TROISIÈME ENTRETIEN.
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tiens qu’elle s’impose ou qui lui sont imposées. Les peuples de l’antiquitéqui nous sont connus, les Grecs et les Romains, si différents entre eux,or.t chacun leur génie propre en harmonie parfaite avec leurs mœurs etleurs institutions. Il n’en a pas toujours été ainsi depuis l’établissementdu christianisme. L'effroyable désordre causé par les invasions desbarbares sur le continent a laissé de profondes traces sensibles encore denos jours, et qui ne s’effaceront de longtemps. De là, dans le moyen âgeet les temps modernes, des contradictions monstrueuses entre le géniedes populations, les institutions qui les régissent et les mœurs qu’ellesadoptent. De là, une tendance incessante des peuples à suivre les inspi-rations de leur génie propre et les violences pour étouffer ces inspirations,en désaccord souvent avec les institutions auxquelles il leur a fallu sesoumettre.
Cette courte digression est nécessaire pour expliquer ce quej’entends par le génie d’un peuple. Le génie d’un peuple n’est autrechose que le tour qu’il emploie pour exprimer ses besoins physiques etmoraux. Le génie du peuple grec le porte à mettre en évidence et àrevêtir d’une forme rationnelle ce qu’il conçoit. Le génie du peupleromain le porte à soumettre toute chose à la raison publique, à ce quenous appelons le gouvernement. Le Grec place son génie au-dessus deses institutions; le génie du peuple romain est de se soumettre aux in-stitutions. Morituri te salutant. Ce mot : « Ceux qui vont mourir tesaluent, César! » est l’expression la plus vraie du génie romain. Athènes a eu son Socrate; Rome ne pouvait l’avoir. Socrate est Athénien àAthènes , on l’écoute, il est dangereux, il sape les croyances en les discu-tant, on le fait mourir: il n’eùt pas été Romain à Rome , n’eût pas étéécouté, n’eùt pas été dangereux. A Rome , ce sont les Graeques qui sontconsidérés comme dangereux. C’estplus encore Spurius Alœlius qui, dansun temps de famine, ayant distribué du blé gratis au peuple romain, futtué par Servilius Ahala, comme recherchant par ces moyens une popu-larité funeste à l’Etat. Ce ne sont pas des philosophes, ce sont des réfor-mateurs de la constitution sociale, ou ceux qui se mettent en oppositionavec la loi civile qui, à Rome , sont regardés comme dangereux. L’har-monie qui existe entre les arts de l’antiquité, le génie et les mœurs despeuples dont l’histoire nous est connue est si complète, ces arts reflètentsi parfaitement le caractère des populations étroitement uni à leurs insti-tutions, que l’étude de ces arts est la seule qui soit élémentaire, quidoive, tout d’abord, occuper la jeunesse, qui ne puisse être remplacée.Et s’il est permis de prendre des exemples autour de soi, nous dirons quetous ceux, parmi nous, qui ont poussé leurs études jusque dans le moyen