LOYOLA.
si. bouche-les paroles de Virgile avoient la vertu de consterner les démons, & de les contrain-dre à crier merci (O). Vous trouverez dans Moreri que le Pape Paul V béatifia Ignace l’anl6op (/?), 8c que Grégoire XV le mit au Catalogue des Saints Pan 162.2.. Innocent X 8cClement IX ont augmenté les honneurs de ce nouveau Saint (P). Mais quelque chose qu’onfasse pour lui, il n’y aura rien de plus surprenant à dire sur son sujet, que la puissance prodi-gieuse que son Ordre s est aquisc en. si peu d’années, dans le vieux Monde 8c dans le nouveaumaigre les fortes oppositions'de ses Adversaires. Je ne pense pas que jamais aucune Commu-nauté
(ts) Riba-deneira,
Lt'br. V ,
Cap. XIII
des Jésuites, que leur Fondateur fût privé du don desmiracles. II faut l’entendre lui-même. Sec dixerim non uttmraculorum vim elevem ,fed ut prudent leêtor intelligat , remtotam Deo committendam : qui dona. sua unicuique difiribuit,prout nuit. Potuit ille , pro sua occulta sapientia , noftra hocimbecillitati dare, ne miracula unquam jaêlare pojfemut. Po-tuit utilitatï, ut authore instituti nostri minus illuflri, à J E-s ú potius, quam ab illo, nomen traberemm : c? nostra nosappellatìo sacra moneret, ne ab illo oculot unquam àimovere-tnus : quem non solum , ut communem humant generis libera-torem ac Prinúpem, fid etiam, Ut pr&cipuum Ducem colere',clique imitari debemus , minimam banc Societatem fui nomi-nis glorioso titulo decorantem. Potuit hoc etiam tribuere tem-poribut, quìbus bac miracula neceffaria non sunt (6$). Enfin,il dit (66), que la maniéré dont la Compagnie des Jésui-tes a été instituée, son agrandissement, & les miraclesÍ a í S42> 54s qui ont été faits par quelques-uns de ses membres, fontune assez forte preuve que c’est l'ouvrage de Dieu, &(66) Tantum fournissent assez de moìens de donner l’éclat des miraclesnbest ut ad à la vie de son Fondateur. C’est ainsi que les anciens Pe-nitam ignatii res Ont observé que la promte propagation de l’Evangilemìrau!**™ P ar toute l a terre, encore que les instrumens dont Dieudtegi vìdean- f e fervoit n'eussent rien de considérable selon le monde,tur,ut mul- & qu’ils trouvassent de fortes opositions, est un miracleta.eaaue si éclatant, qu’il suffiroit seul à prouver la Divinité duChristianisme. Les Protestans allèguent la même chose,quand on leur demande quels miracles Luther & Calvinont faits pour soutenir leur mission. Citons encore Ri-badeneira. Quid admirabiliut , dit-il (67), quam milita-rem homìnem, ferra cr castris asfuetum > d spiritu Dei alie-num , ita immutatum, ut non solum ipse Christo militaret ,sed sacra militia antefignanut effet, & princeps ? 6}uid inufi-mus,five pro - tatius, quam tot hommes ingénia, studio, atate florentes , abtonsecmah ’ Ignatio egeno ac despìcato, nulla magna -vel liter arum scien-
tx ea utiUta- t,a ’ setmìmis elegantia est copia, hue adduci potuiffe, ins-tes, miracula titutum ut vita curfium abrumperent, spes suas prodigerent ,certe nuiu paupertatis , dedecoris, atque ignominia fese telis objieerent, LA-‘mtssmmtam tot ^ orum , periculorumque offerrent incurfibus ? II a oubliémuita Us m une circonstance qui rend ici plus sensible à certainsrébus égards,le merveilleux; c’est qu’ìl a paru dans la vie de
tndZuT 1 ' ouTsef-fT 1 ' 8 - u" V0iage ’ Enserrât jusques à ceter qmDeus, Zf, , fut fixe a Rome, tant de marques d'égarement ,& hoc oput , tant de lignes d’un esprit démonté, insensé, ruiné parfuum este, ér 0 fanatisme, qu il est étonnant que des personnes d’unradias nant- savoir solide, comme Lainez & Salmeron , fe soient at-Trm,’ó X ofien- ^âez à lui, Lc que son Ordre air sitôt passé par dessusdit, ir frulíu. la tête de tous les autres. Mais en tournant la médailleibidem, de l’autre côté, on comprend que cela même diminueM- 5 43. le merveilleux; car rien n’est plus propre à tromper lef«7l n-i "tonde que tout ce qui paroit surnaturel en folie, en ex-travagance, & en sottise. Quoi qu’il en soit, nous avonsiet) cujus mi un fameux Jésuite contemporain (68), qui avoue
clairement que son Fondateur ne fit jamais de miracles
t l aml maiS 1 ne mourut P as dans la profession de cette foi : iímama puera c si an g ea sij en ,j e J an g a g e dan s un autre Livre (69). Ii'est
vrai que la plupart des miracles qu’il raporte furent faits
ta , ecujuepraftantijfí -tna , judicemin média luceverfari ....Ham Jivcinitia hujtisàocìetatisyJìve instìtu -tum fyefte-
par St. Ignace"dejà mort: Voici comme il parle (70)veropofiremo qmnti libri capite de miraculis breviteregi-mus quasi nulla seciffet , aut ad demonstrandam ejus sanìli-
fanttijfìntaip/ius vitaSPECTATORHtque admira -t or fui , pie-
Ttiorem ac ..... . - u 7> r "
vnajori rerum tatem necejjaria non ejjent , statut nunc ea faullo jujius expo-
stdéstribere nere, non omnia qutdem (res enim nimis in longum excurre -
fotero. Riba- r et\ .. . — - — ... no. . o
deneira,in Prafat.
