Band 
Tome premier. A - B.
Seite
539
JPEG-Download
 

559

BÈROALDE. BERQUIN.

if) imprimez,

a Lion, mIS8oà-ij 8l)« -° que ditCroix duMaine, p.

au monde. Dès l’âge de vingt-deux ans , il publia des Commentaires fur les Méchantques de JaquesBejfon (d) ; mais à peine eut-il tenté fortune par cette porte , qu’il courut après la Pierre Philo-fophale. On vit sortir de dessous la presse , en'Tannée i f 8 3 , ses Appréhensions spirituelles , Poèmes ,tsi autres Oeuvres Philosophiques , avec les Recherches de la Pierre Philosiophale (e). L’année d’après,il fit imprimer un Poème intitulé L'Idée de la République (f).

BER QUI N (Louis de ) Gentilhomme du pais d’Artois , fut brûlé pour la Religion, àParis, le r.r. d’Avril isr.9 {á). Í 1 étoit Seigneur d’un village dont il portoit le nom (a) , & il futconsidéré à la Cour de France , & honoré du titre de Coníèiller du Roi (b). C’étoit un hommede bonnes moeurs, & qui pratiquoit régulièrement les préceptes de T Eglise (c). II étoit laïqueLc garçon : néanmoins il ne s’éleva contre lui aucune forte de médisance par raport à lachaíleté. Erasme , à qui des gens non suspects avoient apris ces sortes de particularités, ajoute,qu’ils lui avoient aussi apris que Berquin abhonoit le Luthéranisme (d) ; & que le grand crimequ’on trouvoit en lui étoit qu’il faisait profession ouverte de haïr les Théologiens chagrins & bour-rus , & les Moines qui n’avoient pas moins de férocité que d’ignórance (ej. II diioit beaucoupde mal d’eux, tout ouvertement & fans façon. Ce fut l’acheminement à une guerre sanglante, quicommença par le Démêlé qu’il eut avec l’un des plus ardens Inquisiteurs de ce tems-là (/) (B).On ne tarda guere à le déférer comme Hérétique : on tira d’un Livre qu’il avoir donné au publiccertaines Propositions; &, là-dessus, il ssit constitué prisonnier ; mais les Juges ne trouvantpoint de crime en lui, le renvoiérent absous (C). Les Délateurs prétendirent qu’il n’avoit évitéla peine, que par Tautorité Roiale : pour lui, il prétendit ne devoir rien qu’à la justice de la cause,& ne sc ménagea pas plus qu’aUparavant. II mit en François quelques-uns des Livres d’Erafme (Z)),& y ajoûta du sien quelque chose. Tout aussi-tôt, Noël Beda & ses Emissaires fe remirent encampagne , firent quantité d’Extraits de ces Livres , & les aiant déférez comme des erreurs perni-cieuses , furent cause que T Auteur fut renvoié en prison. La cause jugée , il y eut des Moines quiallèrent lui prononcer la Sentence définitive qu’on avoit rendue contre lui. Elle portoit que ses Li-vres feroiënt brûlez , qu’il rctracteroit ses erreurs , qu’il sc foumettroit aux satisfactions qu’on luipreferiroit, & que s’il refusoit de le faire il feroit brûlé. Comme c’étoit un esprit roi de Sc intré-pide , il ne se soumit à rien ; & aparemment on Tauroit enVoié au feu , s’il n’y eût eu quelquesJuges , qui s’apercevant de Texccssive animosité des Délateurs , firent ensorte que Taffaire fut exa-minée de nouveau. Plusieurs croient , qu’à la recommandation de Madame la Régente mere deFrançois I , on donna ce tour à la cause , afin de sauver Berquin- Sur ces entrefaites, François Irevint d’Espagne, & sachant le péril où étoit son Conseiller entre les griffes de la faction de Beda,il écrivit au Parlement de prendre bien garde à ce qu’on feroit, & qu’il vouloir conoître lui-mê-me de la cause de Louis de Berquin. Quelque tems après , on élargit ce prisonnier. Cela lui enflade telle sorte le courage , qu’il eut bien la hardiesse de se porter pour Accusateur contre ses pro-

(e) la Croistîu Maine 3

(f ) Là-me*me > 480,

6 «)Erasmu 3 sEpist. IV .Libr. XXIV,pa&. 1278 .

(b) Idem,

Epist. XLÌVLibr. XXX 9Mg* I9ZI.

( r) Idem yEpist. IV.Libr . XXIV.

{d) ìbid.

1*79.

