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Tome premier.
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ENTRETIENS SI R I.’ARCHITECTURE.

esprit se laisse diriger par le raisonnement ([uand il s’agit de l’industrie,et plus il s’égare quand la question d’art intervient. Nous qui, dans lafabrication de nos machines, donnons à chaque pièce qui les composentla force et la forme qui leur conviennent; qui ne mettons rien de trop,rien qui n’indique une fonction nécessaire, dans notre architecture nousaccumulons sans raison des formes prises de tous côtés, résultats deprincipes contradictoires, et nous appelons cola de l’art! J’entendssouvent les architectes se plaindre de ce que la grande industrie tend àétouffer l’art, de ce que les écoles spéciales des sciences appliquéesgagnent du terrain sur l’École des beaux-arts. Mais à qui la faute? Queles architectes apprennent à raisonner sur ce qu’ils sont appelés à faire,qu’ils appliquent les méthodes analytiques aux productions de leur art,qu’ils cessent de croire que le style consiste à jeter sur une façade descolonnes grecques ou des clochetons gothiques sans pouvoir donner uneraison de l’application de ces formes, et ils feront reprendre bientôt àl’art le terrain qu’il perd chaque jour. Pour obtenir ce résultat si dési-rable, si nécessaire, dirai-je, au véritable progrès de l’art, il faut, il estvrai, du courage, de la ténacité, de la conviction ; il faut laisser de côté,sans scrupule et sans fausse honte, les banalités que dès l’cnfanre onnous enseigne comme des lois, former son jugement et le consulter sanscesse. Il faut tenter de procéder comme les Grecs; ils n’ont rien inventé,mais ils ont tout transformé. Que notre admiration pour eux ne se bornepas à copier leurs œuvres ainsi qu’un scribe copie un manuscrit sans lelire ; lisons le livre et retenons-en l’esprit, avant de copier la lettre.

Tout artiste, musicien, architecte, sculpteur et peintre peut, par suited’une profonde connaissance des ressources de son art et d’un raisonne-ment juste, mettre du style dans ses œuvres, car tout artiste qui sait etobserve arrive à décomposer le style, à savoir en quoi il consiste ; del’analyse il passe à la synthèse. L’artiste môme qui ne possède que desconnaissances solides, de la pratique, mais qui est dépourvu de génie(croyons prudemment que nous sommes tous dans ce cas), est apte àcomprendre le style, à revêtir ses œuvres de cette qualité qui seule lesfait admettre par la postérité. Arrivés tard, il nous est fort difficiled’avoir des idées neuves; ce serait beaucoup de conserver le style dansnos productions d’art; mais comme le style n’est qu’une application dela faculté de raisonner à un objet, cela est-possible. 11 est entendu que jene confonds pas le style avec la manière; la manière est au style ce quel’afféterie est à la grâce. Certaines natures ont le privilège de naître avecce don qu’on appelle la grâce; mais l’observation, l’habitude du beauet du bon, ce qui n’est autre chose que le goût, conduisent l’homme à

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