B U R I D A N.
dont l’Hôtel ne subíîftoit plus au tems de François I (B). Aventin rapovte que Buridan étoit
r " Diíci-
{ 2 ) Cet endroitGaguin^ c fl pointexAÍi ; carPhilippe deValois n étoitsas eh vie fa n\ j 57 : il mou-rut fan 135 Q*Mais notez,que mòn Edi-tion a 1 Z48.
• Volez, ci-des-sous la Cita-tion ( 6 ).
ris , Van 1357 (r). La chose valoit la peine d’être beau-coup mieux éclaircie : car si l’on'répondoit à Robert Ga-guin , qu’il est vrai que Buridan failoit des Leçons 8c desLivres Van 1357 , mais qu’il étoit déjà bien vieux , on nelaisteroit presque aucune force à l’Apologie. Ceux quifuioient le conte , ne íupofoient pas que la Reine fût dansfa jeunesse , ou quelle choisît des Ecoliers avancés en âge.Ilssupofoient aparemment quelle étoit fur le retour , &qu elle demandoit de fort jeunes Ecoliers. Qu’elle soit doncmorte tant qu’on voudra l’an 1304, Buridan aura pu êtreson fait encore qu’il ait été en vie l’an 1357. II faut seu-lement suposer qu’alors il avoit soixante quinze ans : Ro-
mortnir» jjg JJ*. _ ..le...- _ «. ,11 _ r. _ ft..:
bert Gaguin ne dit rien qui réfute une telle suposition ;ainsi il n’a pas bien défendu l’honneur de cette Princesse.
Ce seroit bien pis, s’il faloit ajouter foi à ceux qui disentque Buridan étoit Recteur de l’Université de Paris l’anizro (3). Gaguin devoir établir solidement que ce Pro-fesseur n’avoit qu’un tel ou Un tel âge l’an 135-7. Sa se-conde raison n’est point forte ; car ce n’est point une cho-se rare , que des Princesses impudiques aient d’aiileurs mil-le bonnes qualitez , & fassent des fondations très- utiles àl’Eglise & au Public. Le bon moien de justifier cette Rei-’ne de Navarre est de dire prémierement que le conte n’estsoutenu d’aucune preuve ; & qu’ainlï on le doit traiter decalomnie , puis qu’il ne suffit point pour n’étre pas calom-niateur , que ce qu’on débite contre l’honneur de son pro-chain soit vrai , il faut de plus qu’on le croie vrai fur- des ’raisons convaincantes. II faut dire en second lieu , qu’il estcontre toutes les notions communes, qu’une Reine deFrance souhaitant de se divertir au jeu d’amour soit obligéede faire venir des Ecoliers, ou tels autres indiscrets qu’ilfaille faire mourir , si l’on veut cacher son crime. N’ya-t- il pas assez de gens dans le Louvre plus en main, &plus à portée, que ne le sauraient être des Etudians ? Voionsquoi qu’il en soit les paroles de Robert Gaguin raportéespar Mr. de Launci (4). Fuerunt quoque infgmbus feminìssua fata, nain uxores filiorum Pbilippi tris adulterii injimulata
funt . Ob hanc ìtnpudicitiam ìnfignium mulierum natam
fabulam reor , qua de Joanna Philippi Pulchr't uxóre à rerttmimperitis memorari filet , eam v'tdelicet aliquot Scholaflicorumconcubìtu usam , eosque ne pateret fcelus, protinus extinxijfe, c?in Sequanam amnem de cubiculi fui fenestra abjecìffe-, fid unumtantum Joannem Buridanum eo periculo forte liberatum , z?propterea fophisma (5) ab eo eâitum ejje : Reginam interficerenolite , titnere bonum est. Fait fiquìdem Buridanus foannaposterior, quippe qui Philippe Valefio regnum modérante, cúm li-ber alium Artium nominatiffmus Proseffor effet, multa zsrin ra-tìonali & morali Philofophia fcripftt, dum Paristna EcclefeœFul-co prffidebat anno Christiana refurnSlionis mccclvii (6).Nec commeruit praclara mulier bujusmod't vitio taxart, cujusliberalìtate ejf mifiricordia erga pauperes &B.
