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Tome troisieme. K - P.
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OVIDE. 559

nérale, puis qu’il est assujéti aux confusions Lc aux contrariétés les plus afreuses qui aient pu

être

si?) Ovid.Metam.l.s. 18 .

mens, il devoit savoir que Pantipathie de leurs qualitezsubsiste toûjours, & qu’il n’y a jamais entre elles ni paixni treve, non pas même lors qu’elles composent le tem-pérament des corps mixtes ? Elles n’y entrent qu’après uncombat où elles se sont réciproquement estropiées; & s’ily a des momens où leur combat est interrompu, c’est àcause que la résistance des unes est précisément égale àl’activité des autres. N’en pouvant plus, elles reprenentbaleine, toûjours prêtes à i'e harceler , & à se détruiremutuellement dès que leurs forces le permettront. L’é-quilibre ne peut pas durer long-tems; car à toute heure ilvient du secours ou aux unes ou aux autres, & il faut detoute nécessité que l’une perde ce que f autre gagne. AuíììOvide voioit encore que comme au teins du Cahos leurcombat régnoit partout, & jusqu’aux petits recoins dumême mixte : Corpore in u n o frìgida pugnabant cali-dis, humentia ficcis , Mollta cum duris, fine pondéré habentiapondus (57). Les loix de ce combat font que le plus foi-ble soit entièrement ruiné selon toute l’étendue de la puis-sance du plus fort. La clémence ni la pitié n’y ont pointde lieu; on n’y écoute aucune proposition Raccommode-ment. Cette guerre intestine prépare la dissipation du com-posé , & tôt ou tard elle en vient à bout. Les corps vi-vans y font plus sujets que les autres, 8c succomberaientbientôt si la nature ne leur fournissoit des ressources; maisenfin le contraste de la chaleur naturelle > & de l’humideradical, leur devient mortel. La force du teins qui con-sume tout, 8c qu’Ovide décrit si bien au XV Livre desMétamorphoses (58), n'est fondée que fur le combat descorps. Notre Poète en faisant cette Description ne se sou-vint plus de ce qu’il avoir débité dans le Chapitre du Ca-hos. On n’a donc qu’à comparer le commencement deson Ouvrage avec la fin pour le convaincre de contra-diction. II assûre dans le premier Livre, que la discordedes élémens fut étoufée, & il dit dans le XV Livre qu’ilsse détruisent tour-à-tour, & que rien ne persévère dans lemême état.

Hue quoque non perfiant , qu& nos elementa vocamus (;ç>).

&») Ovid.

Libr t XV

v»f. '

2Z7.

Omnia fiant

Ex ipfis, & in ipfa cadunt: refolutaque tellusIn liquidas rarefeit aquas ; tenuatm in auras■Aeraque humor abit ; dempto quoque pondéré rurfiusIn superos aer tenuijfimus emicat ignés.

Inde rétro redeunt, idemque retexitur or do ;

Ignis enitn denfum fpifiatus in aéra transit ■

Hic in aquas : tellus glomerata cogitur undâ.

Nec fipecies sua cuique manet : rerumque n'ovatrixEx aliis alias réparas natura figuras (60).

II raporte ensuite plusieurs exemples des conquêtes queles eaux font fur la terre, & la terre fur les eaux, 8cc.Ou est donc cette pacification qu’il a prônée dans son ILivre ? Volez la marge (61).

