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le Gouvernement de Terni, de Rietti, & de Citta Castellana, & la Châfge a’Auditeur de Rote.II reçut le chapeau de Cardinal sous Innocent X, en l’année idfZ. Deux ans après il fut faitEvêque de Bresse. II futDataire fous Alexandre VII, & enfin il fut élu Pape le dd’Oêlobre 1689,à la place d’InnocentXi (a). La guerre, qui étoit violemment allumée entre la Maisond’Autriche & la France, ne contribua pas peu à sélection d’Ottoboní, parce que les Cardinauxneutres craignirent avec raison de trop commettre la Religion Catholique, si l’on créoit un Papequi fût né sujet du Roi d’Efpague, comme étoit le dernier mort, dont la partialité contre laFrance avoit fait un bien infini aux Protestans. Ils crurent donc qu’Ottoboni,qui étoit d’ailleursun sujet papable,feroit plus propre qu’un autre aux conjonctures d’alors, à cauíè qu’il étoit Véni-tien. Le seul avantage, que la France tira de cette élection,est que le Pape Alexandre VIII ani-ma si puissamment les Vénitiens à la guerre contre les Turcs, & les assura d’une si bonne assis-tance, qu’il fit évanouir la paix que l’Empereur auroit souhaité de conclure avec la Porte, pouremploier toutes fes troupes contre les François. Du reste, Alexandre V 111 ne songea qu’à l’a-grandissement de fa Famille (A). Les démêlez de la Cour de Rome avec la France ne lui tin-rent guere au cœur {B). II ne fit qu’amuser les Ministres de Louis XIV, & tout d’un coupil fit voir par la publication d’une Bulle peu avant fa mort (C), qu’il n’avoit fait que les jouer.Dans l’efpérance de le trouver favorable, on changea de style en France j on avoit dit peu de biend’Innocent XI pendant quelque tems, & puis on en avoit dit beaucoup de mal : les Poètes & lesOrateurs commencèrent de reprendre l’encenfoir pour celui qui lui succéda. Mais ils éprouvèrentque pour jouer au plus sûr, il faudroit à l'égard des louanges fe régler fur la Maxime que Solonvouloir que l’on consultât, pour décider du bonheur d’une personne (D). Le Cardinal PierreOttoboni étoit si âgé quand on le fit Pape qu’il ne faut pas s’étonner que son Régné ait étécourt. II n’a pas duré plus de quinze ou seize mois; car ce Pape mourut le prémier jour de Fé-vrier 1691. On fit courir une prédiction fur fa mort qui a bien l’air d’une fourberie ( E).
( A) Il ne songea qu'à Vagrandissement de sa Famille.']Ce qu’on a dit des bêtes, que jamais elles ne font plus dan-gereuses que quand elles mordent en mourant (1), íe peutfort bien dire du Népotisme. Comme il joiìoit de sonreste sous Alexandre VIII, il ramassait toutes fes forcespour mieux dévorer. On pouvoit dire de l’oncle; il estvieux, il se hâte sachant qu’il a peu de tems. Mr. Mé-nagé faisoit un Conte qui viendra ici à propos. Alexan-dre VIII (disoit-il) élu Pape à 79 ans, zv qui en trois fep-ma'mes avoit de]d élevé tous fys neveux , demanda d quel-qu tin de ses familiers ce qu on difoit de lui. Il lui réponditqu on difoit qu’il ne perdait point de tems fur l'avancementde fa famille. Il dit Oh! oh, sono vinti tre bore e mez-za, il est vingt trois heures & demie (z). C est avoir en-terré la Synagogue avec honneur, que d’en avoir usé com-me il a fait envers un abus que son Successeur devoir abo-lir. Le grand âge n’est peut-être pas la feule raison qui aobligé le Pape Ottoboni à user d’une si grande diligence,pour combler de biens toute fa Famille; il considéroit peut-être que Rome avoit eu le tems d’oublier un peu les dés-ordres du Népotisme , qui n’avoient point paru sous lelong Régné d'innocent XI. Les plaintes pouvoient doncetre émouffées à cet égard, & il avoit à faire à des sujetsqui avoienteu le loisir de se reposer de leurs anciennes fa-tigues. Je songe dans ce même moment aux filouteriesdes dateurs, 8c à la souplesse avec laquelle