Band 
Tome premier.
Seite
92
JPEG-Download
 

ENTRETIENS SUR L’ARCHITECTURE.

ï)2

C’est dans l’application des 'formes grecques sur leurs monumentscontraires à la construction grecque que les Romains ne doivent pointêtre imités, et c’est cependant, il faut le dire, par là que l’étude de l’ar-chitecture romaine a commencé chez nous depuis l’époque de la renais-sance, tant les principes vrais, sous tous les climats et de tout temps,fussent-ils les plus conformes à la raison, au bon sens, sont méconnuspar ceux-là même qui devraient les proclamer et les observer commedes axiomes. Poser une plate-bande au-dessus d’un arc est certainementce qu’il y a de plus opposé au bon sens, puisque l’arc étant par lui-mêmeune décharge devrait être, au contraire, placé au-dessus de la plate-bande qui peut à peine se porter elle-même. La chose fragile doit êtreprotégée par la chose résistante et non la protéger. C’est là une règlede tous les temps. Les paysannes qui vont au marché à la ville portentleurs souliers à la main tout le long du trajet, et ne les mettent quelorsqu’elles entrent dans la cité ; tout le monde a pu observer ce fait.Oue dirait-on de celui qui concluerait de ceci que les souliers sontfaits pour être portés à la main quand on marche, pour être mis auxpieds quand on s’assied? Oui voudrait faire adopter cet usage et quitraiterait de barbares tous les gens qui se chausseraient pour marcher?Le pied peut être admirable de forme, le soulier un chef-d’œuvre, il n’ensera pas moins vrai que les souliers sont faits pour être mis aux pieds etnon être portés à la main. Ce n’est pas tout d’admirer les œuvres del’antiquité, il faut voir d’abord si elles sont à la place qui leur convient :or la plate-bande sur des colonnes engagées couronnant un arc choque-rait très-fort un Crée du temps de l’ériclès. Il ne manquerait pas dedemander, en voyant réunies ces constructions peu faites pour allerensemble « si la plate-bande ne se serait point brisée, et si, pour la sou-tenir, on n’aurait pas, après coup, élevé des pieds-droits le long descolonnes et posé un arc en sous-œuvre. » Mais lorsqu’on serait venu luidire que cette construction a été conçue ainsi, que c’est une combinaisonarchitectonique, nous croyons que le Grec hausserait les épaules... Nousne sommes plus des Grecs, et il ne nous est pas permis de hausser lesépaules chaque fois que de semblables bévues nous passent sous les yeux.11 nous est permis de raisonner toutefois, et de ne prendre l’architectureromaine que sous bénéfice d’inventaire, de distinguer la construction desmonuments romains, qui est excellente, de leur enveloppe d’emprunt, etc’est ce que nous nous efforcerons de faire.' 11 nous est permis, tout enreconnaissant les qualités propres aux arts romain et grec, de ne pasles confondre dans un même sentiment banal d’admiration, de les séparercomme étant chacun l’expression de principes différents, ennemis même;