NAVARRE.
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preuves avant même qu’il eût recouvré la liberté (C). II la maria l’an ifzj au Roi de Navar-re Henri d’Albret II du nom, & lui fit de grans avantages dans le Contract de mariage (Z>).Elle s’apliqua diligemment avec son mari à tous les foins qui pouvoient rendre leurs Etats plusflorissans qu’ils ne l’étoient (E) , St il fut un tems qu'elle eût bien voulu y planter la Ré-formation Ecclésiastique. Elle pancha beaucoup vers ce que l’on apelloit les nouvelles opf
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Elle fit un Livre quifût
,, avoìt des grandes affaires les remettoit à elle en atten-„ dant fa définition & totale résolution, elle les sçavoit». fort bien entretenir 8c contenter de beaux discours,-, comme elle y estoit fort opulente 8c fort habile à tirer-, le vers du nez d’eux, dont le Roy disoit souvent qu’elle„ luy affistoit très-bien, & le deschargeoit de beaucoup,„ aussi faisoient elles à l’envy les deux Sœurs, à ce que-» j’ay otiy dire à qui servirait mieux leurs frères, lune la», Reyne d’Hongrie, l’Empereur; 8c l’autre le Roy Fran-,, çois ; mais l’une par les effets de la guerre & par la for-„ ce, & l’autre par findustrìe de son gentil esprit & par„ douceur (3)”. J oignons à cela cet autre passage du mêmeAuteur : Durant la frison du Roy son Frere elle assista fort àMadame la Regente sa mere à regfr le Royaume , à contenterle t Princes, les grands, zy gagner la noblesse, car elle estaitfort accostable zy qui gagnait bien le cœur des personnes pourles belles parties qu’elle avoit en elle (4).
(C) François 1 lui donna des preuves de son amitié . . . ,avant même qu il eùt recouvré la liberté. ] II la substitua àsa mere four eftre Regente c 7 Gouvernante du Daufin ....avec les mesmes honneurs e? pouvoirs comme il le déclaré farces paroles dans son Edit fait à Madrid au mois de Novem-bre 1515 : ,,Et s’il advenoit que nostre dite Dame 8c mere„ par maladie 8c indisposition ou autre empeschement,ou-, par mort (à quoy Dieu par sa grâce 8c bonté veille ob-„ vier ) ne peust exercer le dit Commandement autour de,, nostre dit fils, & autres nos enfans : Nous en ce cas„ voulons & ordonnons que nostre très-chere 8c très-amée,» sœur unique Marguerite de France Duchesse d’Alençon„ & de Berry, en toutes choses concernant le dit com--, mandement, succédé au lieu de nostre dite Dame 8c me-„ re, 8c faire tout ce que cy-dessus est dit, & ait íembla-,, ble pouvoir, commandement, 8c authotite que nostre-„ dite Dame & mere (5).
(D) Et lui fit de grans avantages dans le contraâl de ma-riages ,, Par le traité de ce mariage passé au Chasteau„ de S. Germain en Laye, le Roy François promit & aç-
. „ corda qu’il sommerait l’Empereur de rendre à ce Prince„ fon Royaume de Navarre, avec les anciens ressorts d’i-„ celuy; & qu'à son refus il luy fourniroit d’une armée„ suffisante pour s’en rendre maistre. Outre ce* le Roy», luy donna en mariage les Duchez d’Alençon,de Berry,„ & le Comté d’Armagnac, pour estre ce beau Comté„ propre aux descendans, tant malles que femelles, qui„ sortiraient de ce mariage (6).