(69) Dans^Abrégéde l a vie«e St. igna-«e,ç»’,v fu -élia lorsqtdon f ai fitdes Informa-tions p„ur faCanonisation.
Í7o) Riba-
«ieneira, ì n
ret ) sed partem duntaxat eorum qua Deus efficere per servumsmm dignatus est. Sjuamvis enim cum anno 1772 primurn■vitam ejus latine scriberem alia nonnulla miracula ab eo fac-ta noviffem, tamen adeo mihi certa & explorata non erantUt in vulgus edenda mihi persuaderem ; poftea vero qu&fiioni-bus de ejus in divos relatìone publice habìtìs gravïbus c 7 ido-neis teftibus fmrunt comprobata. Enimvero Deus ut servumfuum exfoliât in terris tam frequentibus eum in dies miracu-lés àignatur, ut ntearum partìum effe ducam litteris hic man-dare nonnulla e publicis attionibus sumta. Remarquez bienqu’il ne parle que de la prémiere Edition qui fut celle del’an 1571: il ne dit rien de la seconde qui-fut celle del’an 1587 , & qu'rl augmenta beaucoup. II y ajoûta plu-sieurs choses, ou qu’ìl avoir aprifes depuis par le témoi-VitaTgnatii «nage de quelques personnes de très-grand poids. Amisin com- intimes d*Ignace? ou dont uu examen fort févere.luipendiana avoit montr é la certitude, quoi qu’il les eût regardéesCapj xvni comme douteuses auparavant. Muita mihi neceffario ad-P a i- m ' denda judkavi. Primurn nova quidam , qua post libellumDtn. iprensis excusum , gravifftmi viri , C? Jgnatiovalde samiliares ,©*«»-te Societatem conditam intimì neceffarit , quafì testes oculatìde ipso Ignatio nobis retulerunt. ff um alfa, qua dubia anteamihi erant, cv diligenti postea inquisttìone investigata, certaeffe comperi (71). Concluons de là que les miracles deSaint Ignace ne font point des choses que ses Amis aientaprifes à Ribadeneira pendant sts quinze ans qui séparent
^ 7 t) Idem,ps^fatione
les deux Editions, ni que cet Auteur ait pu tirer de l’in-certitude dans cet' intervalle de tems. Et néanmoins ilnous assure qu’en l’année 1572 il savoir quelques mira-cles de son Fondateur, mais non pas avec toute la certi-tude nécessaire pour les publier. II n’y eut rien fansdoute parmi les choses dont il n’étoit pas alors parfaite-ment assûré, dont il recherchât plus soigneusement lacertitude que des miracles de son Apôtre : puis donc qu’ilcontinua de dire dans l’Edition de 1587, que le bien-heureux Ignace n’avoit point fait de miracles, il résultenécessairement que ses enquêtes les plus exactes ne luiavoient rien apris de certain fur ce chapitre ; car si elleslui avoient découvert quelque certitude, il auroit joint àfa seconde Edition ce grand Article avec plus d’empresse-ment, que les autres choses qu’il n’y ajoûta que parceque d’incertaines, elles lui étoient devenues certaines ,par la diligence exacte avec laquelle il s’en étoit informé.De plus, un Jésuite qui auroit su Fan 1572 , que son Fon-dateur a fait des miracles, & qui ne fe feroit abstenu deles inférer dans un Ouvrage public, que parce que seslumières là-dessus n’étoient pas telles qu’elles doivent êtrelors qu’on imprime des faits semblables, avoueroit-il queson Fondateur n’a fait nuls miracles? raisonneroit-il surcela avec tant d’étude? répondroit-il si exactement auxObjections? Son devoir fans doute feroit de se taire,jus-ques à ce qu’il fût parfaitement éclairé ; & il y a bien del’aparence que Ribadeneira eût pris ce parti; & que toutce qu’il a dit après coup est peu fìncere, & rempli d’o-bliquitez. N’oublions pas de dire que st quelque choseétoit capable d’être amenée à la pleine certitude durantFintervalle des deux Editions, c’étoient les miracles deLoyola, faits surprenans, qui s’impriment dans la mé-moire plus que tous les autres, & qui se répandent delieu en lieu avec plus de bruit que tous les autres. LesAmis intimes, les Compagnons inséparables d'Ignacen’auroient-ils rien dit là-dessus à Ribadeneira, eux qui luiaprirent tant d’autres choies dont il n’étoit pas informéFan ïj72, & qu’il ajoûta à son Livre Fan 1587? Celarend suspect, pour ne rien dire de pis, tout ce qu’onpublie des miracles que l’on prétend avoir été faits parIgnace, avant la seconde Edition de Ribadeneira. Lesautres miracles du même Saint font en très-grand nom-bre, st l’on en veut croire ses bons Amis. Volez lesdeux Remarques suivantes.