Arrêtons nous un peu fur la conjecture de RobertGaguin : il s’imagine que les impudìcìtez des trois Princes-ses , qui avoient épousé les trois fils du Roi Philippe le Bel,donnèrent lieu à la fable dont nous parlons. 11 y a desHistoriens, qui attribuent à l’une de ces trois Princessesl’infamie dont Gaguin a voulu justifier l’épouse de ce Mo-narque. ,, Marguerite Reine de Navarre , Jeanne Coin-„ tesse de Poitiers, 8c Blanche Comtesse de la Marche;
,, qui avoient épousé les trois fils de France , . . . . furent„ accusées q adultéré , 8c mises prisonnières au Château de
„ Gúllard. La prémiere mourut, on ignore de
„ quelle maniçre.(7)- C’est cette Reine de Na-
„ vavre , dont on dit le tempérament fi emporté, que„ quand elle voyoit un homme de bonne mine , elle le„ faifoit mener dans son appartement , d’où il ne sortoit„ que pour être précipité dans la Seine , asin qu’il ne pu-„ bliât pas ses débordemens. Un Ecolier , que l’on n’a-„ volt pas bien attaché , se sauva à la nage , 8c découvrit„ la vérité (8). On trouve des Auteurs, qui attribuent ces,, impuretez à Jeanne ínere de Louis Hutìn (9) ”. Cellè-ci ne difere point de la fondatrice du College de Navarre.Ge passage, qu’on vient de citer, se tronve en style un peuGaulois dans l’Histoire d’Ëspagne composée par Mayernê.(10). 11 s’exprime mal, lors qu’il donne à la femme deLouis Hutin 1 e nom de Roine Marguerite de Navarre. Celasignifie qu’elle étoit de la Maison de Navarre : or il n’est pasvrai qu’elle en fût; elle étoit fille de Robert II Duc de Bour-gogne (11). II n’y a point de faute à la nommer Reine deNavarre , puis que Louis Hutin son mari en étoit Roi.
(to) Mayerne , Hist, d’Espagne, Tom. I, paç. 55 » > 5 «° , à l’an. 1321 , Notez, queMezcrai met cela fous l’an 1313. (n) Anselme , Hist. Généal. pag.
§. {«) C’est une Tradition générale, que dans la jeunes-se de Jean Buridan , cet homme , qui dans la fuite acquitune si grande réputation, s’étoit trouvé dans le cas de quan-tité d’Ecoliers de l’Univerfité de Paris, que certaine Reinede France , après se les être fait amener jusque dans sonlit, faifoit précipiter de sa Chambre dans la .Seine , pourcacher les désordres de fa vie. 11 s’agit seulement de sa-voir , I, Quelle étoit cette Reine ? II. S’il est vrai, com-me tant de gens le croient, que le jeune Buridan , plusheureux que ses Compagnons , ait évité le fort des autresMignons de cette femme , en mémoire de quoi , à cequ’on prétend , il aurait inventé le Sophisme apellé dansks Ecoles Y Afne de Buridan. Et enfin , Quel peut avoirété ce fameux Sophisme ?
fz) Dullar-dus , apudValer. An*dream. , fci-bliot, Belg.? a S' 471 .
(4) Lau-noius, Hist.NavarreGymnaíuParte l >
Libr, /,
Cap. II,
Pag. ij:
il cite le VilLivre deP Histoirede Francede Gaguin.
(5) Ce mot nesignifie pointici , comme kVordinaire, unraisonnementcaptieux Ò*trompeur,mais plutôt m^Axiome ouune Maxime ,que peut-êtreil enbelòpoitfous une Enig-me qu'il don-nait' a devi-ner.
{ 6 ) Man Edi-tion do Ga-guin , qui eflde Paris, apudPetruiti Vi-doveeum »1528 , in 8 ,au feuillet12? verso 9porte annoChristianxlefuirectio-nis m cccXLVIU.Cela affoiblitl'sAeologie.
