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Tome premier.
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SIXIÈME EXTllETIEX. 191

mettre de la grâce dans ce qu’il fait et ce qu’il dit; lu manière estl’imitation superficielle du style, ce n’en est pas l’intelligence.

Les artistes de notre époque et les architectes en particulier ont, àmon avis, la faiblesse de se croire doués de génie, ou du moins agissent-ils de manière à le faire supposer. Lorsqu’ils composent, ils prennent lesdivagations d’une imagination trop pleine de souvenirs, mais sansconvictions, pour les inspirations du génie : ils produisent ainsi desmonstres. L’éclectisme n’est un bien qu’autant qu’il est soumis à unesprit juste, très-sùr de ce qu’il sait, et possédant des principes arrêtés.Si l’éclectisme s’empare d’un esprit indécis, qui n’a pas pris le temps des’imposer des principes par une étude raisonnée de l’art, l’éclectisme estun mal ; car, dans ce cas, il exclut nécessairement le style, puisque enadmettant toutes ses expressions diverses, il ne saurait se soumettre àune seule. Les architectures égyptienne, grecque, byzantine, romaine,gothique, ont du style ; mais les expressions du style sont différentesdans chacun de ces arts, parce que chacun d’eux procède de principesdifférents. Comment donc, si vous n’avez pas un principe arrêté, pour-rez-vous mettre du style dans vos œuvres? Il est très-aisé de dire :« Prenez partout, casez dans votre cerveau tout ce qui vous paraît bon,

puis_puis_composez ! — Mais je n’ai pas de guide ; vous ne m’avez

pas habitué à me servir de ma raison ; toutes les cases de mon cerveaus’ouvrent à la fois et jettent au bout de mon crayon des temples égyptienset grecs, des monuments voûtés de Rome , des arcs et des plates-bandes,des ogives et des pleins-cintres; vous m’avez dit de prendre partout :bon, quand il s’agit de recueillir: mais quand il faut produire, que fairede tout cela? Où commencer, où finir? Parmi toutes ces choses bonnes,quelles sont les meilleures ou celles qui doivent commander aux autres? »Si nous nous sommes habitués à procéder par le raisonnement, si nouspossédons un principe, tout travail de composition est possible, sinonfacile, et suit une marche ordonnée, méthodique, dont les résultats, s’ilsne sont pas des chefs-d’œuvre, sont au moins des œuvres bonnes, conve-nables et pouvant avoir du style. Je ne sais si les poètes, les musicienset les peintres ont de ces inspirations soudaines qui leur dictent une ode,une sonate ou un tableau ; je suis disposé à ne le pas croire, par cetteraison qu’aucun poète, musicien ou peintre de génie, ne nous a fait partde ces sortes de révélations. Le feu sacré ne s’allume pas tout seul : ilfaut, pour que sa flamme se développe, amasser bois et braise, disposerconvenablement son foyer, souffler et souffler longtemps parfois, pour lavoir jeter ses premières lueurs. Alors, il est vrai, si tout a été bien préparédans l’àtre, ce feu vous réchauffe peu à peu, il brille, il pétille, il vous