CHRYSIPPE.
*73
(*4) Cicer.Academ.Libr.
IV
Cap.
en qualité dc Dialecticien, qui íàns doute furent très-grans, ne lui servirent de rien quant au style.Denys d’Halicarnaíîè le donne pour un exemple qui í'ufit à faire voir que les Auteurs consommez:dans la Logique observent très-mal les réglés de la Grammaire touchant la situation des mots (P).Cette négligence dans le langage surprend moins d’abord que de voir que ce Philosophe fappa lui-même tous les fbndemens de la Science qu’il avoit tant cultivée (4^)> mais cela non plus ne pa-
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tuoit la dìférence de ce qui n’est pas monceau, & de ce quilest. Je prouverois par cette méthode qu’un grand buveurn'est jamais ivre. Une goûte de vin l’enivrera-t-elle , de-manderais-je ? Non , répondriez-vous. Et deux goûtesquoi ? nullement, ni trois ni quatre non plus. Je conti-nuerais mes demandes goûte à goûte, ôt fi à la 999 vousme répondiez, il n’est point ivre, 6c à la millième, il estivre, je conclurais qu’une goûte de vin constitue la difé-rence spécifique entre Tivresse, 8c la non-ivresse d’un grandbuveur , ce qui est absurde. Si les interrogations se fai-soier.t de trois pintes en trois pintes vous marqueriez aisé-ment la diférence entre l’assez Lc le trop : mais le faiseurdu Sorites a le choix des armes, Sc il se sert des plus petitesparties de la quantité, 8c passe de Tune à l’autre afin d em-pêcher que vous ne trouviez aucun point fixe qui sépare lanon-ivresse d’avec Tivresse, le peu d’avec le beaucoup,l’aflez d’avec le trop, 8cc. Un homme du monde se mo-querait justement de pareilles ergoteries, il en apelleroit ausens commun, 8c à ce dégré de lumière qui dans l’usage dela vie civile sufit à nous faire discerner en gros le peu, lebeaucoup, Sec ; mais un Dialecticien de profession ne pou-voir pas recourir à ce tribunal, il étoit obligé de répon-dre en forme, 8c à moins qu’il ne trouvât une solution se-lon les réglés de T art, il perdoit le champ de bataille ; fadéfaite , fa déroute étoient un évenement incontestable.Aujourd’hui un Répétiteur Hibernois , qui harcèlerait parmille chicanes de Logique un Professeur de Salamanque,8c qui fe verrait paié de cette réponse, le sens commun , lanotoriété publique,nous montrent assez, que vos conséquences fontfausses , passerait pour victorieux , 8c Ton dirait avec rai-son que le Professeur avoit été terrassé; car il étoit de sondevoir de répondre en forme, 8c selon la rubrique du mé-tier , puis que c’étoit par cette rubrique que Ton attaquoitfa these. Chryfippe, qui fur ce point-là savoit très-bien sondevoir, comprit clairement que le Sorites des Dialecticiensde Megare demandoit une solution catégorique. On verrason invention, après que j’aurai cité un peu de Latin. Sedquoniam tantum in ea arte (Dialectica) ponitis , c’est ainsique Cicéron fait parler un défenseur de l’incertitude , vi-dete ne contra vos tota nata fit ,qm primo progrestu feftive tra-dtt elementa loquendi, & ambìguorum intelligentiam conclu-dendtqut^ rntiontm, tum paucis addìtis venit ad Soritas lubri-cum Jane cy periculosum locum , quod tu modo dìcebas esse vi-ttojum tnterrogandì genus. Quid ergo, istius vitìi num nostraculpa est ? Rerum natura nullam nobis dédit cognitionem finium,ut ulla in re statuere pojfimus, quatenus nec hoc in acervo tri-ttci solum unde nomen est. Sed nulla omnino in re minutatimtnterrogandì dives, pauper, clarus, obscurus fit, multa , pau-ca, magna , parva , longa, brevia, latte , angufia , quantoaut addìto aut dempto certum respondeamus non habemus. Atvitiofi sunt Sortttt. Erangite ìgitur eos st poteftis , ne molestifint. Erunt enim nifì caveatis (84). Chryfippe ne trouvapoint d’autre expédient que de ne répondre qu’à un cer-tain nombre d’interrogations, 8c puis de fe taire. On ap-peíla son invention la méthode du repos. Multum in eoChryfippus sudaverat , ut finitorem acervi invertir et , sed frus-tra: qtsare spe tnveniendi quod querebat dejeblus, xctmttpíf nm v-Axt, quod ajunt , excogitaverat quem vocabat 7»»jjVuj/séjoíTa (85).- cum interrogatus suftinebat sepríusquam