( 7 ) Hist.Chtonol.d'Espagne,par M.ade.***, Tom.It.pug.i 77 ,178, à Pan.1JI2.
(Z)Lk-mênie.
(9) C'étoit lefils aîné dePhilippe teB û : & notez,que Alezcrai,Abr. Chron.Tom. il , pAi %4 Can-née I291 , aeu tort de direque Philippele Long étoitfils aine dePhilippe leBel.
An premier égard , si , selon Gaguin , ceux qui pren-nent pour cette Reine impudique , Jeanne Reine de Na-varre , laquelle en 1304 fonda k College de Navarre, sem-blent combattre l’Epoque de la belle réputation de Buridan,par lui fixée à Vannée 1348 , ils s’accordent bien moins en-core avec Marsile ab ìnghen ( d'lngúenheirn ) lequel, bienque décédé feulement en 1396 (t) , parloir néanmoins deBuridan , comme d’un homme qui avoir été son contem-porain (i). II y a , selon moi > bien plus d’aparence que,comme ks femmes des trois fils de Philippe k Bel, ma-ri de l’illustre Jeanne de Navarre , furent également no-tées d’impudicité , c’est Marie de Bourgogne , femme deLouis Hutin , Vanté des trois frétés, que doit regarderI accusation qu’on veut mal-à-propos faire tomber fur fa
belle-mere. „ ., „
Quant au 2 point, il est si faux que Buridan encore Eco-lier ait été préservé du sort des autres Ecoliers qui avoientété reçûs dans le lit de la Reine en question , quelle qu’ellesoit , que même cette terrible femme commanda de 1e jet-tes dans la riviere. C’est ce que nous aprend k Poëte Vil-lon Parisien. dans ces Vers de fa Ballade des Dames du
tems jadis ; composée en 1461.
Semblablement ou cfì là Royne ,
&ai commanda que Buridan
Fut jette en ung sac en Seine ?
. Or loiri qu’un tel commandement porte à croise queBuridan avoit couché avec la Reine qui savoir donné, qu’aucontraire , c’est que k sage Buridan , en ce tems-là Pro-fesseur en Philosophie à Paris, avoit travaillé avec succèsà empêcher ses Disciples, de se rendre aux invitations decette Sirène. Ce fait étoit d’une notoriété bien publique ,du moins dans ks païs étrangers, puis que dans la Saxe, ouvraisemblablement Buridan , banni de í’a patrie pour raisonde se s Dogmes , n’avoit guéres séjourné sur sa route deFrance à Vienne en Autriche , un Maître ez Arts de VU-niversité de Leipsic composa en 1471 un petit Ouvragesous k titre de Commentariólm Htflorhus de AdolefcentulïsParifienfibus per Birìdanum natione Pìccardum ab illicitis- cu-jusdam Reginst Francicœ amoribus retradiis. M. Khalife qui,pag. 186 de son Journal Litéraire Akman , imprimé in 8à Leipsic en 1715 > parle de cette Piéce comme étant unManuscrit de la Bibliothèque du Monastère de Seitenstadtdans la haute Aûtriclie , devrait bien , soit dit en passant,6n procurer l’Impreffion.
En ce qui concerne 1 e Sophisme apellé Y Afne de Buridan,ce pourrait bien n’être autre chose que 1 e Pont-aux Afnesde Logique , mentionné par Rabelais , 1.2, ch. 2.8, où , in-certain s’il doit, 011 décrire 1 e combat d’entre Pantagruel 8rles Céans, òu en omettre le récit, il invoque Thalie &Calliope, 8c les prie de k tirer de ce mauvais pas. Auch. 3 du même Livre Gargantua déjà vieux est représen-té dans un embarras tout pareil , ne sachant s’il devoir, oùpleurer pour le deuil de fa femme Badebec morte en cou-che , ou rire pour la joie de son fils nouveau-né. De côté& d’autre , dit Rabelais, le bon-homme avoit argumensSophistiques, qui le luffoquoient, mais il ne les pouvoir fou-dre , & par ce moien demeurait empestré , comme la sou-ris empeigée , ou un milan pris au lacet.
