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ENTRETIENS SUR l’ARCHITECTURE.
le peuple s’y réunissait toutes les fois qu’on avait une nouvelle à luicommuniquer, une harangue ou une élection à faire, en un mot, toutesles fois qu’une occasion se présentait de rassembler le public, et cesoccasions n’étaient pas rares avec le système politique des Romains.Pour les amphithéâtres, la forme elliptique fut donc adoptée, commese prêtant mieux que la forme circulaire soit aux jeux, soit aux harangueset aux réunions populaires. Si j'insiste sur cette disposition qui, remar-quons-le bien, n’est plus modifiée du moment où elle semble présenterles plus grands avantages, c’est surtout pour faire ressortir le caractèredominant du monument romain, qui n’est toujours que le résultat d’uneobservation très-étudiée et exacte du besoin, qui ne soumet jamais sesdispositions principales à ce qu’on voudrait donner de nos jours commedes lois de l’architecture, et qui ne sont en réalité le plus souvent qu’unembarras et une gêne. Mille difficultés se présentent lorsqu’il s’agitd’élever un aussi vaste édifice que le Colisée sur plan elliptique. Diffi-culté de tracé d’abord, puis de plantation, puis de construction ; difficultésd’ensemble et de détail, car pour bâtir un édifice de ce genre sur plancirculaire, il suffit d’en établir sur le papier ou sur le terrain une tranche,un quart, un huitième, un seizième de l’ensemble; mais sur plan ellip-tique, il faut nécessairement étudier séparément un certain nombre deces tranches composant un quart de l’ellipse. Ces difficultés n’arrêtentpas l’architecte romain lorsqu’il s’agit de satisfaire à un programmeétabli sur une observation exacte de la destination de l’édifice. Ce sontdonc ces dispositions d’ensemble si profondément combinées des monu-ments romains qui doivent nous servir d’exemple tout d’abord, car chezaucun peuple elles n’ont commandé d’une manière aussi absolue la formegénérale de l’architecture ou plutôt la structure.
Le. Romain ne tâtonne jamais ; c’est le signe d’une civilisation très-avancée qui soumet tout à la raison publique. Il commande en maîtrequi sait exactement ce qu’il veut et ce qui lui faut, et il sait se faireobéir parce qu’il se fait comprendre. Après lui, rien dans l’art de l’archi-tecture n’est plus nettement défini : ce ne sont plus les gouvernements(jui commandent aux arts, ce sont les artistes qui interprètent comme ilspeuvent les idées vagues qu’on leur suggère; s’ils arrivent à des résultatsremarquables, ils ne peuvent plus atteindre cette puissante raison, cetteunité qui forment le fond du caractère de l’architecture chez les Romains.Aujourd’hui encore, malgré notre état de civilisation, malgré la force denos institutions, nous sommes dans le vague et le désordre en fait d’art ;nous ne savons ce que nous voulons, et nos monuments publics ne sontpas plus tôt achevés, pour la plupart, que nous apercevons tout ce qui leur