MYRRHA. MODREVIUS.
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MYRRHA, mere d’Adonis, 8 c fille de Cinyras {A) Roi de Cypre, ou d’Alîyrie, devintamoureuse de son pere, & ne se donna point de repos qu’elle n’eut couché avec lui. Sa 'Nourri-ce, à qui elle fit confidence de fa passion, lui donna les moiens de se contenter. Elle prit sontems lors qu’à cause de la fête de Cerês la Reine étoit neuf jours fans coucher avec son mari (II ),
& fit acroire à ce Prince qu’une jeune fille fort belle souhaitoit de lui accorder la derniere faveurfans être vue. La proposition fut acceptée : on mena donc de nuit la jeune Myrrha à sonpere Cinyras. Quand ce jeu eut assez duré, on eut envie de voir celle dont on avoit eu la jouis-sance: on fit aporter de la lumière j 8 c l’on conut qu’on avoit couché avec fa fille (a). Cinyrasprit son épée pour tuer Myrrha: celle-ci prit la fuite, 8 c fe sauva jusques au pais des Sabéens,où elle fut métamorphosée en l’arbre qui fournit la myrrhe. L’enfant dont elle étoit grosse nelaissa pas de croître, 8 c de sortir de ce tronc d’arbre (C) quand son ternie fut venu. Les Naïadesen prirent soin. Ce fut le plus beau garçon du monde, en un mot ce fut Adonis, dont j'aiparlé en son tems (b). Plusieurs Auteurs disent que Myrrha ne conçut point d’elle-même cettepassion, 8 c que le mal venoit de plus haut, 8 c de quelque Divinité offensée (D) j car voilà com-ment les Paiens fe repréfentoient leurs Dieux, sous l’idée d’un être qui punit le crime, en pouf-fant le criminel dans un nouveau crime. Ovide n’a point suivi ces Auteurs dans le fait particu-lier de Myrrha: il a déclaré au contraire que Cupidon s’en lavoit les mains ( c ). II en a donnétout le blâme aux Furies infernales. Ceux qui croient que Myrrha étoit la femme de Chamfils de Noé (A), amenent la chose d’un peu bien loin.
(A) Tille de Cinyras.'] Antonius Libfcralis ( 1 ) la nom-me Smyrna, 8í la fait naître de Theias & de la NympheOrithye fur le Mont Liban. Mais selon d’autres elle futfille de Cinyras & de Cenchreis. Ovide a été de ce senti-ment, & je m’étonne que Mr. de Meziriac (z) l’ait nié à Myrrha, avoit préféré à la beauté de cette Déesse celle de («) Hygm.l’égard de Cenchreis. Ce Poète remarque, I, Que la fa fille; ou de ce que Myrrha avoit dit en fe peignant, Ca í- evui.
0) Ex Ovï-dio, Meta-morphoCLibr. X. "Voice, aiíjjirlutarque,
dant ses
Parallèles;pag.m. 310,citant tesMétamor-phosés deThéodore.Servius inEclog. XVirgil,
fi) Voice. la
scmarniìc
(fi).
( D ) Plusieurs Auteurs disent que le mal venoit de quelqueDivinité offensée.] Les uns (y) disent que la colere du So-leil fut cause de cette paffion incestueuse. D’autres (6) re-courent à Venus irritée de ce que Cenchreis, mere deMyrrha, avoit préféré à la beauté de cette Déesse celle de
(s) Servlujin Eclog. 3Virgil.
mere de Myrrlia étoit femme de Cinyras, lors que Myr-rha étoit amoureuse de son pere:
Conataque sape faterì,
Supe tend vocem , pudibundaque vestibus or a
Texìt, V O, dixitfelicem conjuge Matrem!
Il, Que la Nourrice de Myrrha prit son tems lors queCinyras couchoit seul, sa femme Cenchreis étant occupéeavec les autres femmes aux mystères de Cerès;
Turba Cenchreis in illa
Régis ahejl conjux , arcanaque sacra fréquentât.
Ergo légitima vacum dum conjuge leâlus.
que ses cheveux étoient plus beaux que ceux de Ve-nus (7). Toutes ces Hypothèses étoient impies : c’étoitfe jouer de la nature divine avec plus d’audace, qu'unHistorien honnête homme ne voudroit en témoigner con-tre, des. gens de mauvaise réputation , s’il manquoit depreuves certaines. Volez la marge (8), & notez qu'Ovi-de a disculpé Cupidon, Sc qu'il rejette sur les Furies toutela faute de Myrrha :
Ipse negat nocuisfe tibisua tela CitpidoMyrrha , sacesqug suas à crimine vindicat ijlo,
Stipite te Stygio tumidifque adflavit Echidnis,
E tribus una for or (9).
N’est-ce pas dire que Cenchreis étoit la mere de Myrrha?
(E) Sjuelques uns croient que Myrrha étoit la femme deCham fils de Noé.] Ils suposent (10) que la femme deCham accompagnée d’Adonis le plus jeune de fa famille(B) La Reine étoit neuf jours fans coucher avec son mari. j s aperçut toute la premiere de la nudité de Noe, Sz qu’elleQuelle prodigieuse différence de ces íiecles-là au nôtre! en fit avertir Cham qui le dit encore à ses frères. . Or com-Car puis qu’il salut que la Nourrice se servît de cette me dans le style des Hebieux voir ou découvrir la nuditéoccafion, c'est une preuve que pendant le reste de ì’année de quelcun ( 11 ), fignifie deux choses, la íìmple vue, oule Roi couchoit aullì régulièrement avec fa femme chaque la jouissance, il est arrivé que Myrrha, qui n’avoit faitnuit, que le plus petit bourgeois. A présent tous les mois que voir, a eu la mauvaise réputation d’etre passée au der-
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nier acte. On confirme cette Explication (iz) par un Pas-sage, où nous lisons que la Nourrice de Myrrha trouvaCinyras ivre :
Nadia gravem vìno Cyniram maie sedula nutrìx (13).
