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Tome troisieme. K - P.
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M A C R O N.

2sl

MACRON (Naîvius Sertorius) s’aquit une grande autorité fous l’Empire deTibere. II fut l’un des principaux.inítrumens de la ruine de Sejan, & son successeur à la char-ge de Capitaine des gardes (a). II le furpassoit en finesse, 6c principalement lors qu’il s’agis-soit de faire périr un ennemi (A). II refusa les honneurs qui lui furent décernez par le Sénataprès la mort de Sejan {b), 6c je pense que la politique eut plus de part à ce refus que la mo-destie. II se chargea d’une commission odieuse dans l’instruétion des Procès que les délateursfaisoient aux gens; car il présidoit à la question qui étoit donnée pour découvrir les coupables,6c pour avoir des témoignages. On envoioit ensuite au Sénat les preuves qu’il avoit recueilliespar cette voie, 6c l’Accufation des délateurs, desorte qu'on ne laissoit à la Compagnie que le foinde prononcer la sentence (r). II y eut des tems où aucun des accusez ne fut absous, 6c quel-ques-uns même furent condamnez fans que l’on fût par les Lettres de Tibere, 6c par les Cer-tificats de Macron, touchant les dépositions des torturez,en quoi consistoit le crime: on ne fui-voit point d’autre réglé que ce qui sembloit conforme aux désirs de TEmpereur 6c de son Capi-taine des gardes (d). Chacun voit que Macron avec une telle conduite avoit besoin de la viede Tibere; car il avoit tout à craindre sous un changement de Gouvernement. II sentit bien ce-la; 6c de là vint qu’aussitôt qu’il eut réfléchi sur l’âge 6c sur les infirmitez de cet Empereur,il travailla à gagner les bonnes grâces de celui qui succéderait à l’Empire. II fit fa cour à Ca-ligula; 8c pour mieux s’insinuer dans fa faveur, il se servit des cajoleries de fa femme Ennia (B).II faisoit ensorte qu’elle lui donnât de l’amour, 8c l’assûrât de l’Empire pourvu que ce jeune

Prince

(A) il surpassait Sejan en finesse , & principalement lorsqu il s’agijsoit de faire périr un ennemi. J La haine de Ma-cron étoit bien terrible. Mamercus Scaurus en fit une tristeexpérience. C’étoit un homme de mauvaise vie, mais il-lustre par fa naissance > 8c grand Orateur. II fut entrepris

les femmes qui ressemblent à Donna Hyppolite â’ArragonBaronne d’Alby (io), font celles qui s’engagent le plus fré-quemment à une Conspiration. N’oublions pas qu’Albu-cilla fe voulut tuer; mais elle n’eut pas la force de fe don-ner un bon coup. Albucilla inrìto i£lu a femet vulnerata,

par Macron fous prétexte qu’il avoitfait une Tragédie dont jujsu Sénatus in carcerem fertur (uj. Tacite,qui nous aprend

—i- t t -que le Sénat la fit porter en prison, s’arrêtelà, & ne dit

point ce qu’elle devint.. II observe que presque toutes lespreuves , qui furent envolées contre les trois accusez,étoient des supoíìtions de Macron. C’est qu’on le conois-foit pour rennemì déclaré d’Arruntius. Sed testium ìnterro-gationi, tormentìs servorum Macronem prssedife , commentarii

quelques Vers pouvoient concerner la conduite de Tibere.D’autres l’accuférent de magie, & d’adultere. II prévintfa condamnation en fe tuant, & il fut animé à cela parson épouse qui se tua elle aussi. Lisez ces paroles de Ta-cite. Mamercus dein Scaurus rurfitm poftulatur , ìnfignisnobilitate c v orandis cauffis , vit à probrofus, nihil hune amicitia

Seianì, sed labefecit haut minus validum ad exitia Macronis ad senatum mijfi ferebant : nullaque in eos lmperatoris iittera,odium, qui easdem artes occultius exercebat : detuleratque ar- suspìcionem dabant, invalidons: fortaffe ignare, fiòla pleraquegumentum tragœdia à Scauro scripts., additis verfibus qui in ob inimicitias Macronis notas in Arruntium (il). II est allezTiberium fleâlerentur. Verum ab Servìlìo Cornelio accusato-

(>) Tacit.Annal.

Lìbr. VI,

Ca P- XXIX,

ad ann. 787,

I 2 *) l'vx TU'JTo3 JcpacToCv.Toç àpou-Mxe Cpéff.

\Jt jhAiiliamimperaotisf‘rree, Dio,L'tr. L.VIII,P a g. m. 730.

(0 Ex Dio-, ibidem,

f4) Tacit.Annal.

