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Tome troisieme. K - P.
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M A N I C H E' E N S.

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chant ; mais dans les explications particulières qu’elle en donnoit, & dans les conséquences pratiquesqu’elle en tiroir (B). II faut avouer que ce faux dogme, beaucoup plus ancien que Manès (C), & in-soutenable

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entre lui 8c Mahomet. Iîs ajoutent qu’on le fit écorchertout vif, à cause des enchantemens ou des sortilèges, dontil s’étoit servi pour faire mourir le fils de son Roi. Post-quam suis incantationìbus Régis Perfarum filium necajfet, vì-vus ab eo excoriants est ( 7 ). Mais. il y a bien plus d’apa-rence qu’il fit tout ce qu’il lui fut possible pour le guérir.Ce qu’il y a de plus íur, est qu’il se fit fort de lui redon-ner la santé, & qu’il 11e tint point sa promesse. „ Le bruit„ s’estant répandu par tout de ce grand pouvoir qu’il di-„ soit avoir de faire des miracles, il fut appelle par le Roi„ Saporés pour guérir son fils fort malade. D’abord ce„ hardy trompeur chassa tous les Médecins qui avoient„ entrepris la guérison de ce petit Prince, & promit au„ Roi de le remettre bientost en pleine santé, sans autre„ remede que celui de ses oraisons (8). Mais Pensant„ estant mort entre ses bras, le Roi furieusement irrité„ contre lui le fit mettre en prison, d’où s’étant échapé il„ s’enfuit en Mésopotamie. II y fut deux fois convaincuen deux disputes folemnelles par le saint & sçavantEves-que Archelaùs (*), qui eut bien de la peine à le sauverde la fureur du peuple, qui vouloir le. mettre en pieces.„ Cela néanmoins ne lui servit gueres; car peu de temps„ aprés il fut repris par des Cavaliers qu’on avoir envoiez,, par tout aprés lui, 8t mené à Saporés qui le fit écor-„ cher tout vif, puis fit jetter son corps aux chiens pour„ en estre dévoré, & pendre fa peau remplie de paille de-,, vant une dés portes de la ville (9).

(B) Les explications > . . . . . qu elle en donnoit, & lesconséquences pratiques quelle en tiroit.] Selon les Ma-

ta/. i n ' nichéens (10), les deux Principes retoient batus, & dans

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Depuis ce ,tems-là le bon Principe travailloit. à dégagerce qui' lui apartenoit: il répandoit fa vertu dans lés , élé-mens pour y faire ce triage. Les Elus y travailloient auffi;car tout ce qu’il y avoit d’impur dans les viandes qu’ilsmangeoient, se séparoit des particules du bon Principe, Scalors ces particules dégagées & purifiées étoient transpor-tées au Roiaume de Dieu leur prémiere patrie, fur deuxvaisseaux destinez à cet emploi. Ces deux vaisseaux fontle soleil & la lune. Ipsum ve.ro boni a malo pUrgatìonemac liberationetn non solbm per totum mundum, & de omni-bus tjus elementis lirtutem Del facere dicunt ; verttm etiamEleStos suos.per alimenta qua fumant, cr eis quippe alimen-i ,s , ficutt ûnïverfo mundo , Dei subfiantiam perhibent essecommìxtam , quam purgari putant in Eieiíis fuis eo générémita , quo vivant EleSlï Manichaoram, velut fanílius er ex-cellentius audttoribus fuis (n). ... , Gquicquid vero undiquepurgatur luminis per quafdam naves {quas este lunam c y fo-lem voluntj regno Dei tanquam propriïs fedibus reddt (12).Ces Hérétiques „ s’imaginoient que, pour sauver les âmes ,„ Dieu avoit fait une grande machine composée de douze,, vaisseaux, qui élevoient insensiblement les âmes en haut,„ & ensuite se dechargeoient dans la Lune, laquelle, aprés„ avoir purifié ces aines par ses rayons, les faisoit passer„ dans le Soleil 8c dans la gloire , expliquant par là les„ differentes phases de la 'Lune : elle étoit dans son plein,, quand les vaisseaux y avoient apporté quantité d’ames ,Sc elle étoit en decours à proportion qu’elle s’en dé-chargeoit dans la gloire (13) II y avoit dans ces vais-seaux, disoient-ils, certaines Vertus qui prenoient la for-me d’homme, afin de donner de l’amour aux femmes del’autre Parti ; car pendant l’émotion de la convoitise, lalumière qui est engagée dans les membres s’enfuit, & onla reçoit dans les vaisseaux de transport, qui la remettenten sa place naturelle. Esté autem in eis navibus fanóìas vir-tutes, qm se in masculos transfigurant, ut illiciant fceminas«a &ub í entIS adverse., cr per hanc illecebram commota eorum concu-teí ;, "h H k - piscentia sugiat de illis lumen, quod membris fuis permixtupitenebant, z? purgandum fufceperant ab Angelis lucis, purga-tumque illis navibus imponatur ad régna propria reportan-dum (14). Pendant que certaines Vertus prenoient la fi-gure d’homme, d’autres prenoient celle de femme,afin dedonner de l’amour aux hommes, 8c de faire ensorte réci-proquement que ce feu de lasciveté séparât les substancesde lumière , d’avec les substances ténébreuses. Certe Milibri Manie hui funt omnibus fine dubitatione communes , in’» ifs t! quibus libris Ma portenta ad illiciendos, t? per concupifcentiam

