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les objets que d'une manière incomplète ou voilée : c’est un miroir quigrossit ou déforme ce qu’il réfléchit, tandis que la mémoire chez leshommes très-civilisés est nette, précise; c’est une sorte de catalogue sec.De ces deux dispositions différentes, il résulte ceci : c’est que, chezl’homme primitif, l’imagination passive est poétique et l’imaginationactive pauvre, peu développée, et que chez l’homme cultivé, au contraire,sa mémoire lui montre les choses sous leur apparence réelle, tandis queson imagination active peut être très-développée et trèsrpoétique. Qu’onveuille bien me suivre : un homme déjà civilisé voit un poids osciller aubout d’une corde ; son imagination passive ne lui montre pas autre choseque le fait, il n’attache à ce phénomène aucune influence surnaturelle;pour lui, ce n’est pas un démon qui pousse ce poids à droite et à gauche;son imagination active intervient et lui dit : « Il y a là une loi ; ce poids« oscille parce qu’il est sous l’influence de deux forces, l’une acciden-« telle qui l’a dérangé de sa position normale, l’autre qui l’oblige à la« reprendre, et il la reprendra peu à peu ; donc cette dernière force est« la loi ; elle veut que ce poids tende sa corde, de façon à ce que celle-ci« soit perpendiculaire avec l’horizon; donc il y a une attraction qui« oblige ce poids à tendre au centre du globe-terrestre. » Un autreobservateur ayant attaché une balle au bout d’un fil lui fait, décrire uncercle par un mouvement de sa main. 11 voit que le mouvement derotation imprimé à la balle tient toujours le fil tendu, que le fil se tendd’autant plus que ce mouvement est plus rapide. Son imagination passivelui rappelle que la lune tourne autour de la terre, les planètes autour dusoleil ; alors son imagination active lui fait entrevoir les forces centrifugeet centripète. Entrons dans notre sujet, l'n barbare a passé à Rome , ila vu des monuments de toutes sortes, il retourne chez lui; sa mémoireinculte lui retrace ces édifices, les sculptures et les peintures qui lesdécorent ; il n’a certes pas observé les rapports qui existent ehtre lesdivers membres de l’architecture; il a été bien plus frappé des détailsde la sculpture, des sujets représentés en peinture, que des proportions,de l’emploi raisonné des matériaux, des programmes bien remplis. Cesobjets qu’il a vus prennent dans sa mémoire des formes bizarres commecelles qui passent dans les songes : ce qui est grand lui laisse le souvenird’un objet gigantesque ; s’il a vu hisser des matériaux énormes avecdes engins puissants, ces engins deviennent pour lui des êtres monstrueux;pour lui, la statuaire s’anime, la peinture regarde et parle. De retourdans son pays, il veut rassembler ses souvenirs, son imagination passivea la fièvre; il veut bâtir aussi, mais l’imagination active dort, à peine sielle peut l’aider à tirer de tant d’impressions vives, poétiques, des