Mais comme il y a des Auteurs qui disent que Myrrha en-ivra son pere, afin de coucher avec lui, il sembleroit plusà propos de la prendre pour l’une des filles de Loth, quepour l’une des belles-filíes de Noë, fi -bailleurs les faitss’accordoient également avec cette conjecture.
MODREVIUS (André' Fricius) Sécrétasse de Sigifmond Auguste Roi de Po-logne, fe fit estimer beaucoup par son Savoir, & par ses Ouvrages. II goûta d’assez bonne heurece qu’on apelloit les nouvelles opinions (a), 8 c quoi qu’il fe ménageât, il devint suspect: aux Ca-tholiques, 8 c enfin il fe découvrit jusques au point qu’ils le regardèrent comme un Apostat (J).On s’aperçoit par une Lettre (b), qu’il écrivit à Jean Laski l’an iyz 6 , qu’il n’étoit pas ennemides Luthériens. Son Traité de Ecclefia , qui devoit être le quatrième Livre de l’Ouvrage de Re-publìca emendanda , qu’il fit mettre sous la presse à Cracovie l’an iff i, trouva des Censeurs quien arrêtèrent l’impression deux ou trois ans (íj. II le publia ensuite avec une' Apologie qui éclair-eissoit les choses dont on s’étoit scandalisé. II devoit; aller à Trente avec les Ambassadeurs de Po-logne 5
de 1 année feroient propres à cette Nounice, 11 elle avoitun tel coup à faire.
(C) L enfant ne laissa pas ... de sortir de ce tronc d’ar-bre.] Les uns (3) disent que la fille de Cinyras devint unarbre, pendant que son pere la poursuivoit l’épée à lamain pour la tuer. O11 ajoûte que le coup qu’il donna àcet arbre fit naître Adonis. D’autres (4) disent que Myrrhale délivra de son fruit dès qu’elle eut.été reconnue, &qu en fuite Jupiter la changea en arbre, pour exaucer la'-'Os, pnere qu elle faisoit de n être ni parmi les vivans, ni par-
Ca I mi les morts.
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Q) ConférezL ArticleAl Cl N O E3ér P .ArticleEgiaik'e,
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( 9 ) Ovid,Metam.
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( roi Volez1 a Biblio-thèque Uni-vers Tom.
11 1 s fog. l.
(n) Là-mc-rne,pag. 21.
(12) Là-mSqme,pctg. 20,
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r ( A) Zes Catholiques le regardèrent comme un
■Apostat.] Voici de quelle maniéré Simon StarovolfciusParle de lui : Regius Secrctarius , feu mavìs lutulenti illiussubulci Lutheri, cujus nefariis dogmatibus hnbutus , infestabatEcclefia portas, dicendo qua non eportuìt, feribendo qua nonveuit, zv agendo qus. non decuit (1). II paroìt par une Pré-rice de Modrevius, que Pie V ordonna de le punir; carVoici les plaintes qu’il fait à ce Pape : Non abs re mihi face-r f visus fum , fi ipse ad te has controverfias deferrem , tibique"Une librum dicarem, qui occafionem prttberet tibi eas dijudi-c fi»di ; fimulque ftudia mea exilia tibi commendaret. De qui-"ns tu videris finìstram opinionem concepijfe: ac propter ea ïts,tsnes quos est potefias, ut me de posfefftunculis mets dejieerent :joctunis everterent : ac extorrem facerent domo , fore , penati-congreffu hominum. Hoccine humanum fadlum fandlisfime1 (z) -> Le Pape Paul IV, ajoûte-t-il, avoit fait expé-mer de semblables ordres adressez à l’Evêque de Vladisla-oe; mais il s’apaisa quand il eut ouï mes raisons. Nonl m oblttus , à. Paulo Papa ejus nominis quarto fimile edidlumn me firiptum fuisse ad Jeannetn Droievium Episcopum Wla-1 0 M. I 1 p.
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difiavia. Cui quidem Papa rescripfi ego libro illi dkato de Or-dìntbus Ecclefia. In qtto rationem illi reddidi vit a, & aflio-num mearum : fimulque causas oftendt quamobrtm tn me nondebuerit esse immitis L? adeo ferox. Asfensus est tlle orationinofira non obscure , nec ullam deinceps pernteiem nobts machi-natus est. Droievtus quoque nihil in me cogitavit , quam quod■virum bonum & optimum Principem deceret.fi). Je fuis per-suadé que cette Préface de Modrevius, m le Traite qui lafuit, n’eussent point porté Pie V à révoquer son ordon-nance, & que la condition de l’Auteur ne fut pas meilleu-re après la compofition de cet Ouvrage, que pendant qu ily travailloit. II nous aprend qu il le fit au milieu de millefoins, obligé de changer souvent de demeure, & inquiétéde la peur de perdre son patrimoine. Part'm labores do-mestici, partim cura liberorum, partim negotia civilia, maxi-me autem fréquent curfitatio domicilit quarendt causa me sibivendicarunt (4). Hac scripfi solicitas de bonis mets patriisavitisque, de qmbus péricliter authontaiis tua pratextu quaabs te tanquam sulmen quoddam vnlnificum vibrataest (5).
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(3) Idem )ibid. pag.354 . 115 ,
Q) Idcra Jin z PrafarlSylvxIII,pag. 1 S 7 .
(s) Idem,in fine SiiyV
III»
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