Band 
Tome quatrieme. [F - JAM.]
Seite
352
JPEG-Download
 

Z 54 , FUR

La Fureur étoit une Divinité chez ies Romains. Aumoins Pétrone en parle comme d’un Dieu. Vosiìus,De Idol. L. VIII, C. 10. Virgile le décrit dc mê-me, Enéide, L. I, v. 3 ç 8. L’un Sc l’autre le repré-sentent la tête teinte de sang, le visage déchiré dcmille plaies, & couvert d’un calque tour lauglant,enchaîné pendant la paix, les mains liées derrièrele dos , a (lis íur un amas d’armes , dc írémisiant derage; cn d’autres temps ravageant tout, après avoirrompu ses chaînes. Ils cn faiíoient un Dieu, par-ceque furor en Latin est malculin.

FURIBOND, ONDE. adj. Sc f. Qui est en furie, su-jet à entrer en furie. Furore amens, inflammatus ,jurìlmndus. Un air furibond. Boil. Il vint à nous toutfuribond.

Il est aulli substantif. C’est un furibond,

FURIE. f. f. Paillon violente de l ame, qui la transporte,qui outre sa colère. Furia , furor. En ce sens c’est lamême chose que fureur , quand ce dernier est prisen mauvaise part. Autrement on ne pourroit pas lesconfondre, Sc les prendre indifféremment l’un pourl’autre, A? car il y a plusieurs occasions où ces deux. mots ne peuvent pas. figurer l’un pour l’autrê. Ondit, fureur poétique, fureur divine, fureur martiale,fureur héroïque, & non pas fune. A u contraire, ondit la jurie d t: combat, h furie du mal; Sc l’on nedirolr pas, la fureur du combat, du mal. Il sembleque le mot de fureur dénote d avantage l’agitationviolente du dedans, Sc le mot de furie, les aidionsviolentes du dehors. De 'plus, fureur se prend enbonne Sc cn mauvaise part, Sc furie ne se prend qu’enmauvaise part. On dit pourtant 1 un Sc l’autre en par-lant des animaux. Un lion en fureur ou en furie.

VEnfer s’émeut au bruit de Neptune en furie.

Boil.

Furie , dans ce sens, se dit auílî des animaux. La. furied’un taureau. Le lion est dangereux dans (a furie,quand il est entré en furie, ft? On Je dit de mêmedes choies inanimées. La furie des vents, de la tem-père. Les ffots en furie. Il désigne par-tout un mou-vement violent Sc impétueux. ,fjCF FuRiE.fe dit ausiì de tout ce qui se fait avec ardeur,avec impétuosité de courage. Vis, impetus. Ces peu-ples vont au combat zvtc furie, donnent surl’ennc-mi avec furie.

Furies , se dit en Mythologie de certaines Divinités in-J fernalcs que les Poètes Païens feignoient entrer dansles hommes pour les posséder & les tourmenter. Lesfuries é toi en t les ministres de Pluton & les vengeres-ses des crimes. Strabon les peint vêtues de longuesrobés qui leur tomboient jusqueslur les talons, Skqu’une ceinture serroit à la hauteur de la poitrine.* Seguin Sc Spanheim prétendent que c’est ellesque Ion voie fur une médaille de l’Empcreur Phi-iippe , fiappee à Antioche, au revers de laquelle pa-rement trois figures de femmes habillées commenous venons de dire , Sc armées d’unc clef, de tor-ches ardentes, dc poignards Sc de serpens. Struvius,qui luit ces Auteurs, Antiq. Rom. Sykt. c. I, pag.1S2, ajoute que les trois Furies ne font peut-êtrepoint différentes de la triple Hécaté , qui poursuit lesmédians dans les enfers, fur la terre Sc dans le Ciel.Oreste étoit agite par le s Furies. Les Poètes en comp-tent trois : Tisiphone, Megere, Alecto.' Quelqtses-uns en ajoutent une qustiieme, qu’ils nomment Lis-sa , mot Grec qui signifie rage. Ils les représententavec des yeux en feu, la tete coëffée de serpens ,& tenant en leurs mains des fouets Sc des torches ar-dentes, pour punir les coupables. Eschyle est le pre-mier qui ait donné des serpens au x Furies. Ne croyezpas que les Dieux envoient des Furies avec des tor-ches ardentes pour épouvanter les criminels ; les cri-mes font les bourreaux de chaque scélérat, 11 n’y apoint d’autres furies , point d’autres feux , point d’au-tres flambeaux qui causent ces terreurs, Sc ces ega-remens ou ils tombent. Cicer. Les Furies , ces tristesDivinités, ne sent point ailleurs qu’au-dcdans de

