Ql ATlUKMli liXTIllîTlEX.
139
manque et qu’il nous faut ou les modifier ou les recommencer à grandsfrais. Nos artistes discutent sur le style, se préoccupent, d’une ordon-nance architectonique, blâment ou approuvent telle forme de l’art,adoptent ou repoussent telle tradition; mais quant à cette façon largeet vraie d’apprécier l’architecture qui convient à un grand peuple, ilsn’y songent guère, heureux qu’on leur laisse tailler les profils qu’ilspréfèrent, ou placer çà et là des colonnes ou des clochetons. Puisquenous sommes des Latins, ainsi qu’on le dit, ressemblons-leur du moinspar les qualités qui les distinguent. Je crains bien que nous nousrapprochions plutôt de ces Romano-Grecs de Byzance qui discutaientsur la lumière du Thabor pendant que les armées de Mahomet II bat-taient leurs remparts.
La raison romaine ne procède pas comme la raison grecque. LeGrec se laissera entraîner par son sentiment d’artiste, par ce qu’ilregardera comme une nécessité de soumettre le besoin matériel à cesrègles d’art. Jamais le Romain ne fera passer les règles de l’art,l’amour du beau absolu, si l’on veut, avant l’accomplissement du besoin.Prenons un exemple frappant. Regardons les Propylées d’Athènes oud’Éleusis : ne croirait-on pas voir là des temples? L’aspect extérieur deces portes de citadelles ne rappelle-t-il pas à s’y méprendre le frontispiced’un édifice sacré? N’étaient les trois portes percées dans le mur, derrièrele portique d’entrée, on pourrait prendre ces monuments pour la partieantérieure d’un temple. Jamais les Romains n’ont donné à l’entrée d’unecitadelle l’apparence d’un temple. Chez eux, chaque édifice prend uneforme qui n’est que l’expression vraie du besoin, et si les détails del’architecture, la décoration contrastent parfois avec cette forme géné-rale, cette décoration d’emprunt n’a pas une telle importance qu’elleinflue sur la masse réelle imposée par le programme.
Nous verrons bientôt quels furent les développements de ce principeromain et quel en fut l’abus; car tous les principes, si bons, si vraisqu’ils soient, sont destinés à périr par l’abus même de leurs applications.
Nous verrons plus tard aussi comment, dans les temps où l’on a crureprendre l’architecture des Romains, on a laissé de côté les qualitésessentielles de cette architecture pour en reproduire ce qui ne lui appar-tenait pas, c’est-à-dire cette enveloppe à laquelle les Romains n atta-chaient que des idées de luxe et de convenance.