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Tome huitieme. [THA - Z.]
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Tortuosus , obliquus , varus. Cet homme est tout tor-tu : il a le nez tort u, les jambes tortues. Varus, le piedtortu , flexipes. Le bois de la vigne est tout tortu.

Dans le style familier, on appelle la vigne le boistortu.

On dit aussi un chemin tortu. Flexuojum iter. Figu-rément & familièrement, un esprit tortu , un raison-nement tortu.

Dans un sens moral il signifie méchant, pervers.

C’efl un exemple en ce fiècle tortu ,

D’ amour, de charité , d 1 honneur & de vertu. Rég.

On dit proverbialement qu’un homme fait rage deses pieds tortus ; pour dire, qu’il s'évertue, qu'ilfaittout ce qu'il est capable de faire. Totis viribus eniti >contendere. On dit pour vanter la taille d'une personne,qu’elle n’est ni tortue , ni bossue.

TORTUE, f. f. Animal amphibie , à quatre pieds , quimarche très-lentement, & dont le corps est couvertdessus & deíïòus d'une écaille très-dure , à la réservéde la tête, des pieds & de la queue. Testudo.

On divise les tortues en terrestres, (qui vivent furla terre, dans les haies, dans les bois) & en aquatiques(qui vivent dans la mer ou dans les eaux douces) ; lesaquatiques différent cjes terrestres en ce qu'elles ontdes nageoires, c’est-à-dire, que leurs doigts tiennentà une membrane qui leur en sert. Les terrestres ne.sont jamais auíïï grosses que les aquatiques. J

Dans les mois de Juin, Juillet & Août il en arrivequantité de la terre-ferme. Elles pondent deux ou trois jcens œufs, gros comme ceux des poules, & fans coques.Elles les couvrent de certaines écorces fort déliées, &puis de fable, puis elles s’en retournent à la mer. Lesœufs éclosent à la chaleur du soleil. On les prend quandelles viennent à terrir, c’est-à-dire, pondre leurs œufsà terre. Elles ont la vie si dure, que les Insulaires desMaldives les ayant prises , les mettent auprès du feu,par le moyen duquel ils en tirent l’écaille, & ils les re-mettent toutes vives dans la mer, où elles refont uneautre écaille : & pour cela il étoit défendu de les tuer.F. Pyrard. Il y en a d’aussi larges qu’une rondacheà mettre un homme à couvert. Une seule est capablede nourrir quelque temps une grande famille. Leurchair est aussi bonne que celle d'une jeune vache. Ellessont quelquefois si grasses, qu’on peut tirer de chacuneune bonne barrique de graisse qui vaut du beurre,qui est de très-bon goût, & qui se conserve fort bien.Elles ne font qu'une seule ponte, & ne reviennent àterre que Tannée d’après, laissant le foin au soleil defaire éclore leurs œufs : ce qui arrive au bout de qua-rante jours, auquel temps elles sont grandes commeun écu, & percent le fable ; Sc gagnent la mer à la file,à la manière des fourmis.

On prend les tortues de trois manières différentes :La premiere en les tournant fur le fable, la secondeavec la varre, & la troisième avec la folle. Pour lapremiere manière on observe quand elles viennentpondre leurs œufs dans le fable, ou quand elles vien-nent reconnoître le terrein où elles veulent venir pon-dre. Quand on trouve une trace ou un train neuf furfe fable, il est infaillible que si on revient au mêmelieu dix-sept jours âpres, on y trouve la tortue qui vientpondre. On k prend par le côté, & on k renverse furíe dos, d’où elle ne sautoir se relever, à la referve ducarrer, qui a la carapace convexe, ce qui facilite sonretour fur le ventre. ( Les François nomment carapacele dessus de l’écaille, & plastron , le dessous. ) Mais onlie celui-là fur le champ , ou bien étant tourné fur ledos, on met de grosses pierres autour de lui. La se-conde manière est de les varrer dans la mer, ou perceravec la varre. Voye\ Varre. Et la troisième est de lesprendre avec un filet qui s’appelle la folle. Les œufsdes tortues n'ont point de coque ; ils font dans une tu-nique qui est comme du parchemin mouillé, ç'est-à-dire, comme des œufs de poule qu’on auroit laissésquelq ues jours dans du vinaigre pour en faire dissou-dre la coque. Le blanc ne se durcit jamais bien, quel-que cuisson qu oa lui donne, mais le jauneMurcit

TOR

comme celui des œufs de poule. Il est très-bon, &I’o*en fait des omellettes excellentes. En quelque endroitqu’on puisse porter les tortues, on ne les a pas plutôtmises fur les pieds, qu’on les voir fur le champ retour-ner à la mer par la ligne la plus droite, fans qu’ellesaillent jamais d’yn autre côté. Il en est de trois & qua-tre pieds de long, fur deux & trois pieds de large, Scqui pèsent jufqu’à trois & quatre cens livres. Aussices animaux font-ils très-forts, jufqu’à porter facile-ment deux ou trois hommes fur leur dos.