(O) O» prétend qu en fa bouche les paroles de Virgileavoient la vertu de consterner les démons Z? de les contrain-dre à crier merci. ] Le Conte porte qu’Ignace Loyolan’eut pas plutôt récité F endroit de Virgile où il est ditqu’Enée & Didon entrèrent dans une caverne, que lafemme possédée qui le pilori de la secourir fut renverséepar terre, Sc que le Diable la quitta, & demanda pourgrâce de n’être point enfermé dans la caverne éternelle.II obtint la permission d’aller par tout où il lui plairoit,pourvu qu’il n’obsédât plus aucun homme. Hasenmullerusenim in Hictor. Jesuit. cap. 8. pag. 296 ex Turriano rester t,quod aliquando Roma fœmina quadam à Diabolo obfeffa Ig-natium Lojolam secuta fit, cr clamarit : Tu solus me liber areV juvare potes. Tune Lojolam recitajfe versum Virgilu - Spe-luncam Dido, Dux Lé Trojanus eandem. §ua voce au-dit a Damonem mulierem prostraviffe ac egredientem clamaffe :O fili Lojola , tu ceu Léo me ad speluncatn inferni abire cogis ,sed rogo te, ne me aterna spelunca injieias. Postea Ignctìiumilli dixiffe: Vade quoeunque voluerts, modo nullum ampliushominem obfideas ; ac statim Damonimn magno cum ftrepitugreffum effe (72).
(P) Innocent-X cv Clement IX ont augmenté les honneursde ce nouveau Saint.] Je me servirai des paroles du PereNathanael Sotuel. Eundem (Ignatium) Officio Ecclefiasticoubique terrarum coli jujjìt Innocenttus X. P. M. sub ritu semi-duplice die 29 Oêlobris anno 1644. Auxit cultum ClemensIX. P. M. c 1 ad ritum duplicem evexit die n Oêlobris i66q(73). Cet Auteur ajoûte que l’on a déjà consacré à SaintIgnace plus de cinquante Eglises en divers pais du mon-de (74), & que les .miracles faits par ce Saint pendantfa vie & après fa mort, font fi nombreux & fi illustres,qu’ils peuvent remplir tout un ^ivre ; car outre ceuxdont il est parlé dans fa Vie, Sc dans la Bulle de fa Ca-nonisation, le Pere Bartoli en raporte cent bien certifiez.Alphonse de Andrada en raporte plusieurs autres, quiont été faits à Munebrega dans 1 Aragon, où l’on venereune image miraculeuse de St. Ignace (7 5). Tout fraîche-ment une image de papier du memeSaint a jette du sangpar le doigt dans une ville de Sicile. On volt là-dessusun Livre qui fe imprime à Païenne Fan r 668. His con-similia narrantur contigtffe m Sictlia Regalbuti Diœcefi Ca-tanenfis, ubi Imago papyracea S. Ignatii anno Dom. 1 666 edigito fifdit prodigto/e Janguinm , w bu omnia examimta
accu -
(b) Et noHpris fan 1605 icomme f assit-re Sotuel,Biblioth.Societ. Je-su s pag. a.
(72) Joan-nes Chris-tianus
Frommann*de Fascinât,.Ubf. IllyParte IX>
Cap . IV ynum. 15,pag. m. 949*
( 73 ) Sotuel ,in Biblioth*Societ. Je-ÍU , pag . z.
(74) cAm-plìus (juin-cjuagìnta tem-pla in variìsorbis regioni-bfis modo nn-merantur inilli m honoremdedìcata .Idem, ibid.
Ct Livre deSotuel futimprimé faaI6 7 S-,
(75) Hffertetntum ex .autbenticîsdefumpta do -. cumentis nos-ter Daniel >Bartolus deVita S. IgnatiiLibr . V, A»permtflra re-cenfet nofitr'-dIpbonfus dc'Andrada i
opéré de mi-raculis patra-tis Munebregain eAragonìa,ubi pie coliturImago admi-rabllis SaníHIgnatii.
Idem, ibid.