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Tome troisieme. K - P.
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MAHOMET.

vénération ( D D), 6e quoi ils donnent des témoignages bien particuliers. Ils font- des pèleri-nages fort dévots à la ville de fa naissance, & à celle ou est son tombeau. II n’est pas vrai que

dans plusieurs endroits de son Alcoran, & l a Guerre qu illeur fit fut très-sanglante, 8c très-funeste pour eux (167).Les Turcs suivent admirablement en cela le geme de leurProphète; car ils ont plus d'aversion pour les Juifs, quepour aucun Peuple du Monde , 8t ils ne fouirent pointqu un Juif qui s’est fait Mahométan soit enterre dans leurscimétieres (168). Mais ce qu'on débite, qu ils ne veulentpas qu’un Juif, qui désire embrasser le Mahométifme, passetout d’un coup à la profession de foi, & avant que de sefaire Chrétien, est faux (169).

(DD) Les Mahométans ont tour Mahomet une trìs-grandevénérations J’en pourvois marquer un grand nombre decirconstances; mais je me contenterai de quelques-unes.Le Grand Seigneur (17°) envoie tous les ans en Arabiecinq cens fcquins, un Alcoran couvert dor , porte fur un cha-meau , esc autant d’étoffe noire qu’il en faut pour servir detente à la Mosquée de la Meque. Lors qu on met cette nouvellecouverture, on ôte celle de l'année precedente; les Pèlerins lamettent auffi-toft en pieces, zy chacun en emporte ce qu’il peut ,qui plus , qui moins. Ils gardent chacun ce lambeau chez. euxcomme une Relique , zy comme une marque de leur Pèlerina-ge . &uand le chameau qui a porté V Alcoran eft de re-

tour , on le pare de fleurs zy d’autres ornemens ; <y aprés avoirfait ce saint voyage , il efi exempt tout le refle de sa vie detoute sorte de travail zy de service (171). Les T ures (172.)ont beaucoup de vénération pour le chameau ; Et ils met-tent au nombre des plus grands pechez. de lui donner trop decharge , zy de le faire travailler plus qu un cheval. La raisonde cela est qúe cette beste est fort commune dans les lieux saintsde VArabie , zy quelle a l’honneur de porter l’Alcoran , lorsqu on fait le pèlerinage de la Meque. J ay remarque que ceuxqui ont le foin de cet animal prennent de l écume qui luy fortde la bouche , âpres ! avoir fait boire dans un baffin , zy s enfrottent la barbe avec beaucoup de dévotion, comme fi c étoitquelque baume de grand prix , ce qu ils font, en répétant quan-tité de fois d’un ton religieux, Iiadgi Baba, HadgiBaba,c’efi à dire, 0 Pere Pelerin, ô Pere Pelerin! Voici un Passageque je tire de la Mothe le Vayer (173) : „Par tout où s’é-,, tend la fausse Religion de Mahomet, ceux de fa lignée„ qu on nomme Chétifs (*), y font en telle vénération,„ qu’autres queux n’oferoient porterie T urban verd (174),,, qu’ils font mefme irréprochables en Justice. Et com-„ ment les Turcs & les autres Musulmans ne refpecte-„ roient-ils pas les defeendans de cet Imposteur, puis qu’ils,, estiment tellement jusques aux chevaux issus de la ca-,, valle qui le portoit, qu’on n’oferoit les battre, ni les„ mal-traitter, comme nous rapprenons de la Relation du„ Sieur de Breves " ? Plusieurs pèlerins après avoir vu lesépulcre de Mahomet se crevent les yeux, comme 11 toutle reste du monde étoit devenu indigne de leurs regards,depuis la vue d’un tel objet. J’ai lu cela dans Brantôme;on fera bien aise de savoir à quel propos il en parle. Lejour venu, dit-il (173), que les Ambassadeurs de Polo-ge ( 176) firent la révérence à la Reine de Navarre , elleleur parut fi belle zy fi superbement zy richement parée zy ac-couftrée , avec st grande Majesté zy grâce, que tous demeurè-rent perdus d'une telle beauté-, zy entre autres il y eut de Laf-qui, ïun des principaux de V Ambastade, à qui je vis dire ense retirant, perdu d’une telle beauté : non je ne veux rien plusvoir aprés telle beauté, volontiers je ferois comme font aucunsTurcs Pèlerins de la Mecque, où est la Sépulture de leur ProphèteMahomet, qui demeurent fi aises, fit efperdus, fi ravis, zytransts, d'avoir veu fi belle zy ji superbe Mosquée, quils neveulent rien plus voir aprés, zy se font bruster les yeux par desbassins d’airain ardent, qu’ils en perdent la veue, tant subtille-lllustres, au ment le sçavent-ils faire, disant qu aprés cela rien ne se peutDiseurs de voir de plus beau, ny ne veulent plus rien voir aprés, ainsi di-la\eme^ ce p 0 [ ono \ s í j e l a beauté admirable de cette Princesse. Comme

l’autorité de Brantôme ne fuffiroit pas, je citerai deux Ma-ronites qui ont dit (177): Aine fafíum est ut multi hujusloú defiderio patriam confanguineosque reliquerintpleriqueetiam tali insania dementiaque capti fuerint, ut stbisponte ocu-los eruerint, ne fcilicet quicquam mundanum, ut inquiunt ,