On a fait à l’Académie Royale l’anatomie d’une for*tue des Indes qui fut prise aux côtes de Coromandel.Elle avoir quatre pieds & demi de long, y compris faqueue, Sc quatorze pouces d’épaisséur, & son écailletrois pieds de long fur deux de large. Celle-ci étoitterrestre : mais Pline & Elien parlent de certaines torfltues de mer qui avoient quinze coudées, Sc qui suffi-soient pour couvrir une cabane capable de loger plu-sieurs personnes. Son écaille & tout Ranimai étoit d’ungris fort brun. Le dessus étoit composé de plusieurspièces qui faisoient plusieurs figures, la plûpart penta-°gpnes posé es & collées fur un os , qui en manièred’un crâne enfermoit les entrailles de Ranimai. Cet osavoir une ligne & demie à l’endroit le plus mince, &jusqu a un pouce & demi au plus épais. Il est ordinai-rement double, y en ayant un fur le dos, & l’autrefsous le ventre , qui font joints par les côtés, & atta-chés par des ligamens fort durs, mais qui laissent la li-berté à quelque mouvement. II y a une ouverture pardevant, qui laisse sortir la tête, les épaules & les bras,& une autre opposée , par où sortent les jambes & kqueue, de la même manière que les rames sortoiencdes galères des Anciens , qui étoient maniées avec•grande incommodité. Elian dit que les tortues se dé-pouillent d’elles-mêmes de leur écaille ; c’est-à-dire,de ces pieces qui sont appliquées fur l’os , car il n’y a,point d apparence qu’elles quittent l’os même auqueltoutes ces principales parties sont attachées. Cela ar-rive , lorlque l’écaille a été longtemps gardée, oulorfqu’on met l’os fur le feu. Le dessous du ventre estun peu creux : ce qui est particulier aux mâles. Toutce qui est hors de l’écaille , est couvert d’une peaularge & plissée par de grandes rides, & grenue commedu maroquin, qui n’entre point sous l’écaille, & de-meure attaché au bord de chacune des ouvertures.La tête de la tortue est couverte d’une peau mince,ressemblant en quelque façon à la tête d’un serpent.Elle n a point d ouverture pour les oreilles, non plu?que le caméléon. Ses narines sont ouvertes au boutdumuseau. Ses yeux sont petits Sc hideux, &'n ont qu’unepaupière qui les ferme. Ses lèvres font coupées à lamanière d’une scie , dont la peau est dure comme de1 la corne, qui couvre deux rangs de véritables dents,quoique Pline assure qu’elle n a ni dents ni langue. Sespattes de devant ont cinq doigts, ou plutôt cinq ongles*,car ces pattes sont feulement une masse de chair ronde,d’où les ongles sortent. Les pattes de derrière n’en ontque quatre. Sa queue est grosse au commencement,í & a six pouces de diametre , & finit en une pointesemblable à un ergot qui est au pied des coqs. Aristotedit que àst Ranimai qui a le plus de force aux mâ-choires *, car elle coupe tout ce qu’elle prend, juf-qu’aux cailloux les plus durs. Sa vessie est d’une gran-i deur extraordinaire : on y a trouve plus de douze li-vres d’urine claire. Les tortues marines des Antillesqui ont la tête grosse comme un veau, n’ont pas lecerveau plus gros qu une fève. La chair de la tortueest semblable à celle du mouton.

I Op dit figurément & familièrement, aller à pas detortue . pour dire , aller très-lentement. Testudineogradu incedere.

On fait plusieurs ouvrages en Europe de I’écailíedes tortues; des peignes, des étuis, des tables, desbuffets. Opera testudinea. Les potages de tortues sont

excellens.

Tortue , en termes de Mer, est un vaisseau qui a lapont élevé comme un roît de maison , pour tenir les. soldats bu les passagers & leurs bardes à couvert. Àsei

yis testudinata. On Rappelle aussi poste.