Dbr. VI,Cap. XLVII.

ribus, adulterium Livis, magorum sacra objeffabantur. Scaurus,ut dignum veteribus JEmiliis, damnationem anteif, hortanteSextiâ uxore: qu s ìncitamentum mortes, esr particeps fuit (i).Dion fournit des circonstances qui éclaircissent ce qui con-cerne la Tragédie dont l’Empereur fe facha. Elle avoitpour titre Atrée, Sc contenoit des paroles d’Euripide quiconseilloient à un sujet de suporter la folie de son Roi (z).Tibere s’imagina que cette Piece de Théâtre avoit été

ob inimicitias Macronis notas in Arruntium (iz).probable que Macron fe comporta très-injustement dans.cette a faire : mais il n’eût pas pu éviter, non pas même parl’obfervation exacte des procédures juridiques, que l’on nele soupçonnât d’avoir «primé des innocens; car lors qu’unMonarque, ou ses Favoris, ou ses Ministres, font haïs dupeuple, on ne veut presque jamais croire que ceux qu’ilspunissent soient coupables. C'est ce qu’on a vu en Francefous le Ministère du Cardinal de Richelieu (13).

(B j Il se servit des cajoleries de fa femme Ennia. j

C’est

faite contre lui,& qu’à cause des meurtres qu’il avoit com- l'opinion de Tacite: Supremi Tiberio Consules- , Cn. Acer-mis, on le défígnoit fous le nom d’Atrée. Je ferai de l’Au- ronitts, C, Pontius magistratum occepere, nimiâjam potentiâteur un Ajax, dit-il. La menace fut suivie de l’effet: mais Macronis: qui grattant C. Cafaris numquam fibì negleflam,ìeu de fe servir de ce prétexte, il accusa Scaurus d’avoir acrïìts in dìes fovebat. impuleratque pofi mortem Claudia, quam

couché avec Liville (3)

Ajoûtons un autre exemple de la force de l’inimitié deMacron. 11 votât du mal a Lucius Arruntius, 8c le volantenvelopé dans un Procès de Crime d’Etat il fe prévalut del’occasion, il présida à l’examen des témoins ,8c à la ques-tion des esclaves (4), 8c il fit tellement conoître que leseffets de son animosité ne pourroient pas être éludez, que

nuptam ei rettuli, uxorem fitam Enniam ìmmìttendo, amorejuvernm inlicere, paSioque matrìmomi vincire, nihil abnuen-tem dum dominationis apifeeretur (14). Mais Suetone narrele fait autrement. II veut que Caligula ait fait toutes lesavances auprès de la femme de Macron, Sc l’ait engagéepar une promesse de mariage à lui procurer les bons offi-ces de son mari. %uam (spem succeflionis) quo magis con-

accusé fe fit mourir sans attendre que la cause fut jugée, firmaret, amiffa Junia expartu, Enniam EUvìam (r y) Ma-li est bon de voir nu’il x _ • i 9 ■ . . • J ■ .. ^.? V.v„:.A

so Idem,

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sei1 l/. rp ,°", d ^ y° lr c< : M'il répondit à ceux qui lui con-feillerent de chicaner le terrain. J’ai assez vécu, leur dit-u, CC je naurois rien de bon a me promettre d’ une pluslongue vie, les tems feroient encore plus malheureux fousle Successeur de Tibere; tout est à craindre fous Caligulagouverné par Macron. Tacite représente cela plus au long& plus noblement; mettons donc ici ses paroles: elles fer-vent à faire conoître celui qui est le sujet de cet Article.Arruntius cunSlationem moras suadentibus amìùs : Noneadem omnibus décora, respondit ; fibi satis setatis : nequedliud. pœnitendum, quàm quòd inter ludibrìa 8c perìcuîaanxiam senectam toleravisset, diu Seiano, nunc Macroni,

cronis uxorem, qui tum prœtorianis cohortibus praerat , folicita-vit ad ftuprum, pollicitus & matrimonium fuum , ft potìtusImperio fuiffet : de qu t ea re £? jure jurandes CV chirographo ca-vit. Per hanc infinuatus Macroni, veneno Tiberium aggrejsus

est (i 6 ). Dion a mieux aimé se conformer à la narrationde Tacite, qu’à celle de Suetone; car il a dit que Cali-gula fut attiré par lc mari même à faire l’amour à la fem-me (17). Tournez vous de quelque côté qu’il vous plaira,vous rencontrerez par tout de la probabilité. On ne cho-quera point la vraisemblance en disant que Macron, plusambitieux que jaloux, porta fa femme à mettre Caliguladans ses filets, 8c à ne lui rien refuser de tout ce qui seroit

semper alicui potentium invisus; non culpâ, sed ut fiagi- propre à captiver un jeune Prince impudique. Si Macrontiorum impatiens. Sanè paucos 8c supremos Principis dies avoit fait cela, il àuroit pris un parti qui n’est rien moins

poste viíari; quemadmodum evasurum imminentis juven-tain? An cùm Tiberius p ost tantam rerum experientiam,vi dominationis convulsus 8c mutatus fit: C. Casíàrem vixfinira pueritiâ, ignarum omnium, aut pefïìmis innutritum,tneliora capelîiturum, Macrone duce? qui ut deterior adopprimendum Seianum dilectus, plura per scelera Remp.conflictavisset. Prospectare jam se acrius servitium, coquefugere simul acta 8c instantia. Hsc vatis in modum diblitans.