_ vidèrent : réliquum vita curriculum ibi peregerint. Cela me fait

frere de char- souvenir d’une pensée de Monsr. Ogier : il emploia pourles ix. composer l’Oraison funebre de Philippe IV Roi d’Espa-gne (178) tout ce que l’exercice zy l'étude de plusieurs annéespouvoient lui avoir aquis de science dans l art de bien dire, & ilse résolut âpres cet ouvrage de ne se plus mêler d’éloquence zy

de suivre l'exemple . d’un Seigneur des Pdis-Bas, qui

aprés avoir régalé Charles-Quint dans une des ses maisons , lafit voler le lendemain en l’air avec de la poudre à canon, nejugeant pas qu aucun homme fufi digne d y eftre receu aprés cetincomparable Prince (179). Je n’ai pas encore raporté tousles honneurs qu’on rend aux bêtes pour l’amour de Maho-met. II y a dans le territoire de la Meque une infinité depigeons; car comme on s’imagine qu’ils descendent de ce-lui qui s’aprochoit de l’oreille du faux Prophète, on croi-roit faire un grand crime, non seulement si on les tuoit,mais- même li on les prenoit, ou si on les faisoit fuir.

(l? 9 ) Corserez, avec ceci U Pajptge de Terence, raporté á-dejftts Citation f r r) de Pjirti-de DIAGORAS Atulete; ér celui de Pline, raporté Citation (67} de P Article HER-CULE.

(1S7I Votez.Hottinger,Histor.Oriental.pag. 214 irseq. Joan.à Lent, dePfeudo-*MeflìisJudsorum,pag. 30, exElmacinoP“g. S.

(168) Rí-caut, Etatde l’EmpireOttoman,Livr. II,Chap. III,pag. 325.

(169) Là-rnême.

(170) Là-mème , Livr.II, Chap.

XXIII,pag. m. 482.

(171) J’ai

1» dans la.Relation deV Entrée deClément VIIIÀ Ferrare ,que la haque-née ou mulequi sert à detelles ccremo*nies ''ne tra-vaille plus.

(172) RÎ-caut, Livr.II, Chap.XXVI.

(173) LaMothe leVayet,

Ton. VIII,pag. 364.

U) LéoneP Afrique.

(174I Mr.Spon, Vola-ge, Tom.II,pag, 16,Ajjììre queceux quifont nezloirs queleur merefaisoit leVoiage dela Mequeont le mê-me privilègede porter leTurban vert ,

(175) Viesdes Dames

Marguerite ,205.

(176) Ceuxqui offrirentla Couronneau DuccUcAnjou

(T77) Gabr.Sionita &Jo. Hesio-nita, inTractatu denonnuilisOriental.UrbibuSjP a g. 25 .

(i 7 S) Jour-nal des Sa-vans, dts zzde Février1666 > pag.711. l 5 o, 16 s.

ce

Summa columbarum copia invenitur qua quia sunt dégénéréatque stirpe ejus qua ad Mahomedis aures ( ut Mostemanni nu-ganturj accedebat , eo pollens privilégia atque authoritate, utnon filum eas occidere, fed aut capere aut fugare nefas effe exis-timent (180). J’ai copié ce Passage, afin de montrer qu’ily a des Ecrivains célèbres, qui assurent que les Musulmansfont mention de cette colombe qui s’aprochoit de Foreillede Mahomet, de quoi pourtant les Auteurs Arabes n’ontpoint parlé, si nous en croions Pocok (181). N’oublionspas le chameau, qui depuis la Mecque jusques à Medine portaMahomet droit à la porte du logis de fui , fameux CapitaineTurc que ce Prophète s'étoit proposé de visiter, sans savoir l’en-droit où étoit logé un fi vaillant homme (181). Les Maho-métans prétendent que ce chameau resuscitera , & qu’iljouira du bonheur du Paradis (183). Que dirai-je de lachemise de Mahomet? On la garde au Caire d’Egypte, &on la porte en procession a certains jours avec de grandes’céré-monies (184).