(E) Elle s apliqua ... à tous les foins qui pouvoient ren-
dre leurs Etats plus floristans qu’ils ne l’étoient.s Conti-nuons d'entendre parler le Minime qui nous a fourni leCommentaire des deux Remarques précédentes. Ces nou-veaux mariez, se delibererent . de mettre le iìearn en
tout autre état qu il n estoit. Ce pays fertile zy bon de fa
nature . demeurant en assez mauvais estât, inculte zy
fierìie par la négligence des habitans, changea bien tost de facepar leur foin. On y attira de toutes les Provinces de la Fran-ce des gens de labourage qui s’y accommodèrent, amenderent e?fertilisèrent les terres; ils y firent embellir cy fortifier les villes-,baftir des Maisons or des Chasteaux ; celuy de Pau entre autres,avec les plus beaux jardinages qui fussent pour lors en l’Europe.Apres s’estre bien logez , Us donneront ordre à la Police de lavie, cy aux Loix; ils efiablirent pour les diffèrent de leurs su-jets une Chambre pour les juger en dernier ressort-, zy firent re-former le Fort (7) d’Oleron, qui sert de Couftume zy de Loyau pais, laquelle depuis fa derniere reformation, qui estoit del’an iz88, avoit esté grandement dépravée. Par leur conver-sation zy leur Cour ils y rendirent le peuple plus civil. Et pourse garantir d’une nouvelle usurpation du costé de l’Espagne,ils se couvrirent de Navarrtns , ville fur l’un des Gaves ,qu ils firent fortifier de bons rempars, de bastions, zy de demy-lunes, selon l’art qui pour lors estoit en usage (8). Cet élogeest un des plus beaux qu’on puisse donner à cette Reine deNavarre.
(F) Elle pancha beaucoup vers ... les nouvelles opinions,& protégea ceux qui furent persécutez pour cette cause. ] LesEcrivains Catholiques, 8c les Ecrivains Protestans, ne dis-putent point fur ce fait-là ; ils en conviennent les uns &les autres. Alléguons prémiërement le témoignage deThéodore de Beze: je le tire de fendrait où il racontela prémiere persécution que les Réformez soufrirent enFrance; ce fut celle de Meaux l’an 152.3 Et fut tellel’issue de cestc persécution, que l’Evesque de Meaux se déporta
de passer outre : Martial se desdit publiquement .
f abri (9) fut retiré à Blois , zy de là finalement à Neracau Duché d’Albret par la faveur de la sœur unique de Roy ,depuis Royne de Navarre, Princesse d’excellent entendement,zy pour lors suscitée de Dieu, pour rompre, autant que faire sepouvoit, les cruels desseins d’Antoine du Prat, Chancelier deFrance, <cy J es autres incitans le Roy contre ceux qu ils ap-pel loient hereuques (10). Le même Auteur aiant parlé de
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quelques personnes qui furent martyrisées, 8c mené fanarration jusqu’en 1533, continue ainsi (11): ,, En ces„ entrefaites Marguerite Royne de Navarre, seur unique,, du Roy François, faìfoit tout ce qu’elle pouvoit pour,, adoucir le Roy son frere : en quoy elle ne perdoit du,, tout ses peines, se servant de Guillaume Parui, Docteur„ de Sorbonne, Evesque de Senlis,8e Confesseur du Roy:
„ lequel pour la gratifier, 8c non pour vray zele qu’il„ -eust à la Religion, feit imprimer les Heures en F'ran-„ çois, après avoir rongné une partie de ce qui estoit le„ plus superstitieux. Après ceste impression, elle mesme,, mist en lumière un traicté de son ouvrage en ryme„ Françoise , intitulé le Miroir de famé pecheresse, où„ il y avoit plusieurs traits non accoustumez en l’Eglise„ Romaine, n’y estant fait mention aucune de Saincts n y„ de Sainctes, ny de Mérités, ny d’autre Purgatoire que„ le sang de Jesus-Christ: 8c mesme la priere, ordinairc-„ ment appellée le Salve Regina, y estoit appliquée en
,, François à la personne de jksus-Clirist.(12) La
,, Royne de Navarre, poursuivant la pointe, avoit si bien„ fait que Paris estoit garni de trois excellens pres-„ cheurs(13),annonçant la vérité un peu plus hardiment,
„ qu’on n’avoit accoustumé.