ad stnem interrogans perveniret (86). Consultez Casaubondans son excellent Commentaire sur ces mots de Perse, de-punge ubi fìflam Inventas Chryfippe tut finitor acervi (87).Cette invention de Chryfippe ne fut pas heureuse ; 8c vousallez voir comment Carneade la renversent de fond encomble (88) : Cautum est inquit. Placet enim Chryfippo quumgradatim ïnterrogetur ; verbi causa tria pauca fint (89), an nemulta , aliquanto príusquam ad multa pervenìat quìcscere , idest, quod ab his dicitur útrvxáÇem. Per me vel stertas licet ,inquit Carneade ;, non modo qttiescas. Sed quid proficitì Se-qmtur enim qui te ex somno excites,z? eodem modo interroges ,quod in numéro conticuifti. si ad eum numerum unum addìde-ro , multa ne erunt ? progrediar rursus quoad videbitur , quidplura ? Hoc enim faterìs, neque ultimum te paucorum , nequeprimum mulsorum respondere poste. Cujus generis error ita ma-nat , ut non videam quo non p 0 jst t accedere. Hihil me Udit >tnquit. Ego enim ut agitator callidus príusquam ad stnem ve-niam eques sufiinebo > eoq-.te magis fi lotus is quo ferentur equiprtceps erit. Sic me, inquit, ante sustinebo, nec diutìus cap-tiose interrogantì rcspondebo. Si habes quod liqueat, neque res-
.. infistis. St id tantummodo ut taceas , nihil as-
fequeris. Gìuid enim ad illum qui te capture vult, utrum ta-centem irretiat te, an loquentem? Sin autem usque ad novem,verbi gratta , fine dubitatione respondes pauca este , in decimoinfistis, etiam k certis z? illuflrioribus cohibes astensum, hocidem me in obscuris facere non finis. Nihil igitur te contra So-ritas ars ista adjuvat ,quod nec augendi nec minuendì quid autprimum fit , a ut postremum , docct. Les Sceptiques se pré-valurent de cette invention de Chryfippe , 8c la firent ier-dun argument ad hominem. Volez Sextus Lmpirt-
vir
cus (90).
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motez qu’Horace attaqua par un Sorites les ad-
roit
mirateurs des Anciens : T endroit est brillant ; qu’il me soitpermis de succomber à la tentation de le mettre ici :
St meliora dies , ut vina, poèmata reddit ,
Scire velim, pretium chartis quotas arroges annus.
Scriptor abhinc annos centum qui decidit, interPerfedos veteresque referrì debet ? an interViles atque novos? excludat jurgia finis..
Est vêtus atque probus , centum qui perficit annos.
Quid ? qui deperiit mìnor uno mense , vel anno ,
Inter quos referendus erit ? veteres-ne Poétas ?
An quos cv prsifens v postera respuet atas ?
Ifte quidem veteres inter ponetur honefte,
Qui vel mense brevi, vel toto est junior anno.
Vtor permistb, cauduque pilos ut equine.
Paulatim vello, démo unum, démo etiam unum :
Hum cadat elusus ratione ruentis acervi,
Qui redit ad fastos , CV virtutem astimat annis,Miraturque nihil, nifi quod Libìtina sacravit (pi).
Je trouve dans Mr. Ménagé un tamen, un néanmoins , quiest mauvais. 11 dit que Carneade sc moqua de cette in-vention de Chryfippe , 8c que cela ne Tempêcha point defe servir du Sorites en tâchant de prouver qu’il n’y avoitpoint de Dieux. Ridet illud inventum Carneades apud t'ice-
tortem . Tamen ipfe Carneades foritice multa rogat
apud Sextum Empiricum adverfus Mathematìcos pag. 339 cy340 dum probare fatagit non este Deos (92). Mais bien loinque le mépris de Carneade pour le quìetìste de T autre Phi-losophe le dût empêcher de se servir du Sorites, qu’aucontraire c’étoit ce qui le devoit le plus pousser à s’enservir.