( e) Hoc aje-bant ìn eo crt-men tjse&ra-vìjjlmum ,ejuoi ingenuèpra se ferebatodtum ìn mo-roses cjuQsdamtbeologos acmonachos nonminus ferotescjKtxm jtolidos •In bos palamdeiaccbtibatur rnet jfomachumsuttûi dijjìmu-tare poivrât.

Enismus,Epist. IVLibr. XXIVp*£- í*79.

(f) Guil-lielmusQuetnns, ettà Quercu.

(0 La IV i uXXIV Livre,t*S- 1 * 77 .

U) C'est UXLVIII daXXX Livre.

ts) Bodin,Oernonom.

Chap, dern .du IV Livre,175 . ditle -7 cC^i-i/ril.

fl) Meze-

Î?î - dans le

Discours

touchant

église, i

la fin d e [ a

X ie d e Haï-ti IV.

La nuitf s v ame, cfuifft U Veillef St -Martin,te,m 'd, vU :’ rcnc «, Fran-y - dom s’e».

famine5 Pjste mtjustaers in v

îf' s - Bçzc,! st - Eccles.J "‘ Vr - L p. 8.

J .7 ) Sp 0n .

íi lni Annal.

’sann. ij i9»»>». 4. '

P) Beza, inïconibus.

P)R.ocolles,V™. verit.“ u Calvinis-^>poa.z , 7í

(A) llfut brûlé à Paris, le 11 d’Avril 1529.] Nous avonsune preuve de cette Chronologie dans une Lettre d’Eras-me , datée du 1 de Juillet 1529 (1) : elle contient une Re-lation assez ample de la Vie ôc de la Mort de Louis de Ber-quin. On y marque expressément, qu’il avoit été brûlé de-umoCalend. Majas. Cette preuve fîxeroit le jour de la mort,s u n y avoit pas une autre Lettre d'Erasme (2) , où le su-plice dc Berquin est placé sous le 17 d'Avril, XV. Calend.

ajas (3). Cette Lettre est datée du 9 de Mai 1529. Toutce que peut faire Erasme , c’est de nous fixer au mois d’A-vril iS z 9 : i‘ fout prendre les autres varierez pour des mé-prises. Mezerai sc trompe à l’année , 8c peut-être aussi aujour : il assure qu’on brûla Berquin le 21 d’Avril de lanÌ528 (4). Jean Crepin , dans ses Actes des Martyrs, metla mort de celui-ci au mois de Mai en général 1529. Théo-dore de Beze la met au dixième de Novembre de la mê-me année (5) , dans son Histoire Ecclésiastique, & dans unautre Ecrit. Frugibus noâle f ost interitum illius proxima ( quifuit undecimus dies Novembrìs anno Domini 1529 ) in totâGalliâ frigoreperuftis, er grav'tjstmâ tum famé tum etiam pesteconfequutâ (6). Sponde le convainc d’errenr manifestementpar la IV Lettre du XXIV Livre d’Erasme , qui, étantdatée du 1 de Juillet 1529, parle du suplice de Berquin; maisil sc trompe ensuite visiblement, lors qu’il donne la raisonpour laquelle il s’imagine que Théodore de Beze a falsifiécette date (7). 11 prétend que la falsification a été faite,asm de rendre plus vraisemblable ce qu’on vouloir dire suries jugeméns de Dieu. Beze débite que le Ciel, se décla-rant pour Berquin , cassa la sentence des Juges, puis que lanuit suivante íe, froid gâta les blez par tout le Roiaume ,d’où sortit une grande famine & une grande mortalité, fa-dicìum fententia velietì cœlitus rescijfà triumpharit , frugibusnotle , ìxc (8). 11 n’y avoit rien de plus facile que de biencritiquer Beze fur cet Article ; car , I, c’est disposer de laProvidence particulière de Dieu avec un peu trop de témé-rité , que de dire que les fléaux qui désolent tout un grandRoiaume sont la vengeance de la mort injuste d’un hom-me. En II lieu, le froid ne peut guere nuire aux blez le10 ou l’u de Novembre. On seme alors presque dans toutle Roiaume ; & , pour le moins, est-il fort certain qu’unebonne partie de ce que l’on a semé est hors de prise en cetems-là : de forte que , si Beze avoit voulu falsifier de des-sein prémédité , il se fût bien donné garde de choisir laveille ou le jour de Saint Martin. Le tems véritable mar-qué par Erasme étoit mille fois plus propre à fa réflexion :le froid peut nuire aux biens de la terre fur la fin d’Avril.Voilà par où Mr. de Sponde pouvoir renverser la Moralitéde Théodore de Beze. S’il lavoir critiquée par ma prémie-re Considération, il fe fût désarmé lui-même ; car il estauffi accoutumé qu’un autre à dire que tels & tels mauxfont arrivez en punition de ceci ou de cela. Un de ceuxqui écrivirent contre le Calvinisme de Maimbourg (o)* en Fssi" e 5 ue Berquin fut exécuté k 11 Mars , veille de

