TROISIÈME ENTRETIEN.
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dans son intégrité. Comment ai-je procédé pour arrivera cette perfec-tion ? Je me suis laissé d’abord guider par ma raison ; celle-ci m’a dit« comment je devais poser des pierres transversales sur des appuis« verticaux, quel espace je devais laisser entre eux, comment je devais« relier mon portique au mur de la cella, comment je devais abriter le« tout. Puis mes sens m’ont indiqué les proportions et les formes que je« devais donner à ma bâtisse , comment je devais les décorer. Mon« œuvre est donc bonne, absolument parlant ; elle est une, elle a sa« raison d’être, indépendamment des dimensions, caries dimensions ne« modifient pas les proportions ; donc, que j’aie un portique de trente« coudées de haut â élever, ou de dix coudées, los rapports entre les« diverses parties de ce portique, c’est-à-dire entre les colonnes, leurs« espacements et l’entablement ne peuvent changer. Donc mon ordre« est un type unique dont je reproduirai les proportions indépendamment« de la dimension. »
Voilà comme l’architecte grec raisonne, et si la bonté d’un raisonne-ment peut être évaluée en raison de la durée de son application, il fautavouer que le Grec raisonnait excellemment. En effet, l’ordre ou lesordres grecs trouvés conservent leurs proportions relatives indépendam-ment des dimensions, et cette méthode, appliquée chez les Romains aveccertaines modifications dont nous aurons l’occasion de parler toutefois,ne fut abandonnée franchement (pie par les architectes du moyen âge.1.’architecture grecque a son module dépendant d’elle-mêmc ; l’architec-ture du moyen âge a un module en dehors d’clle-mêmc : c’est la dimen-sion de l’homme. L’architecture romaine sert de transition entre cesdeux méthodes, et cette transition est amenée par la préférence que leRomain donne à la satisfaction des besoins matériels, à l’utilité, sur lesformes abstraites et instinctives de l’art des Grecs.
Nous avons tracé très-sommairement l’état de la société romaine, scsmoyens d’action sur le vaste territoire qu’elle avait conquis ; son archi-tecture est l’empreinte fidèle de sa politique, et, en cela, elle est pournous un sujet d’études inépuisable, un enseignement auquel nul autrene pourrait suppléer ; mais cette étude doit être faite avec discernement,en prenant l’architecture romaine par son côté vrai et non par les détailsdont elle revêt sa structure avec une indifférence stoïque. Dans l’archi-tecture grecque, la forme visible, extérieure, n’est que le résultat de laconstruction ; l’architecture grecque ne peut mieux être comparée qu’àun homme dépouillé de ses vêtements, dont toutes les parties extérieuresdu corps ne sont que la conséquence de la structure de ses organes, deses besoins, de. l’assemblage de ses os, des fonctions de ses muscles.