HADRIEN VI.
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Les Italiens ont publié des médisances atroces contre lui (P): & ceux même qui» au lieu de lediffamer du côté des mœurs, lon'c convenus de fa probité & de son zèle, ne laissent pas de direqu’il n’étoit point propre à être Pape ( j^). II n’est pas jusques à fa sobriété dont on n’ait faitdes railleries (R). La joie qu’on fit paroître de fa mort eíí au fond un grand éloge pour lui (S).Je ne faurois bien dire si ce sont les Catholiques, ou les Protestans , qui ont débité les pre-miers qu’il permit de sacrifier aux Divinitez du Paganisme , afin de faire cesser la peste (íT).
Guic-
(57)
compertum ejiillìcrntditremfortuit egregìaclam htxbms-fe, cpijus amo-rti causa cotam fréquen-ter itajse crt -ditxrejw am-plexu fruiso-litum. Bat-tus, apud,Wolfium,Lect:. me-morab.
Tom /f,
pag. ipa.
(sS) Labo*ravit pertntil"t un* ante-quant c vitaexccdtrct &ftranïtiri* &ton.'ìinibuSiinq u as agritu-dines phrum-qae inddtresoient qui coi-tu immodicoutuntur.lbid.
(59) D l tumejì boc insu-per crin* niquod puero-rum amori-bus deleclare-tur > quia in-ter esterasMinijlrosnonnullos te-neU a atatisdr eximiaforma bah-bat. Ibidem.
( 60 ) Votez.Jean Cres-pin, Etat derEglife, àVann. 151 3 »
( 6i ) Ger.jvioringus,in Vita Ha-driani VI.
(62) Idem yibid. in Pra-fatione •
(6 ì) Valla-vìc. Libr, //-Cap. IX,
(64) Idem ,ibidem.
(6s)
yallavicm,Iivr. 11 ,
Chai). VU tpug.m. rv6.
Je ne parle point du Capitolo du Bernia contre ce Pa-pe, je dirai feulement qu’il n’y faut point prendre au piedde la lettre cet endroit :
Bafia ch’egli hanno fatto un Papa santo
Che dice ognì mattìna la sua Mesfa
E non s’el tocca mai se non col guanto.
C’est une hyperbole burlesque, familière , & même prover-biale parmi les Italiens. Gli hipocriti , dit l’Aretin Giorn. Idélia 11 Parte, che non sel toccano mai se non col guanto. Jedois cette Observation à Mr. de la Monnoie.
(P) Les Italiens ont publié des médisances atroces contre lut.]On ne fe contenta pas de l’accufer d’une avarice prodigieu-se , 011 divulgua (57) qu’on avoir enfin découvert pour-quoi il se retìroit tous les jours dans un réduit du Vatican ,où il ne laiíîòit entrer personne ; & que ce n’étoit pointcomme Numa, afin d’aprendre d’enhaut la maniéré de biengouverner, mais afin d’y caress r une belle femme: c’étoit faNymphe Egerie. On ajoûtoit que ia maladie dont il mou-rut procédoit d’un trop fréquent uíage du plaisir véné-rien (58); & qu’il ne fe contentoit pas de fe divertir avecles femmes; qu’il lui faloit de beaux garçons (59). Ce nefut pas tout ; on publia qu’il avoir été Magicien , & queses amis voulant éluder les preuves que l’on tiroir de je nefai combien d’instrumens magiques , qui avoient été trou-vez. dans fa chambre après fa mort, difoient qu’il avoit tra-vaille à la Pierre Philoíòphale. Comme on ne pouvoir nierqu’il n’eùt l’extérieur d’un homme de bien, amateur de la ré-forme & de la justice, on fe retranchent à dire que ce n’é-toit qu’un Tartuffe, & que ce défaut est plus commun enAllemagne que l’on ne pense. Volez fur tout ceci une Let-tre de Chriitophle Battus à Jerôme Saulius dans le secondVolume de Wolfius. On a mis dans le Suplément de la ■Chronique de f Abbé d’Ursperg (60), qu’on trouva parmiles papiers secrets de ce Pape quelques Livres de Magie, &qu’il y a des gens qui prétendent qu’il parvint au Papat parce mauvais Art.