qu’une rareté parmi les courtisans, 8c en général parmiceux qui veulent faire fortune. L’une de leurs Maximesest celle que Tiresiasldonnoit à Ulysse: Scortator erit, cavete roget. Vltro Peneîopen facìlis potiori trade (18). Au-jourd’hui l’on ne seroit pas semblant de dormir (19); maisl’on passeroit dans une autre chambre, fi 1 on voioit sonMecene disposé à caresser. On se rendroit plus commodeque ce Galba qui àonnoit à souper à Mecenas Favori d’Au-

venas resolvit (y). Notez qu’Arruntius, 8c deux autres (6) guste, an voyant qu il commenpoit a escrimer des yeux or defurent accusez comme complices de la Conjuration d’AI- petits regards amoureux avec fa femme ,il laissa tout doucementuucilla, femme qui n’étoit pas moins décriée pour ses im- aller sa teste sur le couffin, comme faisant semblant de dor-Pudicitez (7 ), que l’étoient il y a quarante ans les héroï- mir (zo). Suposez d’un autre côte que Caligula se défiantttes de Buílì (8). Je croi que l’Accusation fut fondée fur des intentions de Tibere, 8c ne volant rien encore de sûroe qug ces trois Romains étoient reconus pour des galans pour lui à l’égard de la succession impériale, tâcha de cor-d Albucilla (ç), on concluoit aparemment qu’ils avoìent rompre la femme de Macron, 8c s imagina que s il la met-fu fa Conspiration, puis qu’ils avoient avec elle un mau- toit dans ses intérêts.par une promesse sécrété de mariage,

elle en°ageroit son mari à le servir, vous fupoferez unechose très-probable. Une pareille conduite a été tenue cent8c cent fois. Suposons enfin quEnnie, persuadée que Ca-ligula succederoit à Tibere, tâcha de lui donner de l’amourà l’insu de ion mari, 8c n’épargna rien pour fomenter l’es-

Vais commerce de galanterie. Ordinairement parlant cettettianiere de raisonner est assez juste; & si l’on ne voit gue-re de femmes dans des Procès de Crime d’Etat, fans qu’el-le , s , aient des Galanteries, on n’en voit guere non plus quin aient communiqué leur complot à leurs galans. La liai-

son de ces choses est un fait dont on devine facilement les pérance d être un jour Impératrice, nous trouverons en-l’ on voit aussi fans beaucoup dc peine pourquoi L z ' core

o M. III, (zo) îltìt, in Amatuiiû, pAg, 755, 7S0, Version li’Amiot.

(a) DîO 9Ubr. LVUUpag. ìn. 718 .

(b) Id:m

ibidtm j pag,722.

(f) Idem,

ibidem 5 par n

727.

(d) Idem,ibidem, oag„730.

(ro) Voicz,

dans le \c-cueil de di-verses Piéeescurieusespur servir àC Histoire ,la Conjura-tion de cetteDarne fur laville deBar-celonne en,faveur duRoy Ca-tholique enl'an 1645,1646, 1647 »& 1648 ,

43 &

suìv. Edit.de Hollande1664.

su) Tacit.Annal.

Libro VI yCapiçc

x L VIII.

fn) Idem,ibidem, Cap .XLVII.

(13) Vçi'ezci-defstís la%emarq. (F)de L 9 yArticlede L O V'i SXIII.

(14) Tacit.

Libr, VI,Cap. X L V yad ann. 790.

f. 1 s) n feu»

ure s comme. Cílfanboiil a fort bienconjtthtré,N-wii Ma-cronis.

(t S) Sueton.

in Caiig.

Cap. z//,

Cl7) E’íépura «utÒv6CCUT0ÛyVVZtKÒçE YVictG®pcetrúzztft

^POuTTÍfKTO.

Eum in

amorem uxo -ris sua En-nia Thra -s)Ua pellexe-rat. Dio ,Mbr. LVuitti fine.

ÛUHorat.Satira V

Ltbrì [IyVers. 75.

(xí>) DoUutfpeitare Ueu-tt-ar D'oclutérad caliccmvì-gilanti serreranaja. Juven.Sat. I>

Vers 56.