On veut que V Afne de Buridan soit proprement Vétat d’unAfne situé entre deux picotins d’avoine , dont rien ne ledétermine à entamer l’un plutôt que Vautre : mais peut-êtren’a-t-on pas pris garde à l’équivoque d 'Afne à VAdverbes»,synonyme du fameux Vtr'ùm des Philosophes représentéil’après le Symbole du Logicien Marc Antoine de PafferibusGénois, (i) par Merlin Cocaie, dans ces Vers de fa 25Macaronée ;
inter eos (*) stabat vìr quidam corpore duplex ,
Qui sustentâtur bints tantummodo gambis.
Dtcitur hic U T RU M , dubiofis fenstbus implens ,
Haereticosque facit , negat hanc , probat hune , tenet iltamEt stbimet duris femper dat verbera pugnis.
/
Pont-aux Afnes > signifie apffi , tantôt uùe Mer d e ces Anoù de ces Utrìtm dont on ne fait comment sortir ; tantôtun Répertoire de ces mêmes An ou Utrum , avec des solu-tions, ou ks moiens de passer par dessus en tremblant, com-me ks Afnes fur un pont , dont les ais mal-joints leur lais-sent entrevoir Veau qui passe par dessous. Et c’est àcette derniere signification de ce mot, que Nicolas Clénardfait allusion dans ces paroles d’une de ses Lettres datée d’E-bora le 15 Avril 1334. Sum totus in Dialcâlica ( les Topi-ques , qui docent invenire argumenta : ) faxit Deus , ut hicféliciter invenìamus médium , non in ponte afinoriun , fid inthefauris Lufitanicis , ( funt enim loci Dialeâlici , tanquamthefauri, m quibus latent argumenta) quo pojftmus isthic apudvos tandem bonossacete Syllogismos. Rem. crit.
* Aventin cité par Mr. Rayle mtí Buridan pour ForrUttur de l’Académie de Vienne(t) Eloges de Tornasmi , Pan I, paj. 104. H) Lès Logiciens , dont l’Auteurde parler. (::) Pl,„, , l. i, eh. 43.
(B)...Cé conte est semblable à celui d'une Reine dom ï hôtel néfubfistoit plus au tems de François 1 . j Lisez cette Epigrammede Jean Secundus Poëte Hollandois, qui mourut l’an i<»6
yvt»j in
(t) BithiTt,
IndexChien, furCannée 13 S/c,’
f A NoliteatbiuanGuilhelmurrtOccam,Buridanumcontcrr.pora-neum noftretâ(quo vix ac-cutatiusquispiam iúÊthicisscriplìt )Giegoriumde Aiimi-iio : Adam 3(Dorp) tien-iicurn Oy-ta : Henri-cum deH affia :Matheunide Craco-Via : Nico-laum OiamjICobertum.Holcot.AlbemmiSaxonem :îetrum dèEliaca :
(Al/iaco )
JoanneniGerlon :Nicotaumde Cufa:Stephanunï .TioliveiiumîGabrielem
Bihe] Spi-ifeníem : SiCícteros in-numeros(qui inViennensi-yt,Erfordensi;’Eevoneniì,
(Lovanienfi JcseterisqueGermaniseGymnaliisáb eorumin hune us-que diem, 'exordiis( exortis )florueruní( omniumbonarumartium igna-ros vacuos-’que fuisse,proptereaquod No-minaliumviam 8cmd-dernorumdoctrinam( velriti vòáappellatis)enixe acpeculiariteraffecuti íunt;Marjil, deInghen O ra-tio dictio-nes, ciau-fulas , &
elegantiasoratoriasdiftinctiscatacterunsnoria figna-tas com-plectens.Bnàelb. in4„1499 . A lufuite de cettePiéct on voitque Marsileab Inghenmourut lepropre jourde la S. Ber-nard. 1396,
vtr.esi