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distolvendos utriusque sexits principes tenebrarum, ut liberatasugiat ab eis, qiu captivata tenebatur in eis divina substan-t ,a > de masculorum in fœminas, & fœminarum in masculosj-tn- ■ tra st s figuratione conscripta sunt (xç).. Si vous joignez à celae °%i^ n '^ s fa figuroient, que les parties de lumière étoient beau-■- sc ' > & olL C0ll P Pins entrelacées avec les parties ténébreuses. dans lespersonnes qui travaillent à la génération, que dans les au-tres (1 6), vous comprendrez l’alliance monstrueuse qu’ilstorinoient entre ces deux dogmes; l’un qu’il ne saloir point,, (Carier, ni procréer des enfans; l’autre qu’on pouvoiracher la bride aux transports de la nature, pourvu queco n em pêchât la conception. Et fi utuntur conjugibus,onceptum tamen generationemque devitant , ne divina sub-' antia c i u& in e os per alimenta ingreditur vinenhs carfieis lige-

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tur in proie (17). II semble qu’ils aient cru que Sachs, l’undes Princes des tenebres, plus grand dévoreur d’enfans queSaturne, ne trouva point de meilleur moien de tenir dansune étroite prison les particules divines qu’il avoit man-gées , que celui de la génération, 8c que pour cet effet ils’aprocha de fa femme, 8c lui fit deux enfans qui furentAdam 8c Eve. Adam e? Evatn ex parentibus prìncipibusfumi asterunt natos, cbm pater eorum nomme Saclas sociorumsuorum foetus omnium devorastet, & quicquid inde commix-tum divina substantiel ceperat , cum uxore ooncumbens in carneprolis, tanquam tenacistìmo vinculo , colligastét (18). Orparce qu’ils regardoient leurs Elus comme de très-bons pu-rificateurs, je veux dire comme des personnes qui filtroientadmirablement les parties de la substance divine embarras-sées 8c emprisonnées dans les alimens (19), ils leur don-noient à manger les principes de la génération, 8c l’onprétend qu’ils les mêloient avec les signes de l’Eucharistie;chose fi abominable, que Mr. de Meaux a raison de direqu on n ose même y penjér , loin qu on puiste Vécrire ( 20 ).Voici les paroles de St. Augustin: %ua occafione vel potiusexecrabilis stuperstitionis quadam necestìtate coguntur Eleêîi eo-rum velut Eucharistiam conspersam cum stmine humano su-mere, ut etiam inde, fient de aliis cibis quos accìpiunt, sub-