Quand même il ne se ferait pas contredit, nous pour-rions le, censurer avec beaucoup de raison ; car le monde, devant être un théâtre de vicissitudes, rien n’auroit étéplus mal-à-propos que de mettre en paix les quatre élé-mens : 8c bien loin que la cessation du Cahos eût dû finirleurs querelles, il aurait falu commencer à les mettre auxprises les uns avec les autres, s’ils euílent été de bonne in-telligence pendant le Cahos. C’est par leurs combats quela nature devient féconde ; leur concorde la rendrait stéri-le , & fans la guerre implacable qu’ils se livrent par toutoù ils se rencontrent, on ne verroit point de générations.La production d’une chose est toûjours la ruine d’une au-tre (6z). Generatio unius est corruptio alterius. C’est unAxiome de Philosophie. 11 eût donc falu qu’Ovide pré-suposàt que le Dieu, qui assigna des places distinctes auxquatre élémens, leur ordonna de se batte sans quartier, &de s’ériger en conquérans très-ambitieux qui emploiassenttoutes sortes de moiens, pour envahir les états de leursvoisins. Le souhait de Didon aurait dû être semblable aucommandement qu’il leur fit.

Hune, olim, quoeunque dabunt fie tempore vires,

IÁttora littoribus contraria, fiuSïibus undasImprecor , arma armis, pugnent ipstque nepotes (63).

Ils se conduisent effectivement comme .s’ils avoient reçucet ordre, 8c que leur passion la plus ardente fût de lebien exécuter. Le froid étend fa sphere le plus qu’il peut,& y détruit son ennemi. Le chaud lui rend la pareille, &tour-à-tour ces deux qualitez se rendent maîtresses de lacampagne, l’une l’hiver & l'autre l’été, & imitent ces ar-wi.ées victorieuses qui après le gain d’une bataille décisive

contraignent leur ennemi de se sauver dans ses citadelles,l’y poursuivent, l’y assiègent, Sc le réduilent aux abois.Le froid se sauve pendant l’été dans les cavernes & dansles creux souterrains , 8c afin de n’être pas entièrementoprimé il redouble les efforts de fa résistance, Sc se fortifiele mieux qu’il peut par la vertu que l’on nomme antipe-ristaíè; le chaud fait la même chose pendant l’hivcr. LesPhilosophes élémentaires, qui expliquent ainsi les effets dela nature, nous disent que chaque qualité s’efforce de sub-juguer de telle maniéré les sujets qu’elle combat, que noncontente de les rendre ses vassaux, 8c de leur faire porter seslivrées, elle veut les transmuer en fa propre condition,omne agens , disent-iis, intendit Jìbi ajfimilare pasfurn. l’eut-on voir une animosité plus guerriere, 8c plus ambitieuseque celle-là ?Empedoclese trompoit en associant aux qua-tre élémens l’amitié & l’inimitié, celle-là pour unir, 8ccelle-ci pour désunir (64). On lui accorde que l’union 8cla désunion des parties font très-nécessaires pour les pro-ductions de 'la nature ; mais il est sûr que l’amitié n y anulle part : la seule discorde, 8c la seule antipathie des élé-mens assemble des corps en un endroit, 8c les disperse enun autre. II ne faut donner ces deux qualitez d’Empe-docle tout au plus qu’aux corps vivans : mais Pair 8c lefeu, l’eau Sc la terre, n’ont plus d’autre adjoint que l’ini-mitié.