en vrais joueursde gobelets, ils font piroiieter les choses les plus sacrées;mais afin que cette Critique, qui ne vient nullement demon propre fond, ait plus de poids & d’autorité, je laprens d’un Livre fait 8c imprimé à Paris avec Privilège (3).,, Entre les louanges qu’il (4) donne à Innocent XI,„ celle qu’il releve le plus est d’avoir tenu fes neveux dans,, une condition privée, à limitation du Sauveur qui ne,, connoissoit point d’autres parens, que ceux qui faisoient,, la volonté de son Pere. Alexandre huitième ayant eu„ des vues opposées à celles de son predecesseur, Palatio,, a trouvé le moyen de justifier les soins empressez qu’il„ prit de combler les siens de biens 8c d’honneurs, 8c a,, soutenu qu’en cela ce Pape avoit suivi T exemple du mê-,, me Sauveur, qui honora de la communication de son„ Sacérdoce fes proches selon la chair, & les chargea de„ la dispensation de son Evangile : tant T éloquence est„ fertile en inventions,quand il s’agit de flater les passions„ de ceux qui commandent, & d’excuser ce qu’il y a de,, plus irregulier dans leur conduite.
(U) Les démêlez de la Cour de Home avec la France ne luitinrent guere au cœur.] Lassasse étoit néanmoins d’assezgrande conséquence, pour mériter que Ton se hâtât de laconclure : 8c si Alexandre VIII avoit eu autant de zèlepour les intérêts de la chaire de St. Pierre, que pour ceuxde fa Famille, l’attention qu’il faisoit au peu de tems qu’ilavoit à vivre, l’eût porté beaucoup plus à terminer pronr-tement les démêlez de la France, qu’à enrichir promte-ment fa parenté. En différant il a laissé à son Successeurla gloire d’avoir rétabli en France l’autorité du Pape surl’ancien pied; ce qu’il eût été impossible de faire, si Toneût attendu que le Roi de France eût été en paix avec sesvoisins. La bynne Politique vouloir que la Cour de Ro-me fe prévalût des affaires épineuses de la France ; 8c c’estce qu’a fait fort habilement Innocent XII. Certains fa-natiques qui avoient fait espérer que la Ligue formée con-tre la France en 1688 feroit funeste à la Papauté, 8c quela ruine prochaine du Catholicisme commencerait par laréformation de la Cour de France, sont bien éloignez deleur compte , puis que cette Ligue a été cause que laFrance est devenue plus Papiste qu’elle n’ étoit en i68z, 8c
en 168S ; 8c par conséquent que le Papisme a réparé Tunede fes breches. Fou qui fe fie à de telles gens. Voiez láRemarque ( C ) de T Article Bkaunbom.
( C ) Par la publication d’une Bulle peu avant fa mort. ]La Bulle étoit toute prête dès le 4 jour du mois d’Août1690; car elle est datée de ce jour-là; mais elle ne futpubliée que le 30 de Janvier 1691. Elle foudroie tout cequi fut fait au préjudice de T autorité du Pape, dans T As-semblée du Clergé de France Tan i68z. Si elle ne fut paspubliée plutôt, c’est que le Pape vouloit amuser Louis XIV,8c en tirer quelques avantages; mais quand il fe vit au borddu sépulcre, il ne ménagea plus rien, il lâcha fa Bulle.Cela servit de beaucoup aux explicateurs de St. Malachie;on ne savoir comment apliquer à Pierre Ottoboni le sym-bole pœnitentia gloriofa , qui lui convient dans les Prédic-tions de ce prétendu Prophète. On n’étoit pas content dedire que sélection de ce Pape s’étoit faite le jour de SaintBrunon, ou qu’il avoit eu le nom de Pierre : or voilàdeux Saints dont la pénitence a été tout-à-fait glorieuse;cela, dis-je, ne contentoit pas, 8c paraissent trop forcé 8ctrop amené de loin; mais la Bulle fit dire qu'enfin Alexan-dre V111 s’étoit repenti glorieusement, du suport qu’ilavoit eu pour la Cour 8c pour le Clergé de France (3).J’observe ici que le Décret de T Inquisition du 7 Décem-bre 1690, contre trente 8c une Propositions, chagrina lesThéologiens de TEglise Gallicane. Voiez la Lettre d’unAbbé à un Prélat de la Cour de Rome (6).
