SEPTIÈME ENTRETIEN. 281
à l’intérieur d’une arcature G qui n’est qu’un placage." Dès le secondétage de fenêtres, en I, l’architecte a réservé un passage dans l’épaisseurde ce mur qui permet de surveiller les verrières et de les entretenir faci-lement. A la hauteur du troisième étage de fenêtres la construction s’al-légit encore ; là, le passage K plus large forme un portique ouvert sur letransscpt. Sous chaque entrait de la charpente, des colonnes engagées,montant de fond, divisent l’ordonnance par travées. Si cette architectures’éloigne de l’art romain plus qu’aucune autre de l’époque romane,il faut convenir cependant qu’elle ne manque ni de grandeur ni desagesse.
Autant l’architecture romane de la Bourgogne est robuste, hardie,pleine de sève, autant celle de la Normandie est grande, relativementsavante, autant celle des anciennes populations celtiques de l’Ouest estfine, élégante, recherchée, autant l'architecture de l’Ile-de-France est,vers le commencement du xir siècle, simple, contenue, latine dans laconstruction et la forme, soumise aux matériaux employés, empreintedéjà d’un goût sévère, aussi éloignée de l’exagération que de la timidité.Les bassins de la Seine moyenne, de l’Oise et de la basse Marne sontremplis encore d’un grand nombre d’édifices de cette époque, charmantscomme plan, sages comme construction, sobres de scupltures. Ce quidistingue plus particulièrement cette province de toutes celles qui com-posent la France actuelle, c’est la variété. En Auvergne , par exemple,tous les édifices du xi° siècle se ressemblent, paraissent tous avoir étébâtis sur le même patron et par les mêmes ouvriers. En Bourgogne etdans la Ilaule-Marne, dans l’ancienne contrée des Éduens, on peut fairela même remarque. 11 y a dans l’architecture normande un certain nom-bre d’idées, de principes qui ne varient pas. Il en est de même dans lePoitou et là Saintonge. Mais sur le sol de l’Ile-de-France , au contraire,on voit apparaître déjà, dès l’époque romane, une liberté, une variétédans les types, qui indiquent des tentatives incessantes pour sortir destraditions. Ce sont ces tentatives qui amènent l’architecture que Suger ,ai-je dit, paraît avoir inaugurée comme une innovation hardie et savanteà la fois. Bientôt cette architecture nouvelle est adoptée par les autresprovinces en raison de leur caractère propre. Ainsi les Bourguignonss’en emparent dès la fin du xn e siècle, ces nouvelles méthodes conve-naient à leur esprit entreprenant et actif; les Normands ne tardent pasnon plus à se les approprier; quant aux provinces du Centre et de l’Ouest,elles ne les comprennent pas, ne les adoptent jamais; leur esprit lentet, il faut le dire, la perfection à laquelle l’architecture romane étaitarrivée chez eux, ne leur faisaient pas sentir le besoin des innovations.
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