Les corps vivans s’aquitent très-bien de P ordre qu’Ovi-de devoit suposcr que Pauteur du débrouillement du Cahosdonna de s’entre-détruire; car il est vrai au pied de la let-tre qu’ils ne se nourrissent que de destruction : tout ce quisert à P entretien de leur vie perd sii forme, 8c change d’é-tat 8c d’espece. Les végétaux font périr la constitution 8cles qualitez de. tous les sucs dont ils peuvent s’em parer.Les animaux exercent le même ravage fur toutes les cho-ses qui leur servent d’aliment. Ils. s’entre-mangent les unsles autres, 8c il y a plusieurs especes de bêtes qui ne sefont la guerre que pour dévorer l’ennemi qu’ils auront tué.Les hommes en certains pais n’en usent pas autrement, 8 cils font par tout de grans destructeurs. Je ne parle point icides carnages qui procedent, ou de l’ambition, ou de l’a-varice, ou de la cruauté, ou detelles autres passions quicausent les guerres; je ne parle que des effets du foin quel’on a de nourrir son corps. L’homme à cet égard est unprincipe fi ruineux & si destructif, qu’au cas que tous lesautres animaux le fussent autant à proportion, la terre fe-rait incapable de leur fournir assez de vivres. Quand onvoit dans les rues 8c dans les places des grandes villes cettemultitude prodigieuse d’herbes, & de fruits, 8c d’une in-finité d’autres choses destinées à la nourriture des habitans,ne diroit-on pas, en voilà pour une semaine ? S’imagine-roit-on que cet étalage se devra renouveler chaque jour?Croirait-on qu’une fente aussi petite que la bouche humai-ne fût un gousse, 8c un abyme,qui engloutit tout cela enpeu de tems? II n’y a que l’expérience qui le puisse per-suader. On a publié depuis peu le Saint-Evremoniana; j’yai trouvé ces paroles (65) ; On dit qu'il y a dans Paris jus-,qu a, quatre mille vendeurs d'huîtres, que l’on y mange cha-que pour quinze cens gros bœufs, zv- plus de seize mille mou-tons , veaux , ou cochons , outre une prodigieuse quantité de vo-laille & de gibier. Jugez de ce qui arrive dans les pais oùles gens font plus carnaciers, & plus grans mangeurs.

Telle étant donc la condition de la nature, que les êtresfont produits 8c conservez par la ruine les uns des autres,il ne saloir pas assurer que la guerre des élémens fut paci-fiée lors que le monde commença, 8c qne le Cahos finit (66).

II sufifoit de dire que la situation 8c les forces des comba-tans furent réglées. 8c balancées de telle forte que leurs hos-tilitez continuelles ne produiraient point la destruction dePOuvrage.mais seulement des vicissitudes qui auraient leursngrémens, per quefto variar natura e bella, comme disent lesItaliens. Quelques-uns peut-être s’imagineront que la guer-re n’aiant point cessé par Parrangement des principes, cenp fut point tant une cessation du Cahos, qu’une ébauchede débrouillement,. 8c qu’après que cette ébauche, c’est-à-dire, notre monde aura duré un certain nombre de sié-cles, elle sera suivie d’un monde beaucoup plus beau,d’oùla discorde sera banie. Et ils prétendront peut-être queSaint Paul (67) confirme leur sentiment, lors qu’il dit quetoutes les créatures soupirent après la délivrance de Pétâtde vanité 8c de corruption où elles se trouvent. Ils di-ront ce qu’il leur plaira, je ne m’amuserai point à exa-miner leurs pensées.

Notez que dans les principes de Méchanique dont lesnouveaux Philosophes se servent pour expliquer les effetsde la nature, il est plus aisé de comprendre que par laPhysique des quatre élémens la guerre perpétuelle que sefont les corps. Car toute faction des six qualitez élémen-taires n’étant autre chose selon la nouvelle Philosophieque le mouvement local, il est clair que chaque corpscombat tout ce qu’il rencontre, 8c que les parties de lamatière ne tendent qu’à se choquer, qu’à se briser, qu ’àse comprimer les unes les autres, selon toute la rigueurdes loix du plus fort.

(64) Votez,Aristote, atiLivre VIIIde sa Physi-que , ChapitreI ■> & Dioge-ne Laerce*Lìbr, Viu ,num, 76 7 H*ibi Aldo-brandinus& Ména-ges.

(651 ^4 lapage Z9ìEdition deBail, !7or.

(66) Votezdans le TomeXVtll de

Bibliothè-que Univer-selle , p agi

2Z, unemarcfut contrece cjida ditGrégoire deNazianzedans fa XIIHarangue,que CVnìverss*entretientpar la paix %

(67) Epîtreaux Ro-mains,

Chap. VIII,Vers. iy frsuiv : c’eft unpaflage quidonne bien.de la peinea ux Commen-tateurs*