Au reste, il est faux que les Musulmans aient témoignéleur vénération pour Mahomet en lui érigeant des statues.II y a donc un mensonge dans l’Histoire de la Guerre Sain-te publiée par le Pere Mabillon (185). L’Auteur y parled 'une statue de Mahomet trouvée dans une Mosquée qu’il apellele Temple de Salomon. ,,(186) II dit que Tancrede la trouva,, assise sur un thrône fort élevé, & qu’elle étoit si pesante,, que six hommes des plus forts ne la pouvoient porter qu à peì-„ ne, zy qu’il en falloit dix pour le moins pour la lever. II„ fait faire par Tancrede une Harangue tout à fait pathe-„ tique à cette statue, où reconnoissant que c’étoit celle„ de Mahomet, il s’écrie: c efi ce scélérat de Mahomet, qui,, a été le premier Antéchrist. O si l’Antéchrist qui doit venir,, étoit présentement avec celui-ci! ah vraiment je l’aurois bien-,, tôt écrasé fous mes pieds. Ceux qui ont quelque connois-„ lance des sentimens des Mahométans, savent qu’ils ne,, tiennent aucunes images, nì dans leurs Mosquées, ni,, dans leurs maisons ”. C’est une question si les Musul-mans invoquent ce faux Prophète, & s’ils croient qu’il estau ciel : bien des gens leur imputent cette croiance.„ (187) Mais il n’y a aucune de leurs prières solennelles,, qui ne s’adresse directement à Dieu, qu’ils prient même„ pour Mahomet; & ils soutiennent que toutes les âmes,„ celle du Prophète comme celles des autres > sont jusqu’au,, jour du jugement dans les tombeaux, où leurs corps ont

„ été ensevelis.(188) L’ame de Mahomet est aussi

„ renfermée dans son sépulcre, car il a refusé le ciel, où„ Dieu lui a offert de le recevoir, n’y voulant pas êtrefans ses fideles. Cette ame conduira, au dernier jour,„ toutes les âmes Mahométanes à la gloire celeste. . .

„ afin que l’on voye qu’ils prient Dieu pour Mahomet,„ voici la conclusion de l’une de leurs prières: o mon Dieu,, fois propice «Mahomet, zy au peuple Mahométan,,, comme tu as été propice à Abraham zy à son peuple,par ce,, qu’on te loue zy qu on te glorifie ”. Si l’on n avoir point demeilleures preuves que Mahomet n’est pas invoqué par sesSectateurs, je ne voudrois pas nier qu’il ne le fût; car j’airaporté (189) un Formulaire de Prières qui montre qu’ilsinvoquent Dieu pour les mêmes Saints qu’ils invoquent.Quant à leur respect pour l’Alcoran, voler ce qu’en ditMr. Pfeiffer dans le VII Volume de la Bibliothèque Uni-verselle ( 190). Leur attachement au Mahométifme est sifort, qu’on n’en peut presque convertir aucun à la ReligionChrétienne (191); Le sans doute il y a bien plus de Chré-tiens qui se font Mahométans, que de Mahom,étans qui em-brassent l’Ëvangile. Les Païens font plus saches à conver-tir (192). La distinction du Moine Richard me paroîtvaine. II dit qu’un Mahométan se feroit plutôt Chrétienà l’article de la mort, que dans fa bonne santé; & qu’unChrétien n’embrasseroit point le Mahométifme à l’articlede la mort : qu’ils conviennent donc l’un & l’autre que laReligion Mahométane est plus commode pour vivre, &que la Chrétienne est plus sûre pour mourir. Chriflianusquidem nunquam in morte fieret Saracenus, fed ìn vita; Sara-cenus autem potius in morte fit Chriflianus, quam in vita:uterque igitur horum potius eligit Chrìstianus mort , quam Sara-cenus (193). Cette distinction est un avantage dont les Ca-tholiques Romains & les Réformez se vantent également.Voler la Remarque (E) de l’Article Abulpharage.Mais la vérité est qu’à la réservé d’un petit nombre degens, chacun souhaite de mourir dans la Religion où il aété élevé : s’il l’a quittée, ç’a été pour quelque avantagetemporel; quand il s’en va mourir cet avantage lui est inu-tile; il souhaite donc de mourir dans fa prémiere Commu-nion. Un Mahométan en est logé là tout comme les au-tres, s’il lui est arrivé pour des considérations humainesd’abjurer fa foi. L’ignorance fait dans le cœur de ces In-fidèles ce que la science produit dans le cœur d’un Ortho-doxe honnête homme, je veux dire un attachement in-vincible à ses opinions. Mais je dirai en passant que la Re-ligion Mahométane n’est pas aussi dépourvue d’Apologiste*qu’on le croît ordinairement. II y a des Arabes qui ontécrit en faveur de l’Alcoran, & contre la Bible, avec assezd’indqstrie pour fomenter les préjugez. Hottinger parle

d’un

fi80) Gabí,Sionita &

Jo. Heíro-nita, inTiastatu dínonnuilisOriental.Urbibus,

Cap. VI t,pag. ri.

(181) Votez,cì-dejstts laTtemarq. ( 27 ).

(182) Che-vreau, Hist-du Monde,Livr. V,

Tom. III,pag. 14.

(183) Là-

(184) LitMothe leVayet, Let-tre CX VI,Tarn. X 1 19pag. 33.

II cite leVoiage deGouz.

(185) Dansle 11 Tomedu MuseunJItalicum.

(186) cap.

C XXV. .Votez, la Bi-bliothèqueuniverselle >Tom. Vilspag. 177.

(187) Bi-bliothèqueUniverselle»Tom. X,pag. 98, dant

P Extraitd'un Livrepublié parMr. Barrow,intitulé •Abte'gé dela Foi & d«la Religiondes Turcs.

(188) Là-même, pat?

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(190) PȎ264.

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