(P) Henys d’Halicarnaffe le donne pour un exemple. ..que lesAuteurs consommez dans la Logique observent trìs-mal les réglésde la Grammaire touchant la situation des mots.] Je m’en vaisle citer selon la Version Latine : Henique temporibus consequen-tibus omnino negleda eJ?(bona collocatio verborum) nullusqueprorsus exiflimabat (eam) necestariam este,quidpiamve ad oratio-nis pulchritudinem conferre. Itaque ejusmodi firuSluras relique-runt. . . . Hico autem Phylarchum, Durim ... (y alios in-
finìtos . Verum quid opus eos admirarì, ubi etiam ht
qui Philosophiam profitentur , cy de BialeHìcis différant disci-pliné, adeb sunt in colloCandis verbis futiles , ut etiam pudeatdìcere. Susticiat autem argumento utì oratìone Chrystppi Stoici :(ulterius enim non procedam) quo neque melius quisquam , ne-que exaElius Bialeétìcas disciplinasprosequutus est (93 ) ; nequedeteriori junttura compofìtos sermones protulit; ex his qui ali-cujus nominis ey famn sunt (94). Diogene Laërce nouspeut servir à confirmer ce jugement de Denys d’Halicarnasse ;car s’il nous aprend d’un côté que Ton admirait tellement laLogique de Chryfippe, que Ton disoit que les Dieux s’cnf'uíîent servis au cas qu’ils eussent voulu emploier la Dialecti-que , il observe de l’autre que ce Philosophe n’écrivoit pasbien. Oujáí ê ÌTTiie^oç iv 7ô7ç J/sîAektíxôTç éyivsTo, &çre éoKtìvTUÇ îrAstKs 0Tt k k 5 B-ioTí fy Ì btr.Xir. 7 iKr,, ir «u aXX’e ?
Xft/3-(srs>'£/oç, orXtotcítraç Si toÏç orfávfuvri , rfy iv tt y,x-
7i»».Wí. Aàeo autem ht dialeâiica infignis fuit, tantétqueapud omnes astimationis , ut plerique dicerent , fi apud Heosusus estet dialeéîica, non futuram alìam quàm Chryfippeam.Caterum quum effet rerum fœcundistìmus , non usque adeo dic-tione clarus fuit (95).
( Qs) Il fappa luì-même les fondemens de la Science qu ilavoit tant cultivée. ] En voici la preuve : Plutarque nous lafournit. Croi, dit-il (96), à nos amis de l’efcole Stóique,que nature a porté cy produit , non par cas de fortune, mais decertaine providence divine, Chryfìppus , voulant renverser lavie humaine, ey mettre le dessus destous , cy au contraire le des-sous deffus, car il ri y eut jamais homme qui fufl plus à propospour faire cela que lui: ains comme Caton disoit de Jules Cé-sar, que devant lui nul n estait jamais venu sobre ni avisé àconspirer la ruine de la chose publique : austì me semble il quecest homme avec plus grande diligence, cy plus 4 'éloquence, cyde vivacité d'entendement,abolit cy destruit la couftume autantqu en lui est. Ce que tesmoignent ceux mesmes qui le magni-fient , quand ils combatent contre lui du Sophisme qu ils appel-lent le Menteur : car de dire que ce qui est composé de positionscontraires,ne soit pas notoirement faux : cy derechef de dire aus-si, que des Syllogismes ayans les premiffes vrayes, cy les induc-tions vrayes ,puìffent encore avoir les contraires de leurs conclu-sions vrayes, quelle conception de démonstration,cy quelle antici-pation de soy efi-ce que cela ne renverse ... la HialcHique deChryfippus estant cy subvertiffant les principales parties d'icelle,quelle autre conception laiffe elle qui ri en devienne suspeéïe? Caron ne sauroit penser que cela soit seur, cy ne branfle point quiest basti sur des fondemens qui ne demeurent point fermes, ainsou il y a tant de doutes cy de troubles. Plutarque ajoute quela Secte des Stoiques, qui se plaignoit de ce que les Aca-dcmiciens pervertissaient les communes conceptions du sens com -m un , étoit plus coupable qu eux de cette faute. II fautdire pour le moins, que notre Chryfippe mérita tout au-tant qu’Arcesilas detre comparé à ces Tribus de Romequi troubloient le repos public ( 97 ). II n’y eut jamais un
Y 3 plus
(sulHorat.Epistola ILikri II. jé.34 . fy s“jq.
( 92 )Menag.in Díogen.Laërtium,Libr. VII ,num. 197.m - 34 ».
(S,) LeGrec porte
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filtlVOV ÛSÙi■raf
7 lieds Tíj^VoíS .«Kç/jSfleirÊy.
(94) Vl0-
-nyf Hali-cam. deColiocatio-ne Verbo-rum, Cap,xv *
10.
(95) Diog.Laertius,Libr. Vil ynttm. \ 80.Votez, Cicé-ron, au IVLivre de Fi-nibus, CMlyoù il parle dela HbeToriqucde Chryfippeavec le der-nier mépris «,
(9S) Plut.de comm.Nocitiis ad-verC Stoicosinit. pag.1059, Ver-sion d'Armiot.
(97) VmtZf ^rtùle
ARCi-SILAS,Citation (49^