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prenoit un très-grand plaisir à 1a lecture de la Bible (/). Elle eut des chagrins à essuier de la partde son mari, & n’aimoit pas qu’on lui parlât de la mort (K). La curiosité qui la poussa à con-sidérer attentivement une personne mourante fait bien conoître qu’elle n’avoit pas fur la naturede Pâme les idées qu’un vrai Philosophe doit avoir (L)y mais il y a de fort grans Esprits, Lc de
fort
„ mort du Roy son Frère, qu’on appelloit Tusson, où„ elle fit sa quarantaine 8c séjour tout un Esté 8c y bastit,, un beau logis, souvent 011 luy a veu faire l’Ofice de,, l’Abbesse 8c chanter avec les Religieuses à leurs Messes„ 8c à leurs Vespres (34).
Recueillons de tout ceci que Mezerai n’examina guereles choses, quand il écrivit (35) que la Reine de Navarre,aiant été censurée par le Roi son frere l’an 1535 (36), luiprotesta de ne se plus éloigner de la Religion Catholique, cy semontra mesme ennemie de ceux qui la choquoient; neantmoìnsfur la fin de ses jours qui fut l’an 1349, elle sembla se re-pentir de s'être repentie, cy pria Calvin par Lettres de la ve-nir instruire cy consoler. Des faussetez fi étranges donnentde grans préjugez contre cet Auteur; 8c fi jamais il s’é-leve quelques bons Censeurs de ses Histoires, je fuis furqu’on s’étonnera qu’il ait pu se faire tant estimer. Remar-quons lui par occasion deux autres fautes. II dit qu’aprèsla rétractation de Briçonnet (37), Jaques le Fevre se re-tira à Nerac vers la Reine Marguerite (38), 8c que Rous-sel étoit Evêque d’Oleron au tems qu’elle fut grondéepar François I (39). Tout cela est faux. Bïiçonnet serétracta l’an 1523 , 8c notre Marguerite ne fut mariéequ’en 152.7 au Roi de Navarre Seigneur de Nerac: [Rous-sel ne devint Evêque que long-tems après la gronderiedont il s’agit.
Les paroles de Théodore de Beze, que l’on a vues aucommencement de cette Remarque, ont un grand besoind’être éclaircies. II fait entendre fans aucun détour que laReine de Navarre se laissa gâter l’esprit par deux malheu-reux Libertins dont Calvin réfuta les illusions 8c les blas-phèmes. II ne faloit point s’exprimer ainsi, car Beze lui-même a reconu dans un autre Livre, que cette Reine nesuivoit point les dogmes mystiques de ces gens-là (40), 8cqu’ils ne l’avoient trompée que jusques au point, de luifaire croire qu’ils étoient des gens de bien. Ce qu’il ditlà rectifie le prémier passage, 8c auroit encore besoin Ra-doucissement ; car le terme de fasciner ou d’ensorceller,est trop fort en cette rencontre. Offensa est isto Libro ìn Li-bertines tdito Navarrena, quod ab illius horrendu seâla An-testgnanis duobus (fiuintino cy Pocqueso quos nominatim Cal-vinus arguerai ( rem pene incredibilem ) eo tisque fuisses fasci-nât a , ut quum alioquin illorftm myfierium non teneret, probonis viris illos haheret, ac protnde sefe quoàammodo pet eo-rum latus confoffam arbitraretur (41). II ne faloit pas tants étonner de ce que la Reine, ne se conformant point auxspiritualitez de ces dévots 8c de ces mystiques, croioitnéanmoins qu’ils étoient d’honnêtes gens, bien persuadezde ce qu’ils disoient, & pénétrez d’un véritable désir deservir Dieu selon leurs lumières. Sa charité la portoit àles protéger, 8c il ne lui étoit pas dificile de faire un fortbon usage de leurs Maximes qui tendoient à vivifier l’hom-me intérieur. II se faut moins étonner de ce qu’elle sefâcha contre Calvin, qui avec ce style caustique qui luiétoit propre avoir maltraité des personnes qu’elle proté-geoit & nourriffoit. Elle lui en fit faire des plaintes, 8c illui écrivit une Lettre respectueuse pour justifier sa condui-* e ( 4 j)- Notez qu’au tems qu’il lui écrivit, c’est-à-dire le20 d’Avril 1545, elle étoit encore reconue pour la pro-tectrice des Réformez (43).