L U M . £.

prés

St. Martin Pape, en la place MAubert. Ce qu’il ajoûte du Doc-teur Merlin , & que je raporterai ci-dessous (10), me per-suade qu’il n’a fait que copier Beze , si ce n’est qu’il a prisgarde , que le mois de Novembre n’étant pas un tems oùles blez puissent être endommagez du froid , il a cherchéune autre veille de St. Martin.

Qu’on ne s’étonne point que le jour d’un tel marty-re n’ait pas été bien conu aux Ecrivains Protestans , Scqu’ils aient varié fur cette date. La bataille de Cerifoles, lamort d’Antoine de Bourbon Roi de Navarre, les barrica-des de Paris fous Henri III , n’ont pas été mieux datées parde grands Auteurs. Voiez l’Extrait que Mr. Bernard idonné d’un Livre du Pere du Londel, dans ses Nouvellesde la République des Lettres, à la page 224 du mois dcFévrier 1699.

(B) ll eut un Démêlé avec Vun des plus ardens Inquistteursde ce tems-là.'] Berquin n’étoit nullement poltron : il faloitqu’il eiìt beaucoup de courage , puis qu’ii ne craignoit, niun à &uercu , ni un Noël Beda. 11 oioit, &: sc défendrecontre eux , & les attaquer : Beze l’en loue. Adfuit autemanimi tanta generofitas , ut maxime omnium tune metuendoscrabrones in ipfis eorum cav'ts , Bedam vìdeltcet ex a tôìuercu( de quibus feripferat procul illbs ccnfigens Erasmus , Lutîu/i Be-tam sapere vr Quercum concionàri ) Mat&ologorum eius Jeculiprincipes, in ipfo eorum fierquilimo fit aufus non modfutcunmelacestere, sed impietatis etiam accusatos non unius anni cerfami-ne tum voce tumscriptisstrènue exercere (ri). Voici ce quedit Erasme touchant íe Procès où Berquin fut l’Aggresseur.Non enim solum promittebat fili absolutionem , verumetiainviëloriam este in manibus , sei malle serìûs aliquanto finìricaufam , qno magnistcentiûs trìumpharet. Jamque mutatisvicibus , ipfam facultaiem sacratìjstmam , monachos çr Bed-daicos reos peragebat impietatis. Nam quidam arcána depre-henderat in illorum attis (12). Voiez la Remaique (A) del’Article Beda, Citation (7).

(C) llfut déféré comme Hérétique . . . renvoie absous.]On l’accusoit de condamner la coutume qu’ont les Prédi-cateurs d’invoquer la Ste. Vierge , au lieu dïnvoquer Ie St.Esprit. On dìíoit qu’il n’âprouvoit pas que la Ste. Viergefût apellée Fontaine de grâce , & que dans Ie Cantique dusoir on la nommât nôtre espérance & nôtre vie. Cela,dííoìt-il , convient beaucoup mieux à Jéfus-Christ ; cr ïEcri-ture ne favorise point l'usage moderne. Voilà les vétilles pourlesquelles il fut conduit en prison , & mis en danger dettetraité comme un Hérétique. Ob bujusmodì nenias duïïus estin carcerem , reus h&refeos periclitatus est. At Judices, ubi vi-derunt caufam este mllius momenti,abfolverunt hominem{if).Je m’étonne moins qu’Erasme apclle cela des vétilles, quede voir Berquin renvoié absous fus de telles opinions.

(D) ll mit en François quelques-uns des Livres d'Erasme.]Entre autres , le Panégyrique du Mariage (14) , l e Manueldu Soldat Chrétien (13) , la Complainte de la Paix, Voiezla Remarque (K).

Yyya-

(t o) Dansla Tscmarqtié

(M.

(it) Beza,in Iconibuj.

(iz) 1Epist.Libr. .I;

( 13 ) Idem,ibidem.

( 14 ) Idem,Epist. XciLibr. XlX,H- S>2 3 .

( 15 ) Idem,

Epist. IVLibr, XX1T,