PAGE $2.
Ney prend ce feu pour le signal du combat et se lance trop tôt sur Ailles et le platèau au sud de ce village : arrêté pardes batteries redoutables, il ne peut rien espérer tant qu’il ne sera pas soutenu. — Yictor, arrivant avec sa tête decolonne àYaucler, attaque sur-le-champ la ferme de Heurtebise ( 6 ); à peine a-t-il formé quelques bataillons et mis unedixaine de pièces en batterie, qu’il est blessé d’une balle à travers la cuisse. Woronzof refuse un peu sa gauche et unecanonnade effroyable s’engage. Nansouty (s), de son côté, avance contre la droite ; mais privé de son artillerie, qui n’a pusuivre à cause des mauvais chemins, il est arrêté par la cavalerie légère des Russes , soutenuepar des batteries de position.
Napoléon, impatient de tant d’obstacles, lance Grouchy pour gagner le flanc gauche des Russes ; en tournant le petitbois de Saint-Martin, il est frappé, comme Yictor, d’un coup de feu à la cuisse, et ses escadrons, privés de chef, sontmitraillés sans avancer ni reculer d’un pas. Les Français , débouchant successivement et avec peine à cause des mauvaischemins, étaient accablés par un feu d’artillerie et de mousquelerie également meurtriers. Woronzof en profita habi-lement et lança le général Swarikin sur l’aile droite de Ney qui gagnait du terrain, la ramena dans le bois et le foudroyajusque dans le ravin de Vaucler avec une artillerie bien servie.
Le général La Ferrière débouche alors avec quelques escadrons, qui chargent à leur tour, mais il est grièvementblessé et sa poignée de cavalerie est également repoussée. Enfin, le reste du corps de Yictor et la garde commençaientà déboucher, et le combat allait prendre une tournure funeste pour les Russes , lorsqu’ils se replièrent derrière Ailles (bb).Dans ce moment critique, Woronzof reçoit l’ordre de retraite sur Laon et l’avis que Sacken a déjà commencé sonmouvement rétrograde en portant toutefois la cavalerie de Wassiltschikof à son soutien, pour lui faciliter le sien»Woronzof jugea sa perte certaine s’il abandonnait ainsi l’étranglement du plateau pour gagner sa plus grande largeur,où les Français auraient toute facilité de déborder ses flancs. Il préféra attendre de pied ferme et gagner les approchesde la nuit.
Napoléon n’était pas homme à en rester là. Voyant la garde arriver, il prescrivit au général Charpentier , qui remplaçaVictor, de se jeter de nouveau sur Ailles (g), en même temps que Friant avec la vieille garde et la réserve d’artillerieseconderaient la gauche de ce corps, et que la cavalerie de Colbert chargerait sur le plateau. Nansouty devait étendrela sienne à gauche dans le vallon de Yassogne (7). Ce triple effort réussit. Woronzof sentit qu’il était temps de songer àla retraite, et commença à l’exécuter en échelons par Cerny (ff).
Napoléon s’en aperçoit et fait aussitôt prolonger la gauche pour en profiter (s). Il fait former en batterie 50 pièces deréserve de la garde et foudroie, à son tour, les rangs ennemis. Relliard prend le commandement de toute la cavalerie,avec ordre d’appuyer à gauche (9) pour prendre en flanc la droite de Woronzof, qui a fait halte à Cerny. Sa faiblecavalerie est repoussée, sa ligne menacée, lorsque Wassiltschikof (g) se jette à son tour sur la cavalerie française etpar plusieurs charges à propos, en arrête l’élan. Ney (10) suivait avec non moins d’ardeur la gauche. Celle-ci, pousséevers Ouarmont, se rejette sur le chemin de Che vrigny pour y passer la Lette ; elle est criblée de mitraille par les batteriesfrançaises . Mais l’artillerie de Langeron (dd), qui a déjà repassé cette rivière vers Troucy, favorise son opération.{Voyez la carteXXI.)La droite dut dèslors accélérer son mouvement de retraite et se rallia àSacken (ee), vers Chavignon,pour y attendre la division Roudsewich, qui évacuait Soissons. Elles continuèrent, dans la nuit, le mouvement sur Laon .
