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J U N I U S.
femme à de terribles médisances, parce qu’elle devint grosse pendant qu’on croioit qu’il étoit enfuite (C)} &on ne savoir pas qu’il étoit venu lavoir une fois secrètement. Notre François Ju-nius fut élevé avec foin. Sc devint un très-habile homme, à quoi fa honte naturelle, jointe avecbeaucoup d’ambition (.D), ne contribua pas peu. II commença d’étudier en Droit fous HugoDonellus à l’âge de treize ans, Quelques années après il fut envolé à Lion, afin d’y joindrel’Ambassadeur que le Roi de France envoioit à Constantinople ; mais comme il n’arriva qu’aprèsle départ de l’Ambassadeur, il s’arrêta à Lion, Sc s’y apliqua à l’étude avec un travail incroiable.Barthelemi Aneau (E), qui étoit le Principal du College de cette ville, lui donna de très-bonsconseils touchant la bonne méthode d’étudier. Le jeune homme fe vit exposé à deux tentationsbien différentes, à celle de l’amour, Sc à celle de l’impiété. II résista vigoureusement à la pre-mière; car il donna un bon soufflet aune fille qui lui vint faire des caresses C F): mais il succombade telle sorte aux Sophismes d’un Libertin, qu’il fe trouva pleinement Athée (G), après lui avoirprêté l’oreille pendant quelques jours. II ne demeura pas long tems dans ce malheureux état : untumulte de Religion, qui l’obligea à prendre la fuite afin de sauver fa vie, lui fournit une occa-sion de reprendre fa prémiere foi. Son pere le rapella à Bourges, Sc aiant découvert quelque cho-se des sentimens dont son fils étoit imbu, il lui fit de bonnes Leçons, Sc fans faire semblant dewncmïtTdi rien il l’attira à la lecture du Nouveau Testament. Les prémieres paroles (f) que Junius y ren-de sc" Jean contra le touchèrent (//) de telle forte,qu’il sc dégoûta bientôt de touc ce qui ne sc raportoit pas à
(ïl) Confé-rer ce qui Aété dit dansr*ArticlcA B D A S »?(emarq, ( B ).
( 12 ) vïrg,Georg. L'bul,Vcrf. 514 .
(13) Prof»-gus pater damai matremfemel redie-rat) hinc gra-vi da fadamater pros-cindebatur kvulgo » tan-quam fi pros-tituta suffitpudìctria il-lins. Vtroqueboc incemmo -do [anda il-lius feeminaanimas oppug -nabatur , ob-jicientihusmaligne quamplurimis ttítnFrancifcaniillius rever mfiontm , tumgravidttatemtttt ajebantyimpudicam .Junius, inVita sua,
pAg. 7 , Col, I.
(J 4 ) Ex pu-dore hac con -fequuta fautvide à pueroquod mihifemper Jimdijfisusy cjuodetliorum faftismudiendts ,fermonibusçbfervandiséradvertendisin ufummeum stu-duerim.
Idem, ibiu.
col, 2,
OO Ci-
dffius T^e-marque (M)de P ArticleA l C I A T
(André).
son Prince l’exposeroit à la haine des bigots. Preuve évi-dente que la Cour ne se sent pas assez forte, pour protégerses bons serviteurs persécutez par les gens d’Eglise. On ditordinairement que le Ministère évangélique est iffis Ange-lis tremendum , ajoutons y ex ipfîs quoque Regibus. Lisezbien l’Histoire de l’Eglise Romaine, vous trouverez que lesplus grans Princes du monde ont eu plus à craindre les pas-sions que les zélateurs excitent, que les armes des Infidè-les : ainsi ce qui devroit être raffermissement de la Répu-blique, 6c de la Majesté del’Etat, est bien souvent l’obsta-cle le plus invincible que les Souverains rencontrent à l’exé-cution de leurs ordres (n).
(C) .... U exposa sa femme à de terribles médisances,parce qu’elle devint grojse pendant qu on croioit qu il étoit enfuite. ] C’est une imprudence que de fe mettre en état dele devenir quand le mari est fugitif ; car s’il mouroit avantque de revenir, 8c avant les couches, 8c fans reconoîtrequ’il est fauteur de cette grossesse, trois choses extrêmementpossibles, comment pourroit-on fe justifier envers le public ?Mais de plus n'est-ce rien que de donner prise à la médi-sance, comme fit la femme de Du Jon? On me répondraque ceci est aisé à dire, quand on en traite de sang froid, &qu’on ne se met pas à la place des personnes amoureuses.Après quelques mois d’absencè leurs feux font si ardens ,qu’aucune considération ne les fauroit retenir : la pas-sion entraîne, on n’écoute rien : Fertur equis auriga , ne-que audit currus habenas (12). Quoi qu’il en soit, la me-re de notre du Jon se vit diffamée, 8c cela lui perçoit lecœur (13).