{D) La Maxime que Solon vouloit que l'on consultât pourdécider du bonheur d'une personne.] Cette Maxime est qu’onne peut juger avant qu’un homme soit mort, s’il est heu-reux; car ceux qui nous paraissent heureux, fe verrontpeut-être dans les plus horribles misères, avant que de sor-tir de ce monde. Ovide a fort bien exprimé cette penséede Solon (7). L’instabilité ou l’obliquité du cœur hu-main devrait faire qu’à l'égard des louanges on attendità les donner que les gens ne fussent plus. On s’épargne-rait le changement de langage, 8c bien d’autres choses aussi.Salvien n’a pas ignoré cette Maxime. Sapientia, ìnquitsermo divinus, in exitu canitur. Cur eam non dixit cani inpueritia, non in juventute, non in statu rerum incolumium,non in profperitatibus fecundorum f Scilicet quia in his omni-bus quicquid laudatur incertum est. 6 }uàm diu enim quisfubjacet mutationi , non potest cum fecurìtate laudari. Etideo, ut ait, sapientia in exitu canitur. Exiens enim quisde incertis periculorum, certum merebitur évasa omni rerumvarietate fuffragìum : quia tune fiabìlis zv firma laus est,quando meritum non poterit jam perire laudati. Sapientia,inquit, in exitu canitur (8).
( E ) On fit courir une prédiâlion fur fa mort qui a bienl’air d’une fourberie.] Un François, dont je tais le nom,avoit écrit de Gcneve à fes amis de Hollande, vers Jecommencement de l’hiver de Tannée 1690, qu’a Milan unhomme avoit été chez son Confesseur, pour lui dire, qu ilfe fentoit proche de fa fin ; qu’il mourroit dans z jours, sonfrere dans 4, le Pape à Noël, z? le Roy de France à Pâques.Le Nouvelliste ajoûtoit que les deux frétés étoient mortsau tems marqué. Dès qu’on fut que le Pape n'étoit pointmort à Noël, on laissa tomber la nouvelle: mais on lareleva pendant le siégé de Mons (9); 8c pour lui donnerdu poids, on ne parla plus du jour de Noël à l’égard duPape- Thommede Milan, disoit-on, a seulement dit quele Pape mourroit dans quelques semaines. 11 feroit à sou-haiter aue quelqu’un se donnât la peine de tenir regîtrede ces sortes de prédictions. Si on les avoit marquées an paran dans les Chroniques, nous serions peut-être aujourd’huimoins sujets à nous en laisser leurrer.
T O m. ni.
M MércufûGalant duMois d'Ocl»*br e 1689 .
(5) VaUz 'le Journalde Leipsic #1691, pag.iji.
(6) Elle con mtient 66 pagesin 12 dansmon Edition »tjui ejl la 2.
Il y a au Ti~tre , Jouxte laCopie impri •mee à Tou-louse 1691.
(j) Sed fd- ■lìcet ultimAfimperExfpeftandœ
dies hominì ?dicicjiie beat uslAnte obi -tum nemofupremacfuefunera débets
Ovid Me-tamorph»Libr. nui■ 135 -
(8) Salvia-nus, contraAvaiitiam,LìLr. IV,pag. m. 145.
( vl Au Moisde Mars
I691,
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