Notez que Gérard Moringus observe que ce bon Papeaiant su que ies Italiens formoient de mauvais soupçons furce qu’il avoit amené d Espagne quelques jeunes gens, lesrenvoia tout aussitôt en leur pais. Si quando antea , tummaxime speciem omnem impudicitìa amovit. Eoque cum adoles-centes aliquot bonesta tum tndolis tum flirpis in gratiam paren-tum in familiam ascitos, ex Hispaniis secum in urbem duxis-set , intellexijsetque Italos ex conviéíu illorum , nescio qua abo-minanda , nofiratibus inuptata suspicari, ftatim in Hìspaniasremipt, in academia Salmanticcnfi plenius literis imbuendos ,quibus antea domi ipfius a pio stmul O" erudito vira TheodoricoHezio secretario ipfius utcumque imbuti sucrant eo jubente (61).Le même Ecrivain témoigne une extrême indignation contrel’Auteur de la Lettre dont j’ai cité quelque chose, & queWolfius a insérée dans le second Volume de ses Leçons.Battus quidam Parmenps quandam de ejus defttndli relidía fa-ma epifiolam edidit , Latinam quiiem illam ac tersam,sed adeotmpudenter mendacem ut ipsa mentiendi impudentìa, dicam aninscitia , vel apud malevolos fidem pbi abroges. §[uid os im-purum eo impulerit , nihil esse aliud reor , quam id quod Comi-cus habet , Mala mens , malus animus (6z).
( 6J_) Ceux même qui . .. font convenus de son zèle ne lais-sent pas de dire qu il n étoit point propre à être Pape. j Peu degens liront cet endroit fans s’apercevoir qu’il s’adresse auCardinal Pallavicin , & fans songer à l’Evangile nouveau ,où l’on a censuré si cruellement plusieurs Maximes de sonHistoire du Concile de Trente. Hadrien VI étoit un très-bon Ecclésiastique au jugement de ce Cardinal, mais unPape médiocre, Fu F.cclefiaftico ottirno, Pontejìce in verita mé-diocre (63). II descendit même plus bas dans l'esprit dupeuple, qui ne juge des choses que par l’événement; caren conséquence des mauvais succès de son Régné , il passapour un Pape qui étoit moins que médiocre (64). Ce bonFlamand , n’aiant pas trouvé en Italie la candeur & la sin-cérité où il avoit été nourri, entra dans une défiance géné-rale ; il croioit qu’on lui tendoit des piégés par tout ; iln’osa se fier qu a des gens de son pais : & ceux-ci, avec leurfranchise sans expérience, lui firent plus de tort que n’au-roient fait les Italiens avec leur dissimulation. Le Jansé-niste qui a fait l’Evangile nouveau, a profité fort maligne-ment de tout ce que le Cardinal Pallavicin avoue sur lesbonnes qualìtez de ce Pontife : mais au fond ce Cardinaln’a pas tout le tort que l’on diroit bien. II est vrai que stl’Eglise Chrétienne étoit ce qu’elle devroit être, les mêmesvertus qui suffiroient à un bon Ecclésiastique suffiraient auxPapes ; mais (65) dans Pétât où l’Eglise Romaine se trouvedepuis long tems, fous un Chef dont la puissance spirituelleest tellement incorporée avec la puissance temporelle , quela conservation de l’une dépend de la conservation de l’au-tre , c est une folie que de prétendre qu’un Pape qui n'en-tend _ point le manege de la Cour , & les souplesses de laPolitique, puine remplir ses devoirs. Volez la Remar-
que (U) de l’Article Beilaxmin à laíin. 11 ne faudrait,pour accomplir les Prophéties des Protestans , que quatreou cinq Papes de fuite tels que quelques - uns ont été, quid’ailleurs étoient des Moralistes rigides. Quoi qu’il en soíçil est bon de voir la Lettre de Mr. de Launoi (66), où ilfait P Apologie de notre Hadrien contre le Cardinal PallavFcin.
