L O R R A ï N E;
(e) Dans Us%emarquesde b Artide
Guisê
(François).
S-e'fee'-Xion furks Guerresconseilléespat desGens d’E-gUíe.
(ks) Bran-tôme, Da-mes Galan-tes ,Tom.lI,t a l- *8.
fr c) I.'a-rA-
87.
(n) Bran-tôme , IÀ-mìrne ,pag.Zâ-z.
Passage de Brantôme c|ui mérite d’êfre lu ( G ). On en citera un autre qui témoigne'la vanitéde ce Cardinal, c’est-à-dire la fierté avec laquelle il parla à la Duchesse de Savoie, en la bai*sant par force (H)- Remarquez bien que c’étoit un baiser de cérémonie. II aimoit assez les au-tres baisers (/), comme Brantôme nous l’aprendra. J’ai parlé ailleurs ( e ) de fa haine contrela Religion Protestante, & des Ecrits satiriques à quoi il fut exposé pour cette raison. J’au-rois pu marquer qu’il fut comparé à Seneque dans l’une de ces Satires (K). On se moqua unpeu de lui lors qu’il reçut dans Paris un affront sanglant du Maréchal de Mommorenci (L). II
mourut
est un morceau de la Comédie que les gens du mondejouent. Par lès gens du monde j’entens aussi bienplufieursPrinces de l’Eglise, que les Laïques les plus attachez à laterre. Laissons parler Brantôme, il nous aprendra que leCardinal de Lorraine n’étoit pas moins libéral en matièrede charité, qu’en matière de galanterie. ^Très-liberal,dit-il (22), puis je l’apeller, puis qu’il n eût son pareil enson temps : ses despenses, ses dons, ses gracieufetez. en ont fait ,foy, L7 sur tout sa charité envers les pauvres. Il portoit or-dinairement une grande gibeciere, que son valet de chambre,qui luy manioit son argent des menus plaisirs , ne failloit d’em-plir tous les matins de trois ou quatre cents efeus : V tant depauvres qu’il rencontroit, il mettait la main à la gibeciere, zsrce qu il.en tirait fans considération, le donnoît, fans y rientrier. Ce fut de luy que dit un pauvre aveugle, ainfi qu ilpaffbit dans Rome zsr que ï aumône luy fut demandée de luy ,il jetta à son accoutumée une grande poignée d'or,& s’escrianttout haut, O tu sei Christo, ò veramente el Cardinal di Lor-tcnna : c’est-à-dire , ou tu es Christ , ou le Cardinal de Lorraine.S’il étoit aumônier zsr charitable en cela, il estait bien autant li-béral és autres personnes, zsr principalement à l’endroit desDames lesquelles il attrapât aisément par ces appas .- car l’ar-gent ri estoit en fi grande abondance de ce temps, comme il estaujourd'huy : zsr pour ce en estaient elles plus friandes , zsr desbombances aujfi zsr parures, f ay ouy conter, que quand ilarrivoit à la Cour quelque fille ou Dame nouvelle, qui fustbelle , il la vernit aujfi-tost accoster, e? l’arraisonnant, il luydisoit qu il la vouloit dresser de sa main : quel dresseur ! Jecroi que la peine n’y estoit pas fi grande, comme à dresser quel-que poulain sauvage : aujfi pour lors disoit-on qu il n y avoitgueres de Dames ou filles refidentes à la Cour, ou fraifehe-ment venues, qui ne fujfent desbauchêes ou attrapées par lalargesse dudit Monsieur le Cardinal ; zsr peu ou nulles font el-les sorties de cette Cour femmes zsr filles de bien. Aufstvoyoit-on pour lors leurs coffres zsr grandes garderobbes pluspleines de robbes , de cottes, L 7 d'or ZST d'argent, L? de foye,que ne font aujourd'huy celles de nos Reynes , ct *grandes Prin-cesses de ce temps. J’en ay fait l'expérience pour l’avoir veuen deux ou trois, qui avoient gagné tout cela par leur devant:car leurs pères, meres e? marys ne leur euffent pu donner enfi grande quantité.
Le même Brantôme assûre (23) que 1 a fille bâtarde dece Cardinal, nommée Arne («), suivit en Espagne laPrincesse Elizabeth fille de Henri II 8í femme de Philip-pe II, 8c qu’on lui fit épouser Besme P assassin de l’Ami-ral.
§. («) Ne seroit-ce point Anne, 8c ne seroit-ce point unefaute d’impreffion du Brantôme, Livre qui en est bail-leurs tout plein ? R e m. C b. 1 t.
