Augustin (50). L’Auteur de cette Lettreprétend qu’ils ont eu pour but de favoriser le Jansénisme, 8cqne les preuves qu’il en aporte font convaincantes. J’ai ouïdire que cette Lettre embarrasse d’autant plus les Bénédic-tins, qu’il y a quelques Evêques qui leur demandent comp-te de leur conduite , 8c qui les menacent de faire défendredans leurs Diocèses la lecture de cette Edition de St. Au-gustin. Ces savans Peres ont donné des Eclaircissemenslà-dessus ,- Sc ont satisfait le public à l’égard de ce repro-che. Voiez la Lettre d'un Théologien à un de ses amis ,fur un Libelle , qui a pour Titre Lettre de l Abbe ***

Elle fut .achevée d’imprimer le 22 de Février 1699 , &

contient 88 pages in 12; mais elle n’a point terminé leDifférent. II a paru lin Mémoire d’un Dofíeur en Théolo-gie , addrejfe à Mejfeigneurs les Prélats de France , fur laRéponse d unThêologiën des PP. Bénédictins a la Lettre de V Ab-bé .■•ilemand (51) ; & l’on soutient dans ce Mémoire, quetons les reproches, qui avoient été faits aux Bénédictins >sont justes ; 8c que ces Peres y ont très-mal répondu. On

Ddd z remar-

O2) Jacob;PancratiusBruno, mLcxicoMedico,

3 8j.

(43) Votez. UII í hilip-pique deCiccron,Cbaç. Xlli& la VIIIVeriine,Livr, Ils tChap . XI »

(44) PJaur.in Pseudoloj^Ach V) Sctru

Vers, 35.

(45) Idem yin Mostell.kAft. V, SceníII 3 Vers. i„

(46) Idem ,in Rudente,

//, Sceh nVU 3 Vers 28.

( 47 ) ll

su le faire zil étoit mortavant que son

Nepenthes

eût vu le jour*

(48) Voiez. fiNouvelleBibliothè-que des Au-teurs B celé-íìastiques,Tom. 111 ,pag^ 257Édition deHollande .

(49) DansUur mois déJanv .168J,

(5 o) CettePieoe efi im-primée fat*1699 ‘ tUe

contient 7 Zpages in 12^

( jt ) Impriméfan 1699. licontient 128'in I Zi