FUR

nous, Sc ne nous tourmentent que par la vue descrimes que nous avons commis. Le P. le B. Le Nar-cisse étoit consacré aux Furies. Ceux qui leur fai-íoient des sacrifices s’en couronnoient. C’est Eustachcqui nous l’apprend fur le premier Livre de l’iliade *p. 87.

On appeloit ausiì les Furies , Peines, Pœnœ , noi'wi,à causé des peines ou supplices qu’elles faiíoientsouffrir aux criminels, comme on les appeloit Fu-ries , à cause de la fureur qu’elles jettoient dans leurconscience, dans leur cœur. Voss. De Idol. L. VIII,C. XVIII. Les Grecs les appellent Euménides; voyezce mot. Les Furies étoient filles dc l’Achéron & dela nuit. Hésiode leur donne une autre origine. Théo-gon. v. 18 f. Il ne distingue point les Erinnyes desFuries. Elles naquirent, dit-il, des gouttes de sangqui tombèrent de la plaie que Saturne fit à CœluSson père, Sc que la terre reçut. Il ne les borne pasnon plus à trois, & n’en dit point le nombre. Gas-pard Barthius, lur la Thébaïde de Staee, Liv. IV>v. 4S7, Sc autres, ont expliqué savamment plusieurschoies touchant les Furies.

Vosiìus, à l’endroit cité, croît que le mot furie ,furia , vient de l’Hcbreu jns , f ara , vindicia , ven-geance , supplice qui se rire d’un crime.

On dit figurément d’une méchante femme, d’uncfemme emportée, que c’est Une furie, que c’est uneMégère. Le peuple dit, c’est une furie d’enfer. A undiscours d’amour il faut bien par honneur contrefairela furie. La Font.

Furie. Satin Sc taffetas des Indes Sc de la Chine, peintdans le pays, ou imité en Europe , particulièrementen France, cn Hollande & cn Flandre. Ces latinsont été ainsi appelés, à cause des figures hideuses dcíerpens, d’animaux & de monstres dont ses premiersqui furent apportés en France étoient chargés.

t£T FURIEUSEMENT, adv. Avec furie. Il est raremensen usage dans ce sens ; mais on a abuíé de ce tenuepour lui faire signifier la même chose que prodigieu-sement , excesiìvement. Cette pièce est furieusementlongue. Cette femme est furieusement laide. Elle estfurieusement riche. Elle ment furieusement.

FURIEUX, EUSE. adj. Qui est en furie, transporté defureur. Furiosus , furens , furore amens. Cet ivro-gne est furieux dans le vin. Aller en furieux affron-ter les hasards, Boil. Un lion , un taureau furieux*Dans lçs premiers temps de la République Romaine,on étoit furieux de liberté & de bien public : l’amout 1de la patrie ne laissoit rien aux mouvemens de 1 *nature. S. Evr.

Mais, quoique seul pour elle , Achille furieuxEpouvantoit Varmée , & partageoit les Dieu*'

Furieuse elle vole , & fur Vautel prochain,Prend le sacré couteau, le plonge danssonsein.

Furieux se dit ausiì de tout ce qui a de la violence ìde l’impétuosité, de l’excès. Il y eut un furieux com'bat fur mer. Il essuya une furieuse tempête. lissait jj 1 *, furieux froid, ou une chaleur furieuse. C’est un R*"'rieux buveur. Un furieux torrent.

Mon Dieir, que votre amour en vrai tyranEt qu il prend sur les cœurs un furieux empti* "

Ains des hautes montagnesTombe un torrent furieux,

Qui ravageant les campagnes ,

Se fait passage en tous lieux. Ab. Têtu.

Furieux se dit ausiì de ce qui est prodigieux,extraordinaire.dans son genre, Sc qui cause —nriration. Immanis. Voilà une furieuse baleine, ,furieux monstre, un furieux turbot. On a fati° erieux travaux, une/«rie«/è dépeníe pour fortifier ceplace.

/