Nous allons voir un plus grand détail dans ce narré deFlorimond de Remond (14): La Rome de Navarre, bonne,mais trop facile Princesse, leur preste l’oreille, reçoit leurs livres ,premierement par ia main de ses Dames, fait traduire en Fran-çois les prières Latines de l’Eglise, par l’Evesque de Senlis, Con-fesseur du Roy. Elle luy parle des Luthériens, luy discourt desarticles de leur Religion, pensant le rendre plus doux zy ploya-ble: Ouvre par pitié ses maisons aux bannis zy profcripts, com-mande quelles leur servent de retraite zy azile. Cela est no-tamment marqué par tous les Historiens de l’un zy de l’autreparty , que cette Princesti feule fut cause , fans y penser mal , dela conservation des Luthériens François, zy que l’Eglise, quidepuis s est attribué le nom de Reformée, n’en eut esté estonséedans le berceau; Car outre quelle leur preftoit l’oreille à leurspropos, qui du commencement estoient spécieux, zy non fi hardisque depuis ; elle de bonne foy entretenait à ses defpens plusieurs ’d’entr’eux aux efcholes, non seulement en France, mais aussien Allemagne. Elle avoit un foin merveilleux à sauver zy "a-rentir aux qui estoient en péril zy danger pour la Religion , gysecourir les Réfugiés à Strasbourg, zy à Geneve. C’est là oùelle envoya aux dofiesen une feule fois quatre mille francs d’au-mofne. ... (15) J’ay leu dans le registre secret de nostre Parle-ment (16), qu estant entrée en la Cour comme gouvernanteen ïabsence du Roy son mary , elle fit une instante priere ,afin que la Cour voulust mettre en liberté un nommé AndréMelanâíhon, accusé d’Herefie, zy prisonnier en la Conciergeriedu Palais, dom Philippe MelanSlhon, disoit-elle, Conseiller duDuç de Saxe, l’avoit fort requise par ses Lettres. Cet Andréfut celuy qui, fous prétexté de regenter, vint annoncer la doc-trine de son parent en l’Agenoìs, s’estant arresté en la ville deTonneins, où il fima fi à propos fan herefie, conforme lors à laconfession d’Ausbourg, quonques puis les racines n en ont puestre arrachées. Bref cette douce Princesse n eut rien plus à cœurpendant ces neuf ou Aix ans, qu à faire évader ceux que le Royvouloit mettre auxttrigueurs de Justice. Souvent elle luy enparloit zy à petits coups tafehoit d’enfoncer dans fan ame quel-,que pitié des Luthériens. Cet Historien débite encore ce-ci (17): „ Roussel revenu de ses voyages, 8c receu en» Bearn par cette bonne Princesse, 8c couché en l’Estat,, de fa maison; Elle prend plaisir de l’oùir discourir de„ la Religion. II luy persuade de lire la Bible, lors gros-,, fièrement tournée en François; ce qu’elle fit avec tel», plaisir, qu’elle composa une Traduction tragicomique,„ presque de tout le nouveau Testament, qu’elle faìfoit„ representer en la salle devant le Roy son mary; ayant„ recouvert pour cet effet des meilleurs Comédiens qui„ fussent lors en Italie. Et comme ces bouffons ne font„ nais que pour donner du plaisir, 8c comme guenons„ devenir plaisons imitateurs des humeurs 8c volontez du„ maistre. Aussi ces gens reconnoissant finclination de la„ Roine parmy leurs jeux , entremeflent plufieurs ron-,, deaux 8c virelais fur le sujet des Ecclésiastiques. Tou-„ siours quelque pauvre Moine ou Religieux avoit part à„ la Comédie 8c à ta farce. 11 sembloit qu’on ne se peust,, resiouïr sous se mocquer de Dieu 8c de ses Officiers.„ Mais ces ris seront changez en larmes. Le Roy son„ mary, Prince non moins bon 8c facile que la Roine fa,, femme , vint des Comédies aux presches, qu’on ap-„ pelìoit Exhortations, qui se faisoient dans so chambre,„ tant par Roussel que par un Carme fugitif de Tarbe„ nomme Salon. Leurs presches, mesmement de Solon,„ qui estoit plus acre 8c poignant que son compagnon,„ regorgeoient d’injures contre le Pape, 8c les gens d’E-„ glile. Brave 8c courageux Moine , qui avant mourir„ depescha cinq femmes. Ils mefloient quelque apparenceN n n z a e
(n) Beze,Hist. Ecclé-íìast. Livr,iZ.
(12) Là- 7 nè~mi, pa$. r 4 .
(13) C*étoìtGérard 'Rous-sel Doseurde Sorbonne »& BertAu.lt& CouraultMoines'AÍuguJíins,
(14) Elor.àe Remond,Hist. de lanaistance
& progrèsde l’He're-sie, Livr.Vil, Chap*
111 7
84S.
(15) La-mé*me, pag. 845.
(16) eV-a-dìrc leParlement deBot*rdeaax %
(17) Flor.de R-emomLHist. del’Héresie,Livr. Vil , ’Chap. 111 a84%
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