(K) Il fut comparé à Seneque dans une . . . Satire.] Onne s’en étonnera pas, quand on saura que l'Auteur de ceparallèle prenoit ce Philosophe pour un méchant homme.Servons-nous des paroles de Montagne : elles font dignesde ion bon goût. Partny une militasse de petits livrets y dit-d (24), que ceux de la Religion prétendu» reformée font cou-rir pour la defenfe de leur cause, qui partent par fois de bon-ne main, zsr qu il est grand dommage n'estre occupée à meil-leur sujet , j'en ay veu autrefois un , qui pour alonger zsr rem-plir la similitude qu il veut trouver, du gouvernement de nos-tre pauvre feu Roy Charles IX avec celuy de Néron, appariefeu Monsieur le Cardinal de Lorraine avec Seneque : leurs for-tunes d'avoir esté tous deux les premiers au gouvernement deleurs Princes, zsr quantz? quant leurs mœurs, leurs conditions,e/ leurs déportemens. En quoy à mon opinion il fait bien deVhonneur audit Seigneur Cardinal; car encore que je fois deceux qui estiment autant son esprit, son éloquence, son zeleenvers fa Religion , le service de son Roy, zsr sa bonne fortune,d’efire náy en un fieclé ou il fust fi nouveau & fi rare, z?quant zsr quant fi neceffaire pour le bien publique, d'avoir unpersonnage Ecclésiastique de telle noblesse z? dignité, suffisantzsr capable de sa charge: fi est-ce qu à confesser la vérité, jen’estime sa capacité de beaucoup prés telle, ny fa vertu fi net-te zr entiere , ny fi ferme que celle de Seneque. Or ce Livrede quoy je parle , pour venir à sots but, fait une descriptionde Seneque très-injurieuse, ayant emprunte ces reproches deDion l’Historien, duquel je ne crois nullement le témoignage.
(L) Il reçut un affront sanglant du Maréchal de Mommo-renci.] Quoi que Charles IX eût défendu le port d’ar-mes, le Cardinal de Lorraine ne laissa pas de s’aprocherde Paris avec une troupe de gens aimez, 8c de prétendred’entrer dans la ville avec cette escoite. Il avoit une per-mission scellée du grand seau, d'avoir des gardes qui fussentarmez (25). Le Maréchal de Mommorenci Gouverneurde Paris le savoit bien; mais il vouloit que le Cardinal luienvoyât faire compliment fur cela, 8c il lui envoya comman-der par un Prévôt des Maréchaux de faire poser les armes àses gens , Le Cardinal né laiffd pas de paffer mitre. Le Ma-réchal
(G) On citera un Passage de Brantôme , fur la Guerre d’I-
talie: il mérite d'être lu.] „ Tant y a que telles deux fau-„ tes font arrivées par telles gens, qui veulent manier„ les armes, 8c n’en fçavent le métier. Et c’est pourquoi„ ce grand Duc de Guise, après qu’il fut grandement„ trompé en son voyage d’ítalìe,il disoit souvent,j’aime„ bien l’Eglise de Dieu; mais je ne feray jamais entre-„ prise de conquestes fur la parole & fur la foy d’unPres-„ tre. Voulant par là taxer le Pape Garasse, dit Paul,, quatrième, qui ne lui avoit tenu ce qu’il avoit promis„ par de grandes 8c folemnifées paroles ; ou bien Mr. le„ Cardinal son frété, qui en estoit allé prendre langue,„ & sonder le gué jusqu’à Rome, 8c puis tout legere-,, ment avoit poussé Mr. son frété à cela. II fe peut en-„ tendre que mon dit Seigneur de Guise l’entendoit 8c„ de l’un 8c de l’autre ; car comme j’ay ouy dire, qu’ainfî„ mon dit Seigneur repetoit souvent telles paroles devant„ Monfr. le Cardinal, lequel pensant que ce fust une„ pierre tirée dans son jardin, il en enrageoit, 8c fe fas-„ choir fort fous bride (19) ".Les deux fautes, dont Bran-tôme parle, font celle de Louis Roi de Hongrie, 8c cel-le de Don Sebastien Roi de Portugal. Louis mourut enune bataille qu’il don/ta contre les Turcs, non tant pour raison,que par la persuasion ZST opiniâtreté d.'un Cardinal, qui legouvernoìt fort, luy alléguant qu’il ne se faloit mesfier de lapuiffance de Dieu, ny de fa juste cause ; que quand il nauroit,que par maniéré de dire, dix mille Hongres , estant st bonsChreftiens , e? 1 combattans pour la querelle de Dieu , il defai-roit cent mille Turcs : zsr le pouffa zsr le précipita tellement àte point, qu il perdit la bataille; & fe voulant retirer tombadans un marais , oìt il fe suffoqua. De mesme arriva au Roydernier de Portugal , Sébastian , lequel se perdit misérablement ,quand estant par trop foible de force , il se bazarda à donnerla bataille contre les Mores , qui estoient trois fois plus forts queluy ; z? ce fur la persuaston , les preschemens zsr les opiniaftre-tez d,'aucuns Jésuites , qui luy mettoient en avant les puis-sances de Dieu, qui de son seul regard- pouvoit foudroyer toutle monde, mesme quand il se banderoit contre luy; commecertes c est Une maxime tr'es-veritable. Mais pourtant il ne lefaut tenter, ny abuser de sa grandeur; car il a des secrets quenous ne savons pas. Aucuns ont dit que les dits Jésuites lefaisoient, zsr disoient en bonne intention, comme il se peutcroire; autres , qu ils avoient esté apoftez zsr gagnez, du Royd’Espagne, pour faire ainfi perdre ce jeune zsr courageux Roy,& tout plein de feu; qfin qu après il pût plus aisément empié-ter ce qu il a empiété depuis (20). Pour un Lecteur qui meblâmera d’avoir alongé cette Remarque par le récit deces deux faits, il y en aura plus de cent qui m’en remer-cieront dans leur cœur. C’est pour faire plaisir à de tel-les gens, que je donne quelquefois plus d’étendue à mesKemarques que le Texte ne le demande. Ils éprouventavec plaisir qu en chemin faisant ils rencontrent plus dechoses qu ils n en cherchoient. ^
(H) La fierté avec laquelle il parla à la Duchesse de Savoie,en la baisant par forces] 11 portoit de son naturel (21) beau-coup de respect aux Dames. „ Mais il l’oublia 8t non„ fans suject à l’endroit de Madame la Duchesse de Sa-„ voye, Donne Béatrix de Portugal. Luy, passant une„ fois par le Piedmont, allant à Rome pour le service„ du Roy son Maistre , visita le Duc 8c la Duchesse;„ après avoir assez entretenu Monsieur le Duc, il s’en„ alla trouver Madame la Duchesse en fa chambre pour„ la saluer, 8t Rapprochant d'elle, elle, qui étoit la mê-,, me arrogance du monde, luy prefenta la main pour„ la baiser: Monsieur le Cardinal impatient de cet affront„ Rapprocha pour la baiser à la bouche, 8c elle de se re-„ culer; luy perdant patience, 8c Rapprochant de plus„ prés encor d’elle, la prend par la teste, 8c cn dépit„ d’elle la baisa deux ou trois fois, & quoy qu’elle en„ fist les cris 8c exclamations à la Portugaise 8c Espagno-„ le, si falut-il quelle passast par là. Comment, dit-il,„ est-ce à moy à qui il faut user de cette mine 8c façon?„ Je baise bien la Reine ma Maîtresse, qui est la plus„ grande Reyne du monde: 8c vous, je ne vous baife-,, rois pas, qui n’êtes qu’une petite Duchesse crottée?„ 8e si veux que vous fçachiez, que j’ay couché avec„ des Dames aussi belles, 8c d’aussi ou plus grande Mai-„ son que vous. Possible pouvoit-il dire vrai. Cette Prin-„ cesse eut tort de tenir cette grandeur à l’endroit d’un„ tel Prince de si grande Maison, 8c mesme Cardinal,». veu ce grand rang d’Eglise qu’il tient, qui ne s’accom-». pare qu aux plus grands Princes de la Chrestienté. Mr.»» le Cardinal aussi eut tort d’ufer de revenche si dure :’» mais il est bien fâcheux à un noble 8c genereux" c * ur > de quelque profession qu’il soit, d’endurer un„ affront”.
Í. 2 ) il aimoit affez, les autres baisers.] Ce que l’on va lire
( 22 ) Là-ml*me , pag» Z6îc/
(23) Branto*me , au Dis-cours furR Amiral deColligni, àla page 174du III Tome*des Kénjoî-,
res*
( 24 ) Monta*
gne, Essais jLivr. Jl } Chap^XXXII,
pag. m . 702 ^70Z.
(2 5 ) Meze-^rai » Abrège.Chrono-log. Tom, V 9p-ig. 86.