(R) Il n’ejl pas jusques à fa sobriété dont on naît sait desraillerie s. ] II étoit st peu accoutumé aux friandises de Ro-me , qu’il n’y avoit point de poisson qu’il préférât au Mer-lus; desorte que le prix de ce poisson haussa considérable-ment sous fa Papauté, non fans faire rire toute la poissonne-rie. Au lieu de le louer de cela, Paul Jove a eu la hardies-se de dire qu’il n’avoit pas plus de goût à P égard des vian-des., que de jugement pour l’administration des affaires.J’afoiblis tellement le Latin de cet Auteur, qu’il est néces-saire de le raporter mot-à-mot. Modo Merluccia plebeio ad-modum ptsci Hadrianus Pontifex ,sicuti in adminiftranda rept*~blica hebetis ingenii vel depravati judiciistta in esculentis insulpJiJjtmi gufius supra médiocre pretium ridente toto soro piscartojam fecerat (67). La Cour de Rome étoit passée d’une extré-mité à l’autre ; car il n’y eut jamais de Pape dont la table ftûaussi délicate que celle de Léon X. On s’insinuoit dans se sbonnes grâces par l’invention des ragoûts ; & il y eut qua-tre grands maîtres en bons morceaux qui devinrent ses mi-gnons. Ils inventèrent une forte de saucisses qui jetta dansPétonnement Hadrien VI, lors qu’il examina la dépensede son Prédécesseur (68). Pour lui il n’entretenoit pointd'Officiers aussi inutiles que ceux-là, & il prit tellement lecontre-pied de Léon X , qu’il ne dépensoit pas plus dedouze écus par jour. Les Romains satirisèrent cette grandefrugalité, & dirent que le Vatican'étoit devenu semblableaux maisons que le retour des esprits fait déserter. Fatni-
\ liam adeo sordidam & exiguam alebat , ut sumtus quotidianusduodecim aureos non excederet. Sjuid plura ? Vatìcana domttsnon jam domus illa Pontificia, e?" ocellus urbis ut quondam,feddomus aliqua , ut poet/t tradunt , qua propter lemurum formidi-nem vacua & deserta Jit , pra solitudìne videbatur. C’estainsi qu’en parle Christophle Battus que j’ai cité ci-dessus. In-férons des paroles de Paul Jove, qu’il ne laissa pas d’y avoirdes gens à Rome qui par complaisance pour le Pape firentcas de son poisson. On verra dans l’Article du Chancelierdu P r a t , que ce ne fut pas la prémiere fois que le?Grands du monde mirent à la mode certaines viandes quiétoient méprisées auparavant. Je crois au reste qu’on nesc moqua pas moins de la préférence qu’Hadricn donnoit àla bière fur le vin, qua celle qu’il donnoit au Merlus fortous les autres poissons. Sa boisson ordinaire étoit la biere,& on attribua à cela fa derniere maladie. II avoit grandsoin de fa santé, & il se mettoit à table à une heure si ré-glée , qu’il quitoit brusquement les afitires les plus impor-tantes dès qu’on l’avertiiToit que le repas étoit prêt ; mais nmangeoit peu. Fer un t Hadrtanum alioqui végéta viridisjsenebla contraxisse morbum assìduo cervipa potu. . . . Nam Psse cibi parcijpmus erat , 0/ in tuenda valetudine apprimt dP'gens çr morosus , tant a horarum definitione , ut denuncia nttArchitriclino parafas esse epulas , vel maximarum rerum collt~quia protinus abrumperet ( 69 ).
(S) La joie qu on fit paraître de fa mort est au fond ^grand éloge pour lui. j C’est que .rien ne le rendoit plusodieux que l’envie qu’il avoit de faire cesser les péch e Jcrians, Sc d’emploier pour cela des peines sévères. Le b: uj £courait qu il alloit publier de terribles Bulles contre les judaï-sans > contre les moqueurs des choses saintes, contre les simf
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eut de jeunes gens qui après fa mort mirent des festons fola porte de son Médecin , avec cette Inscription en groi fe ^lettres, au Libérateur de la patrie ( 70). P° uvoit-on sc réjouir de la mort d’un tel Souverain, fans si 1 "ce fût une preuve de fa vertu ? Paul J.ove raconte si u 7s’en réjouit excessivement. Morte ejus pler'tque V f r£ J er a ,tim veteris aula seílatores effupjpme sunt latati , 0/ s eC>t mdum eos nonnulli Romanorum qui detrtmenta rerum frari 1ftnserant. ;
( T) Je ne faurois dire .... qui font ceux qui ont d^ 1 ^ . ^les premiers qu il permit de sacrifier aux Divinitez du P a s^ «A ■nisme , afin de faire cesser la peste. ] Je n’ai pas eu enC ° cele tems d’aller bien loin, en remontant vers la so u J c ^ d jL r .mensonge. J’en suis encore à un Livre imprimé à Anw.dam en Tannée 1661 ( 71 ), où j’ai lu ces paroles : Isnus VI) ad avertendam pestent qua gravijsime in urbebat , Mago Demetrio Graeco concessit sylvestrem taurDiis Gentilium ad placandam eorum ira m maétare » ce l‘,„vitque lues. L’Auteur citeson Histoire;
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Prefeseur * Eruneker.
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(71) Compend. Historia, par Jean L*tu$