ALLIÉS.
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L’ennemi resta dans sa position toute la journée du lendemain sans oser inquiéter la retraite des Français . Il perdit9 mille hommes et plusieurs pièces de canon, qui tombèrent en leur pouvoir sur le lieu même où il s’était flatté de lesfaire passer sous des fourches caudines.
La campagne de 1814 ayant été une série de combats stratégiques plutôt que de batailles rangées , il est plus difficiled’en donner des plans et des légendes ; nous avons dû nous borner à des cartes demi-topographiques, suffisantes poursuivre un précis chronologique des opérations.
Napoléon, vaincu à Leipzig, n’avait ramené sur le Rhin que de tristes mais honorables débris d’une armée en proieà la faim et à une fièvre nerveuse épidémique.
Il fallait mettre des garnisons nombreuses dans la double enceinte des places qui couvre les frontières de France etde Hollande ; à peine l’armée entière y eût-elle suffi. L’empereur résolut donc de laisser une multitude de postesimportants sans défense, et, les principales forteresses gardées, il ne lui resta pas 80 mille hommes disponibles. Unmouvement national spontané était seul capable de sauver la France de l’invasion de 400 mille alliés victorieux quise pressaient sur ses frontières. Mais la division se mit au sein même de l’État, et la nation, épuisée d’hommes, nemontra pas la fermeté qui eût été nécessaire dans la circonstance.
Napoléon , seul, ne désespéra pas de faire tète à l’orage , et fit partager sa noble confiance à quelques milliers deses braves compagnons d’armes.
Toutes les mesures compatibles avec la sûreté intérieure de l’empire furent ordonnées, mais les besoins étaientinouïs et les ressources disproportionnées : 95 mille hommes seulement (y compris la garnison de Mayence ),bordaient le Rhin. Davoust gardait encore Hambourg; Soult couvrait les Pyrénées contre Wellington et la popu-lation armée de toute l’Espagne; Suchet gardait la Catalogne; le prince Eugène défendait l’Italie sur le Mincio.Napoléon eut d’abord l’idée de l’appeler à Genève, en se contentant de laisser des garnisons à Manloue et Alexandrie ,dont le siège aurait occupé l’armée autrichienne de Bellegarde; mais Eugène, lui ayant observé que tous ses Italiensle quitteraient s’il passait les Alpes , il dut renoncer à cette concentration , qui eût été si désirable.
Malheureusement, des garnisons considérables occupaient encore les forteresses de l’Oder et de l’Elbe , ainsi quecelles de Catalogne : il n’était plus temps de les retirer pour défendre le sol français .
Les débris de l’armée d’Allemagne observaient la ligne du Rhin : Macdonald avec 16 mille hommes à Wesel ,Dusseldorf et Nimègue ; Marmont avec 22 mille entre Mayence et Strasbourg; Victor avec 12 mille sur le haut Rhin ;Ney rassemblait une réserve deiomille hommes en Lorraine ; Mortier, avec la vieille garde, couvrait la route de Troyes .
Un corps d’élite, tiré de l’armée de Catalogne, marchait sur Lyon , oû Augereau devait rassembler 25 mille hommespour garder Genève, se réunir au vice-roi d’Italie et agir par la Suisse sur les communications des alliés. Enfin, legénéral Maison organisait à Lille un corps destiné à couvrir Anvers et maintenir la Belgique dans l’obéissance.
Napoléon, convaincu que l’ennemi, forcé de laisser beaucoup de corps d’observation devant Mayence , Landau,Strasbourg, Besançon, Metz et Thionville , n’arriverait qu’avec J 20 mille hommes en Champagne , comptait réunir100 mille hommes à Châlons et fondre sur les armées des alliés : 125 bataillons de gardes nationales, levés à la hâte , etdes renforts tirés d’Espagne , formaient ses principales ressources, en y ajoutant 25 mille conscrits , répartis dans lesdépôts. Ces forces lui parurent suffisantes pour déjouer les projets de ses ennemis; ses espérances furent cruellementdéçues.
L’Allemagne entière, soumise à un comité-directeur, avait suivi l’exemple de la Prusse, et 200 mille hommes delandwehr, levés spontanément, bloquèrent les places, et rendirent toutes les troupes aguerries disponibles pour lesopérations offensives : ainsi, une masse de soo mille combattants allait successivement envahir l’empire qui avaitébranlé l’Europe jusque dans ses fondements.
L’impossibilité oû l’on s’était vu de garnir la Hollande, et l’esprit hostile de ses habitants contre Napoléon , permirentà Bulow, précédé de quelques partisans, de passer le Rhin et le Wahal, et d’envahir ce pays, qui s’insurgea contrede faibles garnisons, insuffisantes même pour y maintenir la police. Telle était la faiblesse des moyens sur cette partiedes frontières, que Winzingerode passa le Rhin vers Dusseldorf dans quelques barques, malgré les glaçons quecharriait ce fleuve ; Blücher le passa vers Mayence , et Wittgenstein le franchit avec les corps de Sacken et de Saint-Priest vers Brisach , suivi des Bavarois et des Wurtembergeois ; Schvvarzenberg, avec l’armée principale , sous prétextede faire de la stratégie, remonta le fleuve jusqu’à Bâle et pénétra en Suisse , dans l’espoir, non-seulement d’ysubstituer l’influence autrichienne à l’influence française, mais encore pour s’emparer de Genève et obtenirl’évacuation de la Lombardie en menaçant la retraite du vice-roi par l’occupation des Alpes .
Le quartier général des souverains, avec les gardes et les réserves, filèrent par Bâle et Montbelliard sur la route deVesoul à Langres. Le gros des Autrichiens se dirigea sur Dijon .
PREMIER PROJET DE NAPOLÉON.
Napoléon , voulant éviter des engagements partiels, ordonna la concentration de ses troupes sur la Marne-Moyenne,mais jugeant la nécessité de gagner quelques jours, il porta ses gardes, aux ordres de Mortier, au-devant des colonnesde Schwartzenberg. Elles défendirent avec intrépidité la position de Langres ; toutefois, il fallut céder le terrain àune armée formidable et se replier sur Troyes . Après avoir institué un conseil de régence , présidé par son frèreJoseph, en qualité de lieutenant de 1 empire , Napoléon partit, le 25 janvier, pour Châlons. Instruit que Blücher traversait la Lorraine par Saint-Diziei, Wittgenstein et les Bavarois par Joinville , tandis que Schvvarzenberg arrivaitprocessionnellement à Dijon , 1 empereur eut d’abord l’intention de se jeter sur le général prussien, en manoeuvrantsur ses communications : il réunit, à cet effet, les corps de Marmont, de Victor, de Ney, et s’avança, le 27 janvier, suiSaint-Dizier ( PI . xxn). Blücher avait déjà filé sur Joinville pour y passer la Marne, et se diriger sur Troyes , tandisque York passerait la Meuse à Saint-Mihiel .
L’empereur avait ainsi coupé en deux l’armée de Silésie ; mais pour en profiter, il fallait entamer Blücher avantqu’il pût se réunir à Schvvarzenberg. Napoléon se rabattit vivement par Montiérender à Brienne, oû il arriva le 29