TROISIÈME ENTRETIEN.
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il ne fit pendant longtemps nulle distinction entre elles, parce que, à sesveux, chez les Egyptiens, les juifs et les chrétiens, les prêtres formaientun corps à part, indépendant de l’autorité civile, faisant une distinctionentre le spirituel et le temporel, comme on a dit depuis. Les Romains ontpersécuté le culte de Bacchus , par exemple, non comme culte religieux,mais comme contraire à l’ordre; comme aujourd’hui l’Etat admet laliberté des cultes, mais ne peut permettre à aucun de causer du scandaleou du désordre en public. A Rome , le prêtre, l’augure étaient des magis-trats. « Dans notre ville, dit Cicéron ', les rois et les magistrats qui leur« ont succédé ont toujours eu un double caractère et ont gouverné-l’État« sous les auspices de la religion. » Si le gouvernement romain professaitces doctrines quant à l’exercice des religions, à plus forte raison devait-illes professer dans les arts qui, à ses yeux, n’avaient qu’une importancebeaucoup moindre. Nous n’entreprendrons pas ici de démontrer si leRomain, en se plaçant au seul point de vue de l’art, avait tort ou raison ;si l’art pouvait se développer sous l’oppression du magistrat, ou s’ildevait peu à peu tomber dans le mépris ; nous ne cherchons ici qu’àréunir des renseignements de nature à faire comprendre à nos lecteursles différences profondes qui séparent l’art grec de l’art romain. Notretâche n’est pas, d’ailleurs, de faire l’histoire politique des peuples, maisd’indiquer jusqu’à quel point les arts , et ceux de l’architecture en parti—lier, reflètent les mœurs et les institutions des peuples chez lesquels ils sedéveloppent. Les Grecs étaient, en fait de religion, moins tolérants queles Romains, témoin la mort de Socrate, la persécution d’Alcibiade pouravoir outragé les Hermès d’Athènes , et encore les l’éloponésiens, qui nese rendirent à l’armée des Grecs que le lendemain de la bataille deMarathon , parce qu’ils avaient dû célébrer une fête religieuse ; leursinstitutions civiles étaient bien loin d’avoir la force et la sagesse de cellesdes Romains : ils étaient brouillons, inquiets, mais cet état était merveil-leusement propre au développement des arts. S’il nous fallait tirer desconséquences rigoureuses de tout ce que nous venons de dire, la conclu-sion serait triste, car elle ne tendrait à rien moins qu’à démontrer queplus les institutions qui régissent les peuples sont sages, fortes, bienordonnées, et moins les arts peuvent vivre de leur propre vie et laisserdes œuvres parfaites. Nous ne pensons pas que personne ait jamaisraisonné ainsi devant Louis XIV ; mais le sentiment de ce prince étaitparfaitement d’accord avec ses principes de monarque absolu, de chef