Telle fut la sanglante journée de Craonne, dont les deux partis peuvent avec orgueil revendiquer l’honneur. Les Russes y eurent, il est vrai, 6 mille hommes hors de combat; mais séparés de leur armée et compromis, ils se replièrent sanslaisser ni un prisonnier, ni un caisson, au pouvoir de l’ennemi. Les Français , dont la perte fut au moins égale, mon-trèrent, dans le premier acte de la journée, où leurs forces n’étaient pas encore réunies, un dévouement non moinsglorieux que la résistance de leurs adversaires.
PLMCHE XXVI ET CASTE 31.
BATAILLE DE LAON.
üHarcljt te Hapolfon ïre Hrims sttr ^Irris.
Napoléon suit l’armée russe et prussienne, avec Mortier et Ney, sur Laon, par la route de Soissons et le défiléd’Etouvelles, tandis queMarmont marche par la route de Bery-au-Bac etFéthieux.
Napoléon trouvant, le 8 mars, le défilé d’Etouvelles bien gardé, chercha à le tourner dans la nuit par les hauteurs deMons. L’officier d’ordonnance, Gourgaud, conduisit une colonne destinée à enlever Laon par un coup demain, et à prendreà revers la position de l’ennemi derrière l’Ardon, tandis que Ney forcerait le défilé de front. Mais la colonne tournantefut arrêtée par des obstacles imprévus. Le 9 mars, à l’heure convenue, Ney se jeta avant le jour sur le défilé, surpritl’infanterie ennemie dans Etouvelles et la refoula tout en désordre surChivi, où Gourgaud le rejoignit trop tard.
Ney (1,2) et Mortier ( 3 , 4 , 5 ) chassèrent ensuite l’avant-garde de Bulow de Sémilly (9) et Ardon ( 6 ) ; Ney prit égalementle village de Glacy (7 et 8 ), mais Blücher voyant le petit nombre des vainqueurs, fit avancer les corps de Woronzof (aa)et Bulow (bb) pour reprendre ces villages. Winzingerode (ce), de son côté, manœuvra sur Mons , pour tourner la gauchedes Français . Ceux-ci furent d’abord ramenés, mais une belle charge de Belliard rétablit le combat, et Bulow fut repoussésur Laon . Sémilly et Ardon furent disputés toute la journée.
Napoléon attendait avec impatience des nouvelles de Marmont. Celui-ci, parti de Corbeny; avait eu de la peine àdéloger l’avant-garde de Kleist de Féthieux ( 10,11 et 12 J et combattit ensuite jusqu’à la nuit pour s’emparer d’Athies, quidemeura en son pouvoir. Le corps prit position entre ce village et les hauteurs de Chauffour.
Blücher avait beau jeu pour déjouer ces entreprises décousues : le plateau de Laon semblait placé exprès pourmasquer ses mouvements, et lui permettre d’accabler les ailes de son adversaire. Il ne manqua pas d’en profiter : laissantau corps de Winzingerode (cc) et de Woronzof (aa) le soin de contenir Napoléon , et confiant à Bulow (ee) celui decouvrir Laon, il résolut de jeter Langeron (M), Sacken fü), Kleist (kk) et York (gg) sur Marmont vers Athies. Ce faiblecorps 11’était pas de force à soutenir le choc et n’eut pas le temps de l’éviter. Attaqué subitement dans ses bivouacs aumilieu de la nuit, par le prince Guillaume de Prusse (/), secondé de la cavalerie de Zielhen (m) et d’une nuée de troupeslégères russes (00), il lui fut impossible de faire aucune disposition défensive. Les troupes, ébranlées par une tellesurprise, résistèrent d’autant moins qu’elles furent attaquées à revers par l’avant-garde du corps de Kleist , qui remontale ruisseau de Sauvoire (n). Forcées à une retraite désordonnée, sur Bery-au-Bac, elles abandonnèrent 2,500 prisonniers,45 pièces de canon et 130 caissons. Les infatigables cosaques les poursuivirent jusqu’à Craonne .