Band 
Tome premier.
Seite
209
JPEG-Download
 

SIM KM K K .Ni'Il K l'I K N.

■209

assurer ou étendre leur puissance matérielle, coloniser les pays barbareset.... s’enrichir. Us prenaient aux peuples conquis, non-seulement leurargent ou leurs produits, des esclaves, mais les usages qu’ils croyaientbons; ils leur donnaient en échange une protection quelquefois illusoire,des formes de gouvernement et d’administration, des colons, des préfets,des routes, des ponts, des canaux, des édifices. Nous, au contraire,nous n’avons pris aux peuples chez qui nous avons passé ni leurs usages,ni leurs idées, mais nous leur avons souvent laissé les nôtres. En vérité,si nous sommes des Latins, par quel côté leur ressemblons-nous?

A dater du xi e siècle, l’Europe occidentale réunit les ouvrages del’antiquité, elle se les approprie, elle en fait la base de toute étude, cequi ne l’empêche pas de produire un art neuf qui lui appartient et qui* est fort éloigné des principes de l’art latin. On a longtemps prétendu queles croisades avaient exercé sur les arts de l’Occident une influenceconsidérable. Les faits sont en contradiction évidente avec cette opinion.La première croisade a lieu en 1090, la seconde en Ilfi7; et c’estprécisément pendant le xn' siècle que les arts de l’architecture et de lasculpture sC transforment, non pour se rapprocher des arts de l’Orient,mais pour s’en éloigner. Ces questions, traitées généralement par despersonnes étrangères à la pratique des arts, sont examinées d’unemanière superficielle : on intervertit les dates, on ne voit des monumentsque leur apparence, on bâtit des systèmes; l’erreur se répète et finitpar passer à l’état de vérité incontestée. Il devient alors difficile deramener l’opinion par l’examemdes faits. C’est cependant ce que nousallons tenter de faire. Dans cette étude, nous devons voir autre chosequ’une question archéologique, et je n’essave pas de masquer mon butau lecteur : je crois qu’il importe aux arts modernes de leur faireconnaître leur origine et, par suite, leur véritable voie. Je crois que c’estlà le seul moyen de les faire tendre à un développement fécond, libre,exempt d’entraves : sachons ce que nous sommes pour savoir ce quenous devons et pouvons faire. C’est une maxime qui devrait être gravéedans l’esprit de tous les artistes.

Sitôt que l’art occidental se dégage de la barbarie, il manifeste destendances opposées aux principes fondamentaux de l’art romain. Cemouvement commence là où les arts furent pratiqués après la renais-sance tentée par Charlemagne : il commence dans les cloîtres, et surtoutau moment de la splendeur des clunisiens, au xi' siècle. A cette époque,ces moines occidentaux cherchent non-seulement des combinaisonsnouvelles de plans, mais un système de construction établi sur des loisque ne connaissaient pas ou n’admettaient pas les llomains. Quant à la