(D) Sa honte naturelle jointe avec beaucoup d’ambition.']Ces deux passions ne semblent pas être faites l’une pour sau-ne , 8c cependant elles s’allient quelquefois ensemble. Juniusen est un exemple. II avoue que dès son bas âge il souhai-toit plus qu’il ne faloit d’être honoré 8c d’être loué, 8cqu’il ne pouvoit souffrir les louanges qu’il voioit donner àd’autres. Natura me puerum ad honorìs ex laudis appetentiamplus fatis accendente. Sic enim mala radix illa -rî-ç (piteTiuíœçin me germinabat, ut nec alienam laudem ista State squo ani-me ferre postem miser, nec in mea exiftimatione illa conquies-cere quam mihi conciliabam pertinacistima dìligentia. D’ail-leurs, il avoue qu’il étoit d’un naturel si timide, 8c si sujetà la honte, qu’à l’âge même de près de cinquante ans il nepoufoit parler à fa propre femme fans rougir, 8c qu’il n’o-soit presque rien commander à ses domestiques. Puder fum-mus qui me ad hanc ttsque statem fie prejstt , ut rusticus magisad omn'ta quam urbanus mérita haberi passim. . . . Qui d di-cam nifi impudentem ferme pudorem este qui me tantopere im-peditum distinct, ut vix sine pudore uxori res vulgareis enun-ciem , vix jam domï fervitio imperem. 11 prétend avoir tiréde grans avantages de cette honte ; parce que fe défiant desoi-même, il s’apliquoit beaucoup plus à profiter de ce qu’ilentendoit dire, 8c de ce qu’il voioit faire (14); 8c il décla-re qu’il n’aprendroit point à ses Lecteurs son infirmité, s’il necroioit qu’elle seroit pour la jeunesse une Leçon très-utilede modestie. Hoc eo libent'ttts prsdico de infirmitate mea , utjuventus ab exemplo meo prsceptum haurtat tutti
atque modestis , ut certum frutlum peritis certo judicio aste-quatur. Id enim testor, nihil mihi fecundum benediëlionemDei tam commodavijse in rébus omnibus, quam illam de meipso diffident'tam ex conscientia infirmitatis ex pudoris mei, Nstudiosam aliorum, quibuscunque adfui, observantiam. Onne fauroit trop louer la modestie, 8c cette humilité rare, quifait que l’on fe défie de ses forces : mais il est sûr qu’elle nevaut rien pour faire fortune dans le monde ; 8c fi un pere âdessein que ses enfans parviennent aux dignitez, je lui con-fcillerois de leur inspirer plutôt la vanité 8c la présomtion,que la défiance de leur mérite. Junius est peut-être le seulqui, par raport aux avantages mondains, fe soit bien trouvéde sa modestie. Je ne prétens pas établir que l’arrogancesoit toûiours utile : elle perd quelquefois les jeunes gens, 8cles empêche de s’clever; je ne parle de ceci qu’en général,je ne m’arrête pas aux exceptions.
(E) Barthelemi Aneau.] J’ai parlé ailleurs ( 15 ) de sonCommentaire sur les Emblèmes d’Alciat. II s’apelloit enLatin Jnnulus, ou Anulus: il étoit nâtif de Bourges, 8c il
publia plusieurs Livres ( 16). II fut tué misérablement dansle tumulte de Religion où Junius pensa périr: fa femme au-roit eu le même fort, si le Prévôt de Lion ne l'eût sauvéeen l’emprisonnant (17).
