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ENTRETIENS SUR I.’ARCHITECTURE.
caractère, nos sentiments, la tournure de notre esprit en France se rap-prochent singulièrement du tempérament des Athéniens. Nous possédonsquelques-unes de leurs qualités et presque tous leurs défauts; leur langue,qui nous est devenue si peu familière malheureusement, semble pénétrerdans la nôtre pour y ajouter le sel. Si nous pouvons faire un arrêté de po-lice dans lequel il n’entre que des mots dont l’origine est romaine, nous nepouvons discuter, entrer dans le domaine de l’intelligence, de la philo-sophie et de la science, exprimer des idées neuves, qu’en appelant ànotre aide des mots dérivés du grec et en employant leur dialectique.
[.es deux éléments grec et romain étant en présence chez nous, il estintéressant d’observer en quoi consiste le goût chez les Romains et de ledéfinir. Je l’ai dit bien des fois déjà, le Grec est poète, il est artiste; leRomain règle et gouverne, il possède le goût qui appartient à ce rôle.Ce goût est fondé sur une connaissance profonde des hommes et des qua-lités diverses qui distinguent chacun d’eux, il sait employer les gens auxchoses à quoi ils sont propres ; il sait discipliner les facultés humaines etles faire concourir à un ensemble qu'il conçoit seul, il sait qu’il est latête, il gouverne comme elle, sans jamais descendre dans les membrespour se substituer à eux. Son goût consiste à 11 e point abandonner unseul instant la place qu’il s’est faite dans le monde. C’est en se main-tenant dans cette ligne que les Romains ont pu si longtemps rester lesmaîtres en toutes choses, malgré des symptômes visibles de décompo-sition. Ils ont été les maîtres en politique, en tolérant toutes les religionset ne discutant pas sur les dogmes ; mais en réunissant dans la main deleurs magistrats les fonctions civiles et religieuses, en soumettant tout àla loi de l’État. Le jour oii les empereurs devenus chrétiens se sont misà soutenir des thèses dans les synodes, l’Empire a été perdu, le grandcorps romain disloqué. Voici comment Constantin , qui commence ladernière période de décadence de l’empire romain, s’exprime encoredans l’édit qu’il rendit à Milan en 3Ï3, conjointement avec Luomius sonbeau-frère : « Nous donnons à tout le monde la liberté de suivre telle« religion que chacun voudra, afin d'attirer la bénédiction du ciel sur« nous et sur tous nos sujets ; nous déclarons que nous avons donné aux« chrétiens la faculté libre et absolue d’observer leur religion, bien« entendu que tous les autres auront la même liberté pour maintenir la« tranquillité de notre règne. » 11 est vrai qu’alors Constantin n’étaitpas encore chrétien. Les Romains ont été les maîtres dans les arts ensuivant exactement la même voie, en imposant les formules donnéespar la nécessité, en adoptant un système d’architecture conforme àleur état social; mais ne disputant pas sur ce à quoi l’artiste tient leplus, les détails de son art, l’enveloppe dont il le revêt.