ftantia illa divina purgetur (21). Ac per hoc sequifur

eos, ut fie eam e/ de femme humano, quemadmodum de aliisfeminibus , qua in alimentis fumant , debeant manducandopurgare. Unde etiam Caihartfta appellantur , quafi purgato-res , tant a eam pur gant es diligentia , ut se nec ab hac tamhorrenda cibì turpitudine abftineant (22). Us ne demeuròientpas d’accord qu’ils commissent cette abomination ; maison prétend qu’ils en furent convaincus (23). Raportonsces paroles d’un Moderne : „ Comme ils croioient que l’es-„ prit venoit du bon Principe, 8c que la chair 8c le corps„ estoient du méchant, ils enseignoient qu’on le devoir„ hair, luy faire honte, 8c le déshonorer en toutes les„ maniérés qu’on pourroit; 8c fur cet infâme pretexte il,, n’y a sortes d’execrables impudicitez dont ils ne se souil-„ lassent dans leurs Assemblées (24) Saint Augustin neleur attribue pas ce raisonnement; je ne dis pas néan-moins que Mr. Maimbourg se trompe; car on rapórte enplusieurs maniérés la doctrine 8c la conduite des Mani-chéens: ce qui vient fans doute ou de ce qu’ils ont variéd’un ’Siecle à l’autre, ou de ce que tous leurs Docteurscontemporains ne s’expliquoient pas de la même sorte, ouenfin de ce que tous leurs Adversaires ne les entendoientpas bien. On a trouvé bon d’exterminer tous les Livres desManichéens: cela peut avoir eu ses Militez; mais il eurésulte un petit inconvénient: c’est que nous ne pouvonspas être assûrez de leur doctrine, comme nous le serionsen consultant les Ouvrages de leurs plus savans Auteurs.Par les Fragmens de leur Système que l’on rencontre dansles Peres, il paroît évidemment que cette Secte n’étoitpoint heureuse en Hypothèses, quand il s’agissoìt du dé-tail. Leur prémiere suposition étorp fausse; mais elle em-pirait entre leurs mains par le peu d’adresse, 8c d’elprit'Philosophique, qu’ils emploioient à l’expliquer, & à i’a-pliquer.

(C) Ce faux Dogme, beaucoup plus ancien que Manès .,.]Nous avons vu qu’il le trouva dans les Livres que Tere-binthus avoit héritez de son Maître Scythien. II n’est pasvrai, comme le supose St. Epiphane, que ce Scythien aitvécu du tems des Apôtres (25) : il saloit seulement direqu’il auroit pu être l’aieul de Manès; mais il est très-vraique le dogme des deux Principes étoit conu dans le mon-de. long-tems avant la prédication des Apôtres. Scythienen fut redevable à Pythagore, fi nous en croions St. Epi-phane (26). Quelques-uns (27) disent que Terebinthusremprunta d’Empedocle. Les Gnostiques, lesCerdoniens,les Marcionites, 8c plusieurs autres Sectaires qui firent en-trer cette mauvaise doctrine dans le Christianisme, avantque Manès fit parler de lui, n’en furent pas les Inven-teurs : ils la trouvèrent dans les Livres des PhilosophesPaiens. Plutarque va nous aprendre l’antiquite 8c Puni-versalité de ce Système, non pas comme un simple His-torien, mais comme un fidele Sectateur. Il est impossible,dit-il (28), qu il y ait une feule cause bonne ou mauvaise quisoit principe de toutes choses ensemble, pource que Dieu n estpoint cause d'aucun mal, c? la concordance de ce monde estcomposée de coutrcùres , co?nme une lyre du haut bus , cedisait Heraclitus : e? ainst que dit Eutipide ,

, Jamais le bien n est du mal séparé,

L’ust avec l’autre est tousiours temperé,

Afin que tout au monde en aille mieux.

parquoi ceste opinion fort ancienne, descendue des ThéologiensC? Legiflateurs du temps pasté jusques aux Poètes cy aux Phi-losophes, fans qu on sache toutefois, qui en est le premier au-teur , encore quelle soit fi avant imprimée en la foi er per-suasion des hommes, qu H n y a moyen de l’en efacer ni arra-cher: tant elle est fréquentée, non pas en familiers devis feu-lement ,

(17) Augus*tin. tbid.Jolie 117.

(iS) Idem^ibidem*

(19") Volez,la derniere

(20) Hist*des Varia-tions , Livr,X /> nitm. 15^pag. m. 129.

(21) Augníl,de Hítreíì-bus, Cap,XLVI 3 soli*115 verso, -

(22) Ibtdèrn ,folio 11 6verso.

(23) ‘Idtm 9ibsd. folioII 6 .

(24) Maim-bourg, Hist.de St. Léon,Livr. 1 , pag,

17, 18.

(25) SatttfiEpiphane,adveríusHxrefes,

P a fr 620,Juposs ejusScythien allacl Jérusalem ,pour conféreravec Usapôtres, Uy feroit doncallé avantcjue Titusprît la ville tainsi sonDiscipleri*auroit p»vivre en mê-me tems cjutl'danes auIII Siécle,

(25) Ibidem t

pag. 619.

(27) Suidas,in Mdvijç,

(2s) Plutar-t]ue, au

Traité d’I*íìs 6c d’Q-íuis , pdg,m. 1043.

Je me fersde la Versiond’Amiot.

Ce Passagedans P Edition.Grtque drLatine deFrancfort1620 est 4la 'page Z 69& fuivantiS^