(F) Il donna un bon souflet à une fille qui lui vint faire descaresses.] Voici une chose tout autrement admirable quefaction de Theagene (18); car elle est historique, au lieuque celle de Theagene n’est qu’une fiction de Roman. Ju-nius apliqué à ses études ne fongeoit à rien moins qu’à fai-re f amour. Cependant on le grondoit de son peu de galan-terie , 8c on lui représentoit qu’il n’aprendroit jamais la civi-lité , s’il ne devenoit amoureux. Ces discours ne le faisantpas changer de conduite, on f exposa aux caresses de troisou quatre filles qui l’obfédérent effrontément. Elles fe jet-toient fur lui à corps perdu, 8c n’oublioient rien pour triom-pher de fa pudeur. Enfin la patience lui échapa, il foufle-ta f une d’entr’elles ; ce soufflet causa un grand bruit dans lelogis. La fille qui l’avoit reçu, aiant compris à f air du jeu-ne homme que ce n’étoit point pour rire, mais en fe fâ-chant , qu’on savoir ainsi traitée, fe mit à crier 8c à pleurer.On fe moqua d’elle, 8c de Junius aussi: mais cela le renditodieux à plusieurs personnes. 11 faut l’entendre lui-même.Dies ex noíìes appetebant canes ills promiscué, nescium quìdsibì vellent , Z? gravitaûs honeftatisque illius , quam in domopaterna vìderam , subinde recordantem. Neque id seorfim ten-tabant finguls , verumetiam tems aut quaterns jimul conscr-its manibus in me irruebant immodefitstìme , ut perduéío adsuam impuritatem anima meo de spolìis pudoris mei triumpha-rent. Tandem vero adeo me pudu'tt illarum impudentis, utquum una multis fpeílantibus me amatorié estes adorsa palpa,ego contra, colaphum gravem ei impegerim : quem illa addubi-tans utram in partem acciperet , defixis oculis attenta respexitad me , aliquantisper observant aliquam met animi significa-tionem : ut autem rem seriam à me este vïdit, tum tlla voci-ferationibus <& ejulatibus implevit domum , omniumque risumimprudenstn fefe, stultorum odia in me con'citavìt (19). IIfe troqva fi fatigué de ces tentations, qu’il eut mille fois en-vie de s’en retourner chez son pere fans dire adieu à ses hô-tes, chez qui fa chasteté souffroit tant d’attaques; mais ilcraignit leur ressentiment, 8c les calomnies dont ils se pour-roient servir pour le décrier dans fa famille.
(G) Il succomba de telle sorte aux Sophismes d'un Libertin,qu’il se trouva pleinement Athée.] Par le conseil de Barthe-lemi Aneau, il, avoir lu Cicéron de Legibus , 8c en avoit faitdes Recueils. Dans ces entrefaites il reçut une visite d’unhomme, 8c il f entendit apuier fur tant de raisons ce que Ci-céron allégué qu’Epicure rejétroit la Providence, qu’il se laissapersuader cette impiété d’autant plus facilement qu’on enparloir tous les jours à table, 8c que tout le logis en retertis-foit (20). Memini , quum libros M. Tullii de legibus per illudtempus, auâlore er suasore Anulo (de quo ante dixi ) expende-rem, z? notas quasdam in eos animadverfionesque colligerem,ventre hom'tnem ad me, zsr illa Epicuri verba qus libro primoexstant (21), nihil curare Deum nec fui, nec al'teni, multisquam diligentìstirne confirmare : ad qus ego non ratione judi-cioque certe respondebam : sed astenfionem paulatim adhtbtns,sentiebam venenum serpent, quod imbiberam, confirmari inme : Kj cum auâloritate hominis , tum argutis diéíorum ejusprsceps eo deferebar, ut meus animus in ìfto malo hsrens occal-lesceret , totusque fieret ívato-h-y ,tóç (22).
(H) Les prémieres paroles qu’il rencontra dans le NouveauTestament le touchèrent.] La chose est fi édifiante, 8c si ca-pable de faire songer à f efficace de la parole de Dieu , qu’ilne faut rien retrancher de ce récit. Hic ergo novum illud tes-tamentum divinitus oblatum aperio: aliud agenti exhibet ftmihi aspeâlu primo augustiffìmum illud caput Joannis Evange-lists e!r Apostoli, In principio erat Verbum crc. Lego partemcapitis, ex ita commoveor legens, ut repente dìvinitatem ar-guments , ex firipti majefiatem autloritatemque fenfertm longointervallo omnibus eloquentis humans flumixibus prseuntem.Horrebat corpus, stupebat animus, ex totum illum diem fie af-ficitbar, ut qui estem, ipfe mihi incertus viderer este. Recorda-tus es mei, Domine Deus mi , pro imtnensa mtsericordia tua,ovemque perdìtam in gregem tuum receptsti. Ex eo tempore,quum in me Deus tam pttenter Spiritus fut virtute irrmstei> a ta
(i«) s*" 6La Cro>*du bíitoe,
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