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Tome premier.
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ENTRETIENS SLR I.’ARCIIITECTLRE.

bâtisses sauvages où tout est confondu, tout hors de sa place. Quelquessiècles plus tard survient un homme civilisé qui examine froidement,avec les yeux du critique, ces essais grossiers; son imagination passiveles rassemble, ne tire aucune conséquence. Le jour oii il veut faire unmonument, dans son esprit se reflètent les chefs-d’œuvre de l'art ; maison ne crée pas avec des chefs-d’œuvre, on ne peut que les admirer oules imiter, quand, au milieu de ces souvenirs purs qui sont comme unemesure exacte de la valeur des choses, sa mémoire lui retrace ces essaisgrossiers, expression impuissante, mais expression cependant d’un tra-vail enfanté par des imaginations passives profondément remuées. Alorsces grossières images perdent leurs traits sauvages, il semble quel’imagination active de l’homme cultivé s’empare de l’imagination pas-sive du barbare; à son tour, il voit, non plus ce qu’a fait ce barbare,mais ce que son cerveau lui retraçait, et il le voit avec la puissance dele reproduire.

Il est des temps où l’homme a besoin de l’élément barbare comme laterre a besoin de fumier, car il faut qu’il s’établisse dans le cerveauhumain, pour produire quelque chose, une fermentation morale, résultatdes contrastes, des dissemblances, d’un défaut de niveau entre lat réalitéet ce que l’esprit conçoit. Les époques les plus fertiles en travaux del’esprit sont les époques les plus agitées (il est entendu que je range lesarts dans les travaux de l’esprit, n’en déplaise à ceux qui produisent desœuvres d’art, comme les veloutiers fabriquent des aunes de velours),celles qui fournissent à l’observateur le plus de contrastes. Si une sociétéparvient à un degré de civilisation avancé, oii tout est pondéré, prévu,coordonné, il s’établit un niveau général du bien, du bon, du convenable,qui peut rendre l’honnne matériellement heureux, mais qui n’est pasfait pour exciter son intelligence. Aux arts il faut le mouvement, la lutte,l’obstacle même ; l’absence de mouvement dans l’ordre moral commedans l’ordre physique amène bientôt la corruption. La société romaine,placée au centre de l’Occident , maîtresse absolue de tous les peuplesconnus, s’alfaiblit et se corrompt ainsi par le défaut de discussions et decontrastes. Les mœurs déclinent, les arts déclinent, par cette seuleraison que tout ce qui ne se renouvelle pas en ce monde par le mouve-ment et l’appoint d’éléments étrangers périt. Il en est des idées commedes familles : il faut les croiser, si on ne veut pas les voir physiquementdécliner.

Que dira le poète au milieu d’une société parfaitement réglée, gou-vernée, policée, où chacun possède une même quantité d’idées de mêmenature sur chaque chose? L’excès, le contraste sont nécessaires au poète.