230
KMllETIliNS Sl li e'AROUITKOXUUE.
Latine par ses vieilles traditions, la Gaule 1 ne l’était guère par lanature de son esprit, ainsi que je l’ai dit plus haut. Elle était séduitepar les types byzantins et elle se sentait attirée vers l’étude des sciencesmathématiques cultivées par les Arabes. Dès le x' siècle, son architecturemanifeste déjà des tendances très-supérieures aux moyens pratiquesdont elle dispose. La barbarie apparaît encore dans l’exécution, ellen’existe plus dans les conceptions; on reconnaît l'effort d’artistes très-avancés, mais secondés par des ouvriers inhabiles, grossiers. Lesprincipes sont déjà développés, et ils diffèrent entièrement des principesde l’architecture grecque de l’antiquité et de l’architecture romaine del’empire. Ainsi les Grecs n’employaient que la plate-bande sur des pointsd’appui verticaux. La voûte commandait la structure romaine, et lesordres restaient indépendants de cette structure. Les Byzantins avaientfait un pas en avant; ils avaient cherché à donner aux ordres ou plutôtaux colonnes, dans leurs édifices voûtés, une fonction vraie, utile; maischez eux cependant la colonne demeure à l’état de membre accessoire,de supports de claires-voies dans une structure encore toute romaine.Les Occidentaux , au moment où l’architecture romane se développe,allient intimement la colonne à la structure de leurs édifices, ils en fontun membre indispensable ; mais alors ils sont entraînés forcément à ne plustenir compte des proportions de la colonne antique. Ils ne considèrent plusla colonne que comme un support vertical auquel on peut donner, en hau-teur, un nombre indéfini de modules en raison de sa fonction. Cela n’estplus conforme au mode antique ; mais n’y a-t-il au monde qu’un seul modedont on ne puisse jamais s’écarter sous peine de tomber dans la barbarie?
Nous avons vu comme les Romains superposaient les colonnes enga-gées dans les édifices composés de plusieurs étages ; comme, dans cecas, si la colonne remplissait la fonction d’un contre-fort, l’entablementen bascule rendait par son poids ces renforts inutiles. Voilà qu’en Occi-dent , dès le x e siècle (peut-être avant cette époque), nous voyons lesarchitectes supprimer les entablements intermédiaires de ces ordressuperposés, et, de deux, trois ou quatre colonnes placées chez lesRomains l’une au-dessus de l’autre, ne faire qu’un seul faisceau ou une
1 Si je parais donner à la Gaule une importance qui peut paraître exagérée, surtout auxyeux de nos voisins d’nutre-liliin, c’est que je cherche, autant que faire se peut, dans lestemps reculés, le peuple qui semble avoir, en Occident , présenté déjà un caractère de natio-nalité tranché. Tacite , dans son livre De Morib. Germ., cap. xxvn, s’exprime ainsi : « Jules« César, dont l’autorité est si imposante, dit que les Gaulois lurent jadis plus puissants que« les Germains (Validions olim Gallorum les fuisse, sutnmus auloritm, C. Julius Iradit);
• on pourrait en conclure que les Gaulois ont autrefois passé en Germanie. » Certes, les
Germains s’en sont largement dédommagés.