ENTRETIENS SUR l’ARCHITECTURE.
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L’architurc dite gothique ne pénètre dans ces provinces que beaucoupplus tard, vers la fin du xm' siècle, et ce n’est alors qu’une importationétrangère, un mouvement irrésistible auquel il faut se soumettre.
Au milieu d’une société très-civilisée, possédant une administrationet des lois très-parfaites, les arts n’ont qu’une bien faible inlluencc; ilsne sont pour cette société qu’une affaire de luxe qui ne peut en rienmodifier les mœurs et les habitudes. Il ne faudrait pas croire qu’il enest ainsi dans une société qui se forme ; là, au contraire, l’art est unmoyen puissant pour aider au développement de la civilisation ; il devientun des agents les plus actifs d’unité, quand d’ailleurs il existe des pointsd’affinité entre les races et d’anciennes traditions locales. L’art, en France ,dès les premières années du xm e siècle, est un instrument dont le pou-voir royal se sert pour développer ses efforts vers l’unité nationale; et,en effet, partout où son influence se fait directement sentir, elle se mani-feste par la construction d’une cathédrale (monument civil autant quereligieux), bâtie d’après les nouveaux principes admis d’abord au centredu domaine royal. L’architecture civile et militaire suit pas à pas lamarche de l’architecture religieuse, et dans la ville où l’on construit unecathédrale gothique, on élève en même temps des édifices civils, dc§maisons et des remparts qui se dépouillent entièrement des traditionsromanes. S’il y eut jamais une renaissance en France , c’est à cette épo-que où l’esprit laïque reprend le rang actif qui lui convient, où les arts,les métiers se développent librement au sein d’une nation qui se recon-naît, se constitue après des. siècles d’obscurité et de misère. Je ne puis,dans la limite que je me suis tracée, entrer dans de longs détails touchantles principes et l’esprit de l’architecture française au xm' siècle, ce tra-vail est fait ailleurs ; je me bornerai donc à mettre en relief les qualitésde cet art qui nous appartiennent, et qui peuvent trouver leur applicationdans tous les temps et quel que soit l’état social.
Ln art, dont la forme est assez souple et les principes assez larges pourse plier à toutes les transformations amenées par la civilisation, n’est paschose commune ; il y a donc un intérêt sérieux à se pénétrer de cesprincipes et à étudier cette forme. Dans l’état de scepticisme où noussommes tombés en fait d’art, il nous importe assez peu qu’une écolel’emporte sur une autre, et que l’on nous donne des monuments pseudo-grecs, pseudo-romains ou pseudo-gothiques. Ce qui nous importe, c’estqu’on élève nos édifices en se conformant à nos usages, à notre climat,à notre esprit national, et aux progrès obtenus dans les sciences et lesconnaissances pratiques ; et, pour aborder franchement la question, jedirai qu’il est impossible d’élever un édifice grec ou romain en employant