(I) On a des preuves quelle prenoit un tres-grandplaisirà la leíiure de la Bible.] Voiez dans la Remarque (F) (44)de cet Article les paroles de Florimond de Remond, 8cdans la Remarque (O) de l’Article de M a r o t ce quifut écrit à Catherine de Médicis, 8c fortifiez cela par letémoignage de Pierre Qlhagaray. Le Bearn, dit-il (45),fut lastle des plus persécutés, est le Roy Henry ne permettaitqu ils fassent travaillés. Jacques Faber Stapulenjis lumièrede son temps, comme ses escritsfur la philosophie tesmoignent,y fut fort bien venu , cy honorablement penfionné de Mar-guerite , ceste scavante Reyne , la premkre du monde, cefioutil st parfait qui retira le Roy François ston frere de la pri-son , toufiours attentive à la leâîure , notamment à celle del'efcrìture S. ce que nostre Elias (46) en son recueil testmoigneavoir marqué d'elle, estant en sa ville d'Appamyers, oït tlreceut ceste grave exhortation de ceste brave cy sage Princesse.Qu’il ne laiffat aucun jour sans avoir attentivement vaqué àla leêlure de quelques pages de ce Livre sacré, qui arrousantnos âmes de la liqueur céleste, nous sert, disoit elle, de fidelletpréservatifs, contre toute forte de maux & tentations diaboli-ques. L’Auteur raporte les termes dont Bertrand Elie s’estservi: je ne doute pas que plusieurs Lecteurs ne soientbien aises de les savoir. Cujus etiam manibus santiiffimumilluf veteris novique Test. volumen, quod Biblìam appellant ,nunquam vel raro exit , semper divinis ut ver'e Christianamdecet intenta libellis : nihìl unquam nifi divinum cogitât , faa-detque adeo ut ipfe etiam meminerim me aliquando ob ea cum-Appamyam veniffet humanisme submonitum, jussumque par-te m aliquam vel veteris vel Novi Testaments maximo affeSlu,orationis instar quotìdie legere, quo fane ut ipsa ajebat, nosqueetiam postea expert! sumus, nostra mens à vttio averteretur, es 1ad virtutes faúïius accederct (47).
(K) Elle eut des chagrins à effuìer de la part de son mari,
cy ri aimait pas qu on lui parlât de la mort.'] Flilarion deCoste débite (48), que Henri II Roi de Navarre ,, ayant„ esté averty que l’on faisoit en la chambre de la Reyne„ sa femme quelque forme de priere 8c d’instruction con-„ traire à celle de ses peres, il y entra résolu de chaisier,, le Ministre, 8c trouvant que l’on l’avoit fait sauver »„ les ruines de fa colere tombèrent fur fa femme qui en„ receut un soufflet, luy disant, Madame vous en voulez,,, trop sfavoir, 8c en donna tout auíïi tost avis au Roy,, François ”. Brantôme aiant raporté quelques exemplesde discorde matrimoniale entre des Princes, ajoûte ce-ci (49) : „ Et de frais le Roy Henry d’Albret avec Mar-
„ guerite de Valois, comme je tiens de bon lieu, qui la„ traittoit très-mal , 8c eut encor fait pis fans le Roy„ François son frere qui parla bien à luy, le rudoya fort,,, 8c le menaça pour honorer sa femme 8c sa Sœur, veu,, le rang qu’elle tenoit ”. Notez en passant le peu decas qu’il faut faire de ce qu’on lit dans une Epitaphe.Celle de cette Princesse fait lire en grans caractères queson mari avoir vécu avec elle dans une concorde très-inti-me, c o n c o r d 1 s s 1 m u s. J’ai dit quelque chose ailleurs(50) touchant les mensonges de ce genre-là.
Quant à l’autre partie du Texte de cette Remarque, jem’en vais citer un Passage de Brantôme. „ Cette Reyne„ souloit souvent dire aux uns 8c aux autres qui discou-„ roient de la mort 8c de la béatitude, par après, tout,, cela est vray , mais nous demeurons st long-temps„ morts en terre avant que venir là. Dc forte que j’ay„ oiiy dire à mamere, qui estoit l'une de ses Dames, ét„ ma grand mere fa Dame d’honneur, que lors que l’on„ luy annonça en son extrémité de maladie qu’il falloit„ mourir, elle trouva ce mot fort amer, 8c repeta auflì-„ tost ce que je viens de dire, 8c qu’elle n’estoit encore„ point tant sur-année qu’elle ne put encore bien vivre„ quelques années (51) ”. Elle avoir hérité cela de famere,comme vous verrez dans ce Passage du même Ecri-vain. Je ne veux alléguer, dit-il (52), que l’exemple defeue Madame la Regente, Mere du grand Roy François Pre-mier. Ce fut en son temps, ainst que j’ay ouy dire à aucunscy aucunes qui Pont veue cy connue, une tres-belle Dame c?fort mondaine auffi, cy fut la mesme en son âge décroissant,cy pour ce, quand on luy parloit de la mort, elle hdissoit fortle discours jusques aux Prescheurs qui en parloient en leurssemons: comme (ce disoit-elle ) fi on ne sceut pas assez qu ondevoit tous mourir un jour; V que tels Prescheurs quand ilsne sçavoient dire autre chose en leurs sermons, cy qu’ils estaientau bout de leurs leçons, comme gens ignares, fe mettoient farcette mort. La feue Reyne de Navarre , fa fille , n aimaitnon plus ces chansons cy prédications mortuaires que fa mere.On a vu ailleurs (53) la foiblesse de Louis XI fur un sem-blable sujet.
(L) Sa curiosité ... à considérer . . . une personne mourantefait bien connoître quelle riavoit point sur'la nature del’amelesidées qu un vrai Philosophe doit avoir.] Voici quelque chosede singulier :J ay ouy conter d’elle, c’est Brantôme qui parle,qu'une de ses filles de Chambre qu’elle aymoit fort, estant présde la mort , elle la voulut voir mourir , cy tant qu elle futaux abois cy au rommeau de la mort, elle ne bougea d aupresd’elle, la regardant fi fixement au visage que jamais elle n enofta le regard jusques aprés fa mort. Aucunes de ses Damesplus privées luy demanderent à qttoy elle amusoit tant saveue sur cette créature trespaffante ; elle respondit qu ayanttant ouy discourir a tant de fçavans Docteurs que l’ame cyl’esprit sortaient du corps aujft-tost qu il trefpajjoit, elle voulutvoir s'il en sortiroit quelque vent ou bruit ou U moindre rt-fomement du monde au déloger cy sortir , mais qu elle n’yavoit rien apperçeu , cy disoit une raison quelle tenoit desmesmes Doíleurs que leur ayant demandé pourquoy le Cygnechantait avant fa mort, ils luy avaient respondu que c estaitpour l'amour des esprits qui travailloient à sortir par son longcol, pareillement disoit-elle , voulait voir sortir ou sentir ré-sonner cy ouir cette ame ou celuy esprit ce qu il faisoit a sondestoger; cy adjousta que p elle n’estait bien ferme en la foy,quelle ne sf auroit que penser de ce destogement, cy departe-
,ment du corps cy de l'ame, mais quelle voulott croire ce queson Dieu cy son Eglise commandaient sans entrer plus avanten autre curiosité, comme de vray c estait une des Dames auffidévotieufis que l’on eut pA voir , cy qui avoit Dieu auffisouvent en la bouche cy le craignait autant (54). On pour-roit faire bien des réfléxions fur ce Passage; mais conten-tons-nous d’observer deux choses, l’une que cette Prin-cesse est fort excusable d’avoir conçu l’esprit de l'hommecomme un être qui se sépare localement du corps dans lemoment que l’homme expire; car c’étoit en ce fiecle-làl’opinion universelle des Théologiens 8c des philosophes,& c’est encore aujourd’hui l’opinion de tous les Docteursqui ne font pas Cartésiens. Us iuposcnt que l’ame est loca-lement présente dans les organes du corps humain, 8cqu’elle y est coétendue à la matière qu’elle anime, maisqu’au moment de la mort elle cesse d’occuper ce lieu, 8cNnn 3 passe
Qs) Hîla-lion deCoste,Elogesdes Damesillustres ,Tom. 1 J,pog. 274. Ilcite V. Mat-thieu.
(49) Bran-tôme, Da-mes illus-tres, pag.242.
(50) Dam taRcmarrj. (G)de P^inicleHERT.I-CIUS.
(51) Bran-tôme,Damesillustres,
pag.ìn.
(52) Bran-tôme ,Mémoiresdes DamesGalantesTom. II,fog.ì 31.
(S 3 ) Cì-iefi
sas, \em.n-qae (O) deP Article
LOUÏS XI,
( h ) Bran-tôme , Mé-moires desDames